Filière légumineuses

Filière des légumineuses à Chlef : Perspectives d’autosuffisance et contraintes de commercialisation

Un intérêt particulier est accordé à la filière des légumineuses à Chlef , au vue de son importance avérée dans la consécration de l’autosuffisance alimentaire, ainsi que sa contribution dans la mise en valeur de surfaces en jachère dans le cadre d’une meilleure exploitation du foncier agricole local.

La wilaya de Chlef occupe la 3e place sur la plan national en matière de production de légumes secs. Selon les données fournies par le président de la Chambre d’agriculture locale, Abdelkader Hadjouti, la superficie de légumineuses a enregistré une «importante extension», depuis 2010, en passant d’une dizaine d’hectares à près de 4000 ha actuellement, dont quelque 2.023 ha de pois chiche et
1 752 ha de lentilles. Soulignant la contribution active des agriculteurs locaux dans la promotion de cette filière, M Hadjouti a, également, loué son «savoir-faire en la matière», acquis au prix de plusieurs années d’expérience et d’une participation assidue à différentes rencontres et journées d’études consacrées à la filière. Un savoir-faire ayant permis, selon les échos recueillis auprès d’agriculteurs locaux, de porter la moyenne du rendement des lentilles à 28 qx/ha, et celui des pois chiche à 25 qx/ha, contre des moyennes de pas plus de 20 qx/ha (pour chacune des deux cultures) réalisées durant les campagnes précédentes. Outre cette performance dans les cultures des pois chiche et des lentilles, qui font la réputation de la wilaya de Chlef, la région est également connue pour sa culture de fèves, s’étalant sur une superficie de 5000 ha.

Prés de 12 000 qx de légumes secs stockés en 2018
Un volume global de près de 12 000 qx de légumes secs (entre pois chiche et lentilles) a été destiné au stockage durant la campagne agricole 2018, a indiqué à l’APS Tahar Aboura, directeur de la Coopérative de céréales et légumes secs (CCLS) de la wilaya, en marge d’une conférence organisée, à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation (16 octobre), qualifiant ce chiffre d’ «inédit». Ce volume de légumes secs se reparti à raison de 5000 qx stockés au niveau de la CCLS de Chlef, et de 7.026 qx stockés au niveau de l’unité des semences de Chlef, selon les responsables en charge de cette unité privée. La production de légumes secs de l’actuelle campagne a enregistré une forte hausse, en dépit des pertes signalées au niveau de certaines surfaces à El Karimia et à Senjass, à cause des pluies, a assuré Ben Ali Seaal, directeur technique au sein de cette unité. Il a, néanmoins, déploré le fait que certains agriculteurs préfèrent écouler leurs récoltes auprès d’unités d’intensification des semences, à cause, a-t-il dit, de la «lenteur des procédures administratives pour bénéficier du soutien de l’Etat». Un fait, à l’origine, selon lui, du problème de commercialisation critiqué par nombre d’agriculteurs du domaine. En effet, cette hausse de la production de légumes secs place l’agriculteur devant un véritable dilemme: écouler sa récolte au niveau du marché local caractérisé par une concurrence du produit d’importation, la vendre à la CCLS aux fins d’intensification, ou la revendre à des investisseurs privés. Mohamed Djaarir, cultivateur de légumes secs de Tadjena, fait partie de ces agriculteurs préférant «de loin», selon son expression, «faire face à la concurrence déloyale du produit d’importation», au lieu de vendre à la CCLS de Chlef, «à cause des prix bas proposés à l’achat», comme assuré par nombre d’agriculteurs à l’APS, lors de cette conférence abritée par la Chambre d’agriculture. «Notre véritable problème réside dans l’absence d’une culture relative à l’étude du marché» a, encore, souligné M.Djaarir, signalant avoir décidé l’»extension» de sa surface de culture en légumineuses, avec «l’intégration de nouvelles techniques, et la réalisation d’une étude de marché» pour examiner, a-t-il dit, «les possibilités offertes» à sa récolte à l’échelle locale, et pourquoi pas au delà (wilayas voisines)». Il a, aussi, observé que le consommateur algérien est désormais «plus disposé à consommer et à acheter local».
A l’opposé de cette vision des choses, d’autres agriculteurs locaux préfèrent écouler leur récolte au profit de la CCLS de la wilaya ou de l’unité des semences de Chlef, qui en font acquisition pour un prix de 8000 DA le quintal de lentilles, contre
10 000 DA pour le quintal de pois chiche.
«Il n’existe aucun problème de commercialisation, tant que la CCLS achète nos produits», a soutenu l’un d’eux, Mohamed Soudani, se félicitant que la hausse de la production de légumineuses a fait baisser le volume des importations dans ce domaine. Cette situation favorable l’a encouragé, assure t-il, «à cultiver de nouvelles surfaces en lentilles et pois chiche», et participer ainsi à la mise en valeur de nouvelles terres en jachère. Lui emboitant le pas, un autre agriculteur, Lhadj Abdelkader, s’est dit «très optimiste» quant à l’avenir de la filière, estimant que «si ce rythme est maintenu, nous sommes capables de mettre un terme à l’importation de légumes secs, dans les deux ou trois prochaines années», a-t-il prévu.
Approchés au marché hebdomadaire de Boukadir, de nombreux acheteurs ont exprimé leur satisfaction à l’égard du produit local, qu’ils jugent de «meilleure qualité car indemne de produits chimiques» comparativement à celui de l’importation. A cela s’ajoute l’adaptation du produit local à leur pouvoir d’achat, ont-ils assuré. «Il est vrai que le produit d’importation a plus d’attrait, sur le plan du visuel, mais il est nettement moins bon au plan du goût» a, pour sa part, soutenu M. Medahi, amateur de légumes secs de son état. Le kg de lentilles est proposé, au niveau de ce marché, entre 120 à 150 DA, contre 150 à 200 DA le kg pour le pois chiche.