Face aux accusations de Bagdad : vives réactions de Ryad

L’Arabie saoudite s’est insurgée lundi après les déclarations du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, qui dans un entretien télévisé accordé à une chaîne de TV française à Bagdad, avait affirmé que le royaume wahabite soutenait «le terrorisme dans le monde». «Le royaume condamne les déclarations agressives et irresponsables du Premier ministre irakien», selon des propos rapportés par l’agence saoudienne officielle SPA, attribués à un responsable saoudien sous le couvert de l’anonymat. Le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, s’était exprimé à propos de la flambée de violence qui endeuille son pays. Il avait frontalement attaqué l’Arabie saoudite et le Qatar, en accusant ces deux puissances sunnites du Golfe de déstabiliser l’Irak, en soutenant des groupes d’insurgés. «Ils attaquent l’Irak, via la Syrie et de manière directe. Et ils ont déclaré la guerre à l’Irak», avait ajouté le Premier ministre chiite, proche de l’Iran. «Ces deux pays sont les premiers responsables des violences entre communautés, du terrorisme et de la crise de sécurité en Irak», avait-il insisté.» Au lieu de lancer des accusations au hasard, le Premier ministre irakien devrait prendre des mesures pour mettre fin au chaos et aux violences en Irak», a déclaré le responsable saoudien. Nouri al-Maliki «connaît très bien, mieux que quiconque, la position claire et catégorique du royaume contre le terrorisme, ainsi que ses efforts pour combattre ce phénomène, tant localement que globalement», a-t-il ajouté. Les violences en Irak ont clairement lieu «avec la bénédiction et le soutien des politiques sectaires de son gouvernement contre des éléments du peuple frère irakien», a-t-il poursuivi. Il est clair que ces déclarations «ont pour but de blâmer les autres pour les échecs du Premier ministre», a encore dit ce responsable. D’un autre côté le chef de la diplomatie du Qatar, Khaled Al Attiya, a affirmé lundi que son pays était attaché à l’indépendance de sa politique étrangère, dans une réponse à l’Arabie saoudite et d’autres monarchies du Golfe qui veulent mettre au pas Doha. “Le Qatar n’imite personne et cela peut nous causer parfois des maux de tête. Notre politique est basée sur l’ouverture en direction de tous, et nous ne voulons exclure personne”, a déclaré le ministre, en visite à Paris, dans des propos rapportés par la chaîne Al-Jazeera. L’Arabie saoudite, les émirats arabes unis et Bahreïn ont rappelé leurs ambassadeurs à Doha, accusant le Qatar de s’ingérer dans les affaires des pays voisins, une première dans l’histoire du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui rassemble depuis 1981 les six monarchies arabes du Golfe. Doha a «regretté» cette décision et évoqué «des divergences» sur des questions régionales. Les divergences portent notamment sur le dossier égyptien, le Qatar ayant soutenu sans réserve les islamistes et ayant condamné l’éviction du président Mohamed Morsi, alors que les trois autres pays soutiennent les nouvelles autorités en égypte dirigées de facto par l’armée. Outre ce dossier, le Qatar est soupçonné par ses trois voisins de soutenir les islamistes proches des Frères musulmans dans leurs pays, dont des dizaines ont été condamnés à la prison aux émirats arabes unis, et de servir de refuge aux islamistes d’autres pays arabes. Le ministre a affirmé que Doha «offre un forum à tous ceux qui n’appartiennent à aucun bloc pour qu’ils viennent et échangent leurs idées», sans que cela veuille dire que le Qatar adopte leur point de vue, a-t-il dit.

M. B.