BOUALEM AMOURA, S.G du SATEF

DÉMARCHE DU PANEL DE MÉDIATION POUR LE DIALOGUE : Des acteurs de la société civile prédisent un «échec»

Le panel de médiation, en vue d’aboutir à un dialogue national, initié par le pouvoir et conduit par six personnalités, dont le coordinateur Karim Younès, peine à convaincre. Des représentants de la société civile présument un échec de la démarche, car les conditions pour sa réussite ne sont pas réunies, sachant aussi qu’elle a été rejetée par le peuple.

Boualem Amoura, SG du SATEF :
« Ce panel est voué à l’échec. Les personnes qui le composent auront le même sort que Ramtane Lamamra et Lakhadar Brahimi, car ils n’ont aucune crédibilité populaire. Celui qui prétend être son président est, quant à lui, non seulement un enfant du système, mais en plus il n’a jamais marché avec le peuple depuis le début du mouvement populaire. Karim Younès ne peut pas aujourd’hui prétendre mener un quelconque dialogue, puisqu’il est déjà lui-même refusé par le peuple. Il faut souligner, notamment, que cette commission fait de la présidentielle une fin en soi. Elle ne discute pas d’une Algérie nouvelle, démocratique, avec une justice indépendante, mais parle d’élections comme objectif.»

Messaoud Boudina, porte-parole du Cnapeste :
«Nous estimons que cette commission n’a pas de crédibilité car elle n’a pas l’aval du peuple. Ses membres sont sortis dans la rue et n’ont pas été bien accueillis par le peuple. Cela démontre qu’il y a dysfonctionnement dans la formation de celle-ci. Personnellement j’ai été surpris de voir mon nom figurer dans la liste des personnalités invitées à rejoindre le panel, sans en avoir été informé au préalable. Ceci démontre aussi que ce panel n’est pas en mesure d’assumer sa responsabilité. Il est inadmissible que cette commission fasse des erreurs pareilles. Pour qu’elle réussisse, il faut qu’il y ait un climat politique qui le permet, ce qui n’est pas le cas. On ne peut pas aller vers le dialogue alors qu’il y a de la tension dans l’air, je parle surtout des détenus d’opinion et de la répression du mouvement populaire. Ces pratiques n’encouragent pas à aller vers le dialogue.»

Amine Zaoui, écrivain :
« La création de ce panel s’est faite dans une précipitation qui n’est pas contrôlée, notamment dans sa composante. Il a été rapiécé avec les rajouts de noms. Je trouve qu’il y a de l’amateurisme politique dans cette formation, sachant que les intellectuels qui ont une vision historique et civilisationnelle de la question algérienne n’y font pas partie. Il y a le politique qui prend le dessus, ce qui étouffe la voix des intellectuels. Si on veut aller vers une Algérie plurielle, d’écoute et de diversité, il faut écouter cette frange de la société. Je pense, pour finir, que ce panel n’est pas à la mesure de l’attente du peuple algérien.»

Ilyès Merabet, SG du SNPSP et coordinateur national de la CSA :
«La création de ce panel de dialogue n’a pas été mûrement réfléchie, et les conditions ne sont pas réunies pour sa réussite. Nous avons des réserves, notamment sur le fait que ce panel propose d’aller directement vers des élections en écartant, de ce fait, les propositions du reste des acteurs de la société. Nous favorisons toutefois le dialogue car aujourd’hui c’est le seul moyen permettant une sortie de crise.»

Louiza Aït Hamadouche, politologue :
«Le départ de ce panel n’est pas le meilleur qui soit sur le plan de la forme, de la communication, et de la composition humaine. Il connaît des insuffisances importantes qui ont été relevées par l’opposition, la population, et les étudiants également. Il semble que quelques jours après sa mise en place, celui-ci ne parvient pas à créer un climat de confiance qui est indispensable pour jouer le rôle de médiateur. Ce lien n’est pas du tout mis en place. Il y a aussi une mise en place de façon très formelle et protocolaire par la Présidence, en l’occurrence le chef de l’État, sachant que sa légitimité, elle-même, n’est pas reconnue par le peuple. Donc le lien direct entre ce panel et le chef de l’État a prédisposé une problématique. Il est vrai qu’au niveau des personnes qui constituent ce panel, il y a certaines qui ont été directement impliquées dans la gouvernance du régime Bouteflika et même avant et cela pose un problème d’indépendance et d’impartialité.»
Propos recueillis par Ania Nait Chalal