Mouad Bouchareb

CONGRÈS EXTRAORDINAIRE DU FLN : Bouchareb entretient le suspense

Tenir le congrès extraordinaire du FLN, parti amputé de tous ses traditionnels organes dirigeants depuis fin novembre dernier, c’est la mission affectée à Mouad Bouchareb, désigné officiellement par le président de la République à la tête du parti, qui en a fait sa première priorité. Deux mois après son installation comme coordinateur général, le successeur de Ould Abbès se prononce à demi-mot, au sujet notamment du congrès extraordinaire.

Annoncée par Bouchareb dès son arrivée au parti, la tenue du congrès extraordinaire du FLN est reportée sine die, de même que de dévoiler ses intentions réelles pour les présidentielles qui devraient avoir lieu en avril prochain. Samedi dernier, Bouchareb a prononcé un discours pour célébrer la victoire « bien méritée » du FLN lors des sénatoriales du 29 décembre dernier, à l’hôtel El-Aurassi, sur les hauteurs d’Alger, devant un parterre composé des 32, tous nouveaux sénateurs du parti ainsi que des députés et cadres dirigeants. « On fixera la date du congrès du FLN dans une semaine au plus tard dans dix jours. On vous annoncera alors la date exacte du congrès si c’est avant ou après les présidentielles », a-t-il répondu sur une question des journalistes en marge de cette rencontre. Même si ce choix est indépendant de la volonté du coordinateur général du FLN, Bouchareb se justifiant toujours de la primauté des décisions de Bouteflika dans le parti, ce report du congrès extraordinaire vient souligner la difficulté du FLN à aller au bout. Ce recul sur la date du prochain congrès donne l’impression que Bouchareb préfère attendre la fin de ce mois lorsque le président Abdelaziz Bouteflika convoquera le corps électoral pour la prochaine présidentielle. Une réalité qui explique le soudain recul de Bouchareb : il est évident que si le président de la République convoquera le corps électoral dans les délais, le FLN n’aura pas le temps de tenir un congrès « de refondation » dans toutes ses structures, au risque de se voir passer à côté de la campagne électorale. Dans ce contexte, Bouchareb a fait bien part de ses priorités : les deux options, à savoir tenir premièrement le congrès ou la présidentielle, on ne le sera qu’au gré de la décision du président Bouteflika. « Pour le FLN, les deux étapes sont d’une importance capitale, mais la présidentielle nous importe beaucoup plus », a expliqué Bouchareb. Mais, l’équation n’est pas d’une telle simplicité que s’imaginait Bouchareb.

Une commission de préparation sans délais précis
Après la dissolution du comité central et du bureau politique suite au départ de l’ex-SG, Djamel Ould Abbès, le parti n’a pas avancé d’un pouce sur les préparatifs pour ce congrès qui devront être supervisés par « une instance exécutive » restreinte, composée de 30 à 50 personnes. Interrogé samedi sur la question, Bouchareb a promis son installation dans les prochains jours, en précisant qu’elle serait composée de personnalités de poids et capables de mobiliser dans la base en vue de réunir les militants autour du congrès. Très tôt contesté par les ténors du FLN, Mouad Bouchareb peine toujours à asseoir son autorité, et les déclarations répétitives de Bouchareb qui espérait convaincre ses camarades au parti en étant désigné et agissant sous les ordres du Président, ne semblent pas arranger les choses. En plus, la tâche risque d’être beaucoup plus difficile, aux craintes de voir des concurrents éventuels entrer en lice, dont le très influent et ancien chef de gouvernement, Abdelaziz Belkhadem – qu’on prédit aussi comme éventuel président du Sénat -, que son retour en décembre dernier a fait grincer des dents au siège de Hydra. L’activisme de Belkhadem ces derniers temps, laisse prospérer l’idée de son éventuel retour en politique, avec l’intension de diriger la prochaine période de préparation du congrès.
Une tâche que d’aucuns estiment très lourde pour Bouchareb, qui ne pourrait pas s’en charger en s’acquittant en même temps de ses fonctions de président de l’Assemblée populaire nationale (APN). Bouchareb doit aussi s’inquiéter de la capacité du FLN à mobiliser, en l’état actuel et en si peu de temps, si le Président venait de convoquer le corps électoral et par conséquent la tenue des élections en leur date légale, notamment en raison du nombre important des partis politiques de la continuité qui soutiennent le président et qui l’ont même annoncé comme leur candidat présidentiable. Dans cette totale opacité, l’élément dont on est le plus sûr au FLN, c’est que l’instance de direction provisoire de Bouchareb va se poursuivre au moins jusqu’à la tenue des présidentielles. Bouchareb devrait encore tenir la boutique, dans la clandestinité, jusqu’à nouvel ordre et voire même plus longtemps que cela paraissait, peut-être comme l’a fait avant lui Ould Abbès, qui n’était chargé en 2016 que de diriger la période de transition du FLN suite à la démission de Amar Saâdani avant de se clouer avec acharnement à son poste.
Hamid Mecheri