5octobre

Commémoration des évènements du 5-10 Octobre 1988 : La grande fitna islamiste

La jeune génération ne s’en souvient plus. Octobre ne veut plus rien dire à ceux qui ont moins de 30 ans. Comme dirait Charles Aznavour, « je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ».

Le 5 et le 10 Octobre 1988 ont été des évènements douloureux, mais aussi avec des conséquences politiques, des prodromes à la grande déflagration sociale, et tout compte fait, une articulation politique majeure et décisive dans la vie de l’Algérie post-indépendante. D’abord, le 5 octobre 1988 en Algérie a été une journée marquée par des manifestations sporadiques et incontrôlées dans plusieurs villes du pays. Le monde syndical, d’ordinaire si calme, commençait à frémir à Rouiba, la plus grande zone industrielle d’Algérie.
Les choses se sont empirées pendant la même journée et les manifestants ont détruit plusieurs infrastructures de l’État et des biens civils. Le président Chadli appelle l’armée à intervenir. Mais les évènements connaissent des virages dangereux et la casse et les sacs se multiplient, touchant notamment les édifices publics, les entreprises étatiques et les institutions officielles. L’armée algérienne sort de sa réserve pour contrôler la situation. La crise a duré plusieurs jours, les villes les plus touchées sont : Alger, Annaba, Oran, Constantine, Tizi-Ouzou, Béjaïa. «Octobre 88», comme on l’appelle, semble avoir été la station finale de prodromes plus anciens sur la grande déflagration sociale : Printemps berbère de 1980, Oran, en 1984, Constantine et Sétif, en 1986, et l’avènement de Bouyali de 1880 à sa mort en 1887.
La grève de Rouiba septembre-octobre 1988 indique clairement des tiraillements au sommet de l’état. Le 6 octobre, le président proclame l’état de siège et en confie la responsabilité au général Khaled Nezzar. La cellule de crise, créée la veille, fonctionne sans le Premier ministre Abdelhamid Brahimi et sans Mohamed Chérif Messaadia, responsable du parti. 10 000 soldats sont alors déployés à Alger.
C’est là que les islamistes entrent en jeu. Pour apprécier aussi la poussée islamiste, il faut replacer les choses dans leur contexte. La décennie 1980-1990 a été marquée par une poussée islamiste planétaire, depuis la Révolution des Mollah et l’avènement de la République islamique en Iran, en 1979-1980.
Les évènements de la Mecque, une année avant, et ceux de Syrie, une année plus tard, confortent cette poussée islamiste.
L’Algérie n’échappe pas au phénomène que le président Chadli tente, d’abord, de domestiquer par des moyens pacifiques. L’appropriation du mouvement par les islamistes a été abondamment soulignée. Mais rien n’a été tiré au clair. Ali Belhadj, Ahmed Sahnoun, El Hachemi Sahnouni, Kamel Nour, Abdelmalek Ramdani, Mohamed Saïd, pour ne citer que les plus connus, ont eu des positions décisives, parfois contradictoires les uns par rapport aux autres.
Mais le mérite d’Octobre a été d’avoir déblayé le terrain pour des réformes sociales et politiques profondes. Le peuple venait porter la contestation sous le balcon des autorités, de la manière la plus « autoritaire ». Octobre 88, c’est aussi le signal de la grande marche des islamistes vers le pouvoir… La suite, trois années après sera écrite par le feu, par le sang…
O.F.