Elle juge humiliant le cartable de l’orphelin : Louisa Hanoune charge Mohamed Aïssa

L’effondrement du pouvoir d’achat des classes démunies a été l’un des points débattus par Louisa Hanoune, secrétaire générale, porte- parole du Parti des travailleurs (PT), lors de la conférence de presse qu’elle a animée, hier, au siège de son parti. Fidèle à ses habitudes, Hanoune n’a pas pris de gants pour s’attaquer vigoureusement à la politique sociale du gouvernement, déplorant le cercle vicieux dans lequel vivent les familles algériennes, chaque année, à l’occasion de la rentrée scolaire. Répondant à une question du «Courrier d’Algérie» relative à l’initiative du ministère des Affaires religieuses et des Wakfs, placée sous le slogan «Le cartable de l’orphelin», la secrétaire générale du PT s’est indignée : «Nous sommes contre le mélange entre le religieux et le politique. Et nous pensons que le ministre des Affaires religieuses n’a pas à s’immiscer dans le domaine de l’Éducation nationale parce que nous assistons à des dérives qui n’en finissent pas, ces derniers temps, de la part du ministère des Affaires religieuses comme si nous étions dans un pays avec un État religieux, comme si nous avions un clergé. Il est en train de se comporter comme s’il était un clergé alors que nous sommes dans un pays sunnite, et cela veut dire qu’il n’y a pas de clergé». S’étalant sur le sujet, Hanoune précisera : «Notre position de principe est que les Affaires religieuses doivent se limiter à la question de la religion. La pauvreté, c’est l’affaire de l’État algérien, même pas, seulement de l’Éducation nationale. C’est l’affaire du gouvernement qui doit réunir les conditions pour que tous nos enfants puissent rejoindre les bancs de l’école dans les meilleures conditions possibles, c’est-à-dire, dans la dignité». Plus loin, elle dira : «La dignité est la raison pour laquelle nous combattons la politique d’austérité parce que c’est la régression sociale qui a amené les autorités à faire l’invention affreuse du couffin du Ramadan qui est une humiliation mais aussi le cartable pour les plus démunis. Alors que c’est une notion très vague. Aujourd’hui lorsqu’un médecin généraliste est payé 50000 DA à l’hôpital, il vit au seuil de la pauvreté donc même lui, il a besoin d’aide». Notre interlocutrice trouve la solution ailleurs. «En réalité la solution, c’est la création d’emplois, la levée du gel portant sur les remplacements des départs à la retraite afin de pouvoir créer des emplois et en même temps ouvrir des perspectives à la jeunesse. C’est le budget des équipements, ce sont les investissements publics qui sont créateurs d’emplois, créateurs de richesses car la création d’emplois fait tourner la consommation et la consommation fait, à son tour, tourner la production, et donc la croissance. Et notre pays sortira, à ce moment-là, de cette spirale infernale de la récession». Concernant la position de son parti à propos du projet de loi de finances, elle projette de se battre pour l’augmentation du SMIG car pour elle : «Le seuil de pauvreté, de l’aveu-même du gouvernement est de 36000 DA» et de s’interroger : «Alors que dire des millions de travailleurs payés à 15000 ou 18000 DA ou ceux qui sont recrutés sous différentes formules d’emplois d’attente depuis 15 ou 20 ans ?» Mme Hanoune conclura : «Il faut qu’on sorte de cette politique de précarisation de l’ensemble de la société pour qu’il y ait un élan social et économique. À ce moment-là, personne ne sera obligé de tendre la main. Parce que la politique qui encourage une bonne partie de la population à tendre la main est une politique qui veut ériger l’humiliation en système de gouvernement».
Laldja Messaoudi