HACENE MENOUAR, PDT DE L’ASSOCIATION CONSUMÉRISTE «EL AMAN», DÉNONCE L’ABSENCE DE SUITES POST-ANALYSES DE LABORATOIRE DES PRODUITS DOUTEUX : «Où sont les résultats des enquêtes publiques?»

Lorsqu’il y a menace sur la santé publique à travers un produit alimentaire soupçonné de contenir une substance dangereuse à la consommation, et selon l’urgence du cas, la règle voudrait que les autorités publiques réagissent en premier, avec célérité, à une alerte qui conviendrait à être lancée par la société civile en général, et consumériste en particulier.

Or, les derniers scandales liés à la qualité douteuse de certains produits, à tort ou à raison, à l’exemple du jus de marque «Amila», l’eau minérale «Texenna» ou encore les marques de café non conformes aux normes de santé, laissent croire que la crise de l’épidémie de choléra n’a pas servi de leçon aux autorités. La communication publique et la gestion des calamités laissent toujours à désirer au moment même où le consommateur algérien est proie à la globalisation du marché et le lot de produits charriés avec. Et, où, «les contrecoups sont beaucoup plus forts que les consommateurs», pour reprendre l’expression de Hacène Menouar, président de l’Association «El Aman» pour la Protection des consommateurs, invité du Forum du Courrier d’Algérie, dans son édition d’hier. Le souci sanitaire est-il à ce point relégué au second, voire au troisième degré des préoccupations ? Pour cet acteur consumériste en tout cas, beaucoup reste à faire en Algérie, où l’on plaide, en vain semble-t-il, la création d’un réseau national d’alerte en charge des questions sanitaires et alimentaires. A un moment donné, le projet commençait à prendre forme avant qu’il ne tombe à l’eau en raison du changement de têtes au ministère du Commerce.

«Une bonne leçon pour les producteurs»
Le problème est beaucoup plus important que pouvait bien le faire croire les réactions d’urgence face, par exemple, aux scandales récemment enregistrés. Ainsi, Menouar va au-delà, puisque les analyses de laboratoire annoncées par les autorités n’ont pas encore abouti pour dire que ces produits sont dangereux ou ne le sont pas sur la santé. «La vigilance doit être de mise. Au sein de notre association, nous avons pris le sujet avec prudence. Car rien n’est encore prouvé. Mais nous avons suggéré au consommateur algérien de surseoir à la consommation des produits douteux avant les résultats de l’enquête», fait savoir l’orateur. Bien au-delà, Menouar renvoie surtout aux conséquences de la mauvaise alimentation pour ne citer que les 50 000 nouveaux cas de cancers/an ou encore les 5 millions de diabétiques parmi la population algérienne. Pour une menace c’en est véritablement une et représente même «une crise sanitaire», estime notre invité, qui plaide la création d’un réseau d’alerte, impliquant les autorités du Commerce et de la Santé, à tous les niveaux de responsabilité, les acteurs de la société civile ainsi que le monde consumériste. «La création d’un réseau d’alerte est impérative car nous avons un grand pays. On a 48 wilayas et chaque wilaya dispose d’un service de commerce et de santé, des inspections dans les daïra et 9000 agents de contrôle sur le territoire national», rappelle celui qui a connu des années de clandestinité, avant de se structurer, de fonder une association, d’en créer encore d’autres, le tout pour la cause consumériste. L’assise existe, il suffirait donc de mettre en place un dispositif concerté pour faire actionner, avec célérité et efficacité, ces acteurs et les faire impliquer dans une démarche coordonnée.
Faute de quoi, les faits, lorsqu’ils ne sont pas passés sous-silence, ils sont grossis de leur vraie proportion, alors que chacune des parties, pouvoirs publics et société consumériste à travers sa soixantaine d’associations, réagit à sa manière, sur la base de l’information qui lui parvienne, laquelle peut-être fiable comme elle pourrait ne pas l’être. Et la tâche ne sera que compliquée à l’ère notamment des réseaux sociaux et des nouvelles technologies où il serait difficile de déceler le vrai du faux. Ainsi va la gestion publique des derniers scandales inhérents à la poudre de jus de marque «Amila» et l’eau minérale «Texenna». Pour ce dernier cas cité, Menouar salue le rôle joué par le bureau d’hygiène de la commune de Jijel, qui, après le doute sur l’eau de cette marque, a instruit la population locale à surseoir à consommer ce produit.

«Où est le secteur de la Santé face à ces scandales ?»
Mais, faut-il encore attendre les conclusions des enquêtes et les analyses de laboratoire, pour le cas aussi du produit «Amila», pour confirmer le soupçon ou l’infirmer. Ce qui n’arrive jamais, si non rarement, déplore l’acteur consumériste, qui évoque le non aboutissement des enquêtes, et l’absence des suites que devraient donner les autorités dans ce genre d’affaires. Dans ce cas, le citoyen ne sait quoi faire : boycotter ces produits ? Pour combien de temps encore ? Ces produits représentent-il réellement un danger pour la santé ? Sur quelle base peut-on le confirmer ? C’est à toutes ces questions que le consommateur, laissé dans le doute et l’incertitude, attend des réponses qu’il ne voit toujours pas venir. «Ou est le secteur de la Santé face à ces scandales ? Il n’y avait aucune réaction, aucune communication de la part de ses responsables. Je ne comprends pas ce silence. Et pourtant, il y a en son sein un département qui s’occupe de la Prévention. Et dire que prévenir est mieux que guérir. Il s’agit aussi d’une menace sur la santé publique», regrette Menouar non sans revenir pour cibler le département du Commerce. Pour lui, au lieu de verser dans ce qu’il appelle «des déclarations et ou décisions populistes» allusion à la fermeture des usines à l’origine de ces produits douteux, il faudrait traiter d’abord un problème attentatoire à la santé publique. C’est-à-dire, «il faut qu’il y ait une réaction rapide. Procéder à des contrôles au niveau de l’unité de production d’où sort le produit en question, prélever des échantillons, les analyser au laboratoire, mais surtout, donner après les résultats de l’examen. À ce moment là, on peut affirmer que le produit constitue ou ne le constitue pas sur la santé du consommateur. La santé du consommateur incombe aux pouvoirs publics et non pas aux associations consuméristes qui ont un rôle de lanceurs d’alertes et de sensibilisation», explique le président de l’Association «El Aman».

«À défaut de contrôle de labo, le consommateur doit s’autocontrôler»
Toujours dans le domaine de l’analyse, Menouar évoque le problème de manque de moyens matériels et humains dans les 12 grands laboratoires publics alors que les équipements ne sont mis à jour.
Du coup il y a un souci d’analyse et d’examen des produits, non pas seulement pour les articles alimentaires, mais aussi concernant les produits industriels (sécurité des voitures). «On est trop en retard sur le contrôle laboratoire. Il y a un grand défaut d’analyse. Ça nous est arrivé de ne pouvoir tester la qualité d’un produit par faute de ces moyens. Nous nous sommes même adressés à des laboratoires étrangers», a-t-il révélé comme pour évoquer une limitation, dans ce cas là, de l’action des associations consuméristes.
Quoi faire dès lors que c’est le cas ? À cette question, Menouar dit recourir à la sensibilisation pour prévenir la menace sur la santé. En d’autres termes, «la consommateur se doit de contrôler ce qu’il consomme. Il faut qu’il s’imprègne de cette culture. Or, il n’y pas longtemps qu’on procède au contrôle de la date de péremption. C’est une réalité. Aujourd’hui les marchés du pays sont inondés de toutes sortes de produits.
On filtre l’importation mais la pratique du cabas (importation informelle) est toujours là et on n’arrive même pas à la contrôler», illustre le conférencier, qui renvoie de ses propos au foisonnement des produits. D’ailleurs, pour mieux étayer se propos, il évoque le «Thé Chinois», qui présente un fort taux de toxicité en pesticides. Il a ainsi révélé qu’il a entrepris des démarches avec des partenaires marocains pour pouvoir analyser des échantillons de ce produit.
Mais, où s’adresser pour le cas de l’Algérie ? Face aux défaillances du service public, l’orateur dit s’orienter, de temps à autre, vers des laboratoires privés (au nombre de 140 dans le pays) à l’effet de procéder aux analyses. Mais pour le cas du thé importé de Chine, il semblerait, aussi surprenant que ça peut l’être, que les laboratoires capables de faire analyser ce produit ne sont pas monnaie courante.
Farid Guellil

TAUX DE SEL DANS LE PAIN ALGÉRIEN
«Il dépasse excessivement la norme»
Le président de l’association «El Aman», Menouar Hacène, a révélé hier qu’«il y a une organisation mondiale qui édite les normes alimentaires. En Algérie, les producteurs respectent, à 80%, ces normes internationales» avant d’affirmer qu’«il y a aussi de la contrefaçon  dans nos produits», lors de son intervention, hier, au forum du Courrier d’Algérie. Alors que les normes internationales limitent le taux de sel dans le pain, à moins de 1.5 kilogramme dans 100 kilogrammes de farine, pour la production de la baguette, nos boulangers, affirme hier, au forum du Courrier d’Algérie, Menouar Hacène «mettent 2 kg de sel, dans 100 kilos de farine» dépassant de très loin la norme précitée. Plus explicite, il dira plus loin : qu’«avec les 45 millions de baguettes de pain que notre pays consomme quotidiennement», il appelle les pouvoirs publics «à imposer une norme, soit un taux à nos boulangers ne devant pas dépasser 1,5 kilo de sel  dans les 100 kilos de farine», en vue de prémunir le consommateur contre les risques de complication artérielle, notamment à court et moyen terme. Il propose, dans ce sens, que même si l’introduction de cette norme prendra du temps, il faut aller « sur la voie d’une réduction graduelle», notamment dès le mois de Ramadhan prochain, pour que tout le monde s’adapte ; du consommateur au boulanger, pour la «bonne santé de tous.»
Lilia Sahed