Assoul Zoubia

CONCERTATIONS SUR L’INSTANCE SOUVERAINE POUR L’ORGANISATION DES ÉLÉCTIONS : L’opposition décline l’invitation de Bensalah

Le chef de l’État par intérim, Abdelkader Bensalah, s’est engagé, mardi soir, dans un discours adressé à la Nation, à lancer des concertations avec la classe politique et la société civile, en vue de mettre en place une « Institution nationale collégiale, souveraine dans ses décisions, à laquelle sera dévolue la mission de réunir les conditions nécessaires de préparation et d’organisation d’élections nationales honnêtes et transparentes ». Dans leurs réactions au Courrier d’Algérie, des partis de l’opposition, qui refusent déjà la désignation de Bensalah pour gérer la période de transition, ont fait savoir qu’ils vont décliner l’invitation du chef de l’État par intérim, lequel étant une des figures du système politique en place, qui doit être changé, comme l’exige le mouvement populaire pacifique à travers le pays.

Zoubida Assoul (UCP) : «Non à Bensalah ! »
« Non à Bensalah et non à toute cette nomenclature politique qui a ruiné le pays et qui veut encore continuer dans le déni», a réagi Zoubida Assoul, présidente de l’Union pour le changement et le progrès (UCP), sur sa page Facebook. « Bensalah, on va le faire partir comme on a fait partir Bouteflika, par notre mobilisation pacifique de plus en plus forte», a-t-elle ajouté, considérant qu’«il ne faut pas qu’on se trompe, Bouteflika est un des symboles de ce système politique».

H. Belahcel (FFS) : «Il est impossible d’aller vers n’importe quelle initiative avec des hommes du système»
« Impossible de répondre à l’invitation de Bensalah [pour les consultations sur l’Instance indépendante d’organisation des élections]. Ce n’est pas ce que le peuple demande, celui-ci l’a dit clairement ; “trouhou ga3 ! Partez Tous”, le peuple algérien a ses capacités et est en mesure de dégager ses représentants, des hommes et des femmes pour conduire la transition », a réagi hier, Hakim Belahcel, premier secrétaire national du FFS. «Maintenant, ce que nous attendons de Bensalah c’est qu’il ait le courage de démissionner.
Il a fait partie des sales besognes : notamment la fraude électorale et du système à travers les postes de responsabilités étatiques qu’il a occupés pendant ces dernières 25 ans.
Donc, on ne fait plus confiance à cet homme. Il est impossible de faire n’importe quelle initiative avec des hommes pareils. Il n’est pas crédible pour gérer la transition », a-t-il enchéri.

L. Benkhallaf (FJD) : « Bensalah veut contourner les revendications du peuple»
« On va décliner l’invitation de Bensalah. Il n’en est pas question. Nous ne dialoguons pas avec une personnalité issue des résidus du système, qui est source de tous les problèmes d’un côté. De l’autre côté, la question d’une Instance indépendante pour organiser des élections est actuellement constitutionnalisée, car la Constitution prévoit déjà de telle Institution. Ce qui nécessite aujourd’hui l’amendement de la Constitution en prenant le temps qu’il faudra», a réagi hier, Lakhdar Benkhallaf, député et président du conseil consultatif du Front pour la justice et le développement (FJD). «Bensalah veut aujourd’hui contourner les revendications du peuple algérien à travers l’annonce de l’installation de cette Instance indépendante pour organiser les élections, qu’on ne peut pas mettre en œuvre dans l’espace de trois mois. Il nous faut suffisamment de temps pour étudier cette question, réviser la Constitution, et élaborer la Loi organique de cette Instance, et aussi la révision de la loi électorale (…) Ils veulent aller vers des élections dans une période très courte pour pouvoir se maintenir durablement à la tête de l’État à travers celui qui veulent élire après trois mois», a-t-il ajouté.
«Cette personne a mené, de par le passé, les consultations pour l’amendement de la Constitution qui ce sont toutes finies par un échec. Il ne faut pas oublier aussi que Bensalah est un cadre au RND, donc on refuse totalement cette personnalité pour gérer la période de transition. Le peuple doit maintenir la mobilisation massivement et pacifiquement jusqu’à ce que tous les “4 B” soient balayés », a-t-il rappelé.

A. Menasra : «Bensalah tient le même engagement que Bouteflika»
«C’est ça Bensalah depuis que je l’ai connu. Il parle pour enfin ne rien dire. Tout ce qu’il pourrait faire est de faire semblant d’avoir une opinion pour ne vexer personne. Mais aujourd’hui, cela intervient dans un contexte marqué par une grande colère populaire contre le système Bouteflika, alors qu’il est l’un des hommes de ce système qui, de plus, a perduré longtemps dans son poste», a réagi Abdelmadjid Menasra, sur sa page Facebook. «D’aucuns me diront aujourd’hui qu’il a du nouveau quand il a annoncé dans son discours la constitution d’une Instance indépendante pour organiser les élections – que l’opposition a tant réclamé -, je répondrais que oui, effectivement, mais c’est aussi le même engagement de l’ancien président Bouteflika dans ses derniers jours. Donc, Bensalah ne tient ici qu’un engagement déjà articulé par son président. Le peuple a raison de refuser le système Bouteflika »
Hamid Mecheri