Chlef : les mariages battent leur plein

C’est connu, à Chlef, d’ailleurs, comme un peu partout à travers le pays, la saison des mariages bat son plein en été. Outre l’aspect festif des cérémonies de mariages et la joie des nouveaux mariés et leurs familles, plusieurs métiers adjacents à ces évènements sont sollicités, mais aussi débordés.

Généralement, la demande excède l’offre. Les salles de fêtes, les tailleurs, les traiteurs volontaires et autres, sont très sollicités. Si autrefois, le mariage était arrangé entre les familles. Seuls «La-Fatiha» et la présence de deux témoins suffisaient pour sceller la pacte de l’amour. , Aujourd’hui, il est devenu un véritable investissement, qui dans certaines régions a battu tous les records, surtout en été. Un minimum de 30 millions de centimes est consacré uniquement à la location de la salle, le disc-jockey, le caméraman, au préparateur des mets des convives, et des quelques imprévus. Il faut dire que tout cet argent n’a pu être amassé qu’au bout d’une longue période au prix de sacrifices, notamment pour les smicards et cela pour une seule journée. Mais tout le monde reconnait que c’est inévitable de telles dépenses et les familles ne regrettent rien. Pour Mansour un habitant de la nouvelle ville de Chorfa sise à Chlef , qui vient de se marier durant la deuxième semaine de ce mois d’août ; « qu’importe les frais que j’ai dépensé pour me marier d’autant plus que je pense trouver l’âme sœur en la personne de ma nouvelle épouse » et de souligner « On ne peut vivre cela qu’une seule fois dans la vie» . Il est vrai que le prix d’un mariage n’est pas un problème pour certaines familles qui ont les moyens. Mais pour celles qui ne roulent pas vraiment sur l’or et qui se tuent pour une fête d’un mariage convenable, c’est là, le meilleur moyen, la solidarité et l’entraide obligent ! L’enjeu en valait vraiment la chandelle», affirme Yacine, un jeune qui compte figurer parmi la liste des futurs mariés de cette fin du mois d’août. Aujourd’hui lorsqu’une jeune fille est demandée en mariage , il est devenu d’usage pour la famille de la mariée d’inviter la famille, les proches et toutes leurs relations dans une salle des fêtes louée pour l’occasion. C’est dans ce lieu apprêté et aménagé pour ce genre d’événements qu’aura lieu la cérémonie dite du « mad’har » de la mariée (littéralement l’exhibition) qui revêtira pour la circonstance différentes tenues, allant de la robe traditionnelle avec la parure de bijoux à la robe de soirée la plus clinquante en passant par la robe kabyle, oranaise, s’taïfie ou constantinoise. La salle est généralement louée quelques jours avant le mariage avec ou sans disc-jockey (DJ), ce dernier ayant remplacé l’orchestre traditionnel ou la fameuse platine pour disque l. S’il n’y a pas de DJ dans la salle, la famille de la mariée doit louer les services de l’un d’entre eux. Il y va de même pour le photographe qui est normalement en même temps caméraman pour enregistrer toutes les séquences du mariage. Les invités arrivent à la salle des fêtes à partir de 14 heures. Dans l’attente de la mariée, on écoute de la musique Chaabi, du raï, des chansons « arassi » (spécial fêtes). La mariée est passée entretemps dans un salon de coiffure avec ses amies pour se faire belle pour un montant gravitant entre 8000 à 20 000,00 DA. Au son de la « zorna » (troupe musicale avec flûte, karkabou et tambour), la mariée se fait accompagner par ses proches à la salle des fêtes. Ce n’est que lorsqu’elle franchit le pas de la salle que la fête commence véritablement. On fait asseoir la mariée sur un fauteuil, semblable à un trône, qui lui a été spécialement aménagé sur une estrade qui surplombe l’assistance afin que tout le monde puisse la voir, l’admirer et prendre des photos avec elle. Elle ira se changer de nombreuses fois pour mettre tantôt des tenues modernes tantôt des costumes traditionnels. La mariée va changer 4 à 5 tenues. La dernière robe qu’elle revêtira sera de couleur blanche. Elle la portera vers 19 heures. Après qu’elle eut enfilé la seconde tenue, une distribution de gâteaux s’ensuivra. Les convives recevront également des boissons fraîches et soda. Si la cérémonie se déroule en été, il y aura distribution de glace à la place des gâteaux. À la 4E tenue, il y aura distribution de café et de thé avec un accompagnement (r’fiss ou gâteaux). Lorsque la mariée met la robe blanche, il y aura la distribution de boites de gâteaux, et des gâteries ainsi que des dragées et des cacahuètes sont distribuées aux enfants et le DJ entonne la chanson « N’bqaw âala khir, rahna m’china » (au revoir, nous partons…) qui est le prélude à la fin de la cérémonie. Il existe 8 salles de fêtes à Chlef, qui sont pratiquement sollicitées à longueur d’année. On y fête les mariages, les fiançailles, les circoncisions… Elles sont réparties à travers la ville et ses sites environnants.
Les tarifs de location pour une seule soirée diffèrent d’une salle à une autre, et des services offerts (disc-jockey, ustensiles de cuisine, nappes, verres, agents de service, etc.). À Chorfa, la salle « Andalousia » se loue pour un montant de
35 000 DA, DJ compris. Celle située au niveau du parc d’attractions de Chorfa est à 40 000 DA avec DJ. De même, la salle Tazgaït qui trouve au centre ville à 30 000,00 DA sans DJ, la salle de l’hôtel Tazgaït à 50 000,00 DA sans DJ, celle de « Bahia » à la Bocaa Sahnoun à 35 000,00 sans DJ, celle du « Diamant vert » de Zebboudj à 30 000,00 DA sans DJ, celle d’Ouled Mohamed (Berrebha) à 40 000,00 DA sans DJ et enfin la salle Cerbah à 50 000,00 DA sans DJ. Le disc-jockey « standard » revient à 5 000 DA l’heure. Si on est introduit, on peut avoir un DJ pour 18 000 DA de 14 à 19 heures.
Les DJ professionnels (DJ Della de Bocaa et le DJ Chebla d’Oued Fodda) monnaient leurs services à 12 000,00 DA l’heure. Pour ces deux derniers, on peut admirer leurs prestations sur le web (Youtube)-, il faut se lever tôt pour pouvoir les réserver. D’ailleurs, ils ne travaillent que sur commande. Enfin, pour le service, il est possible de louer des serveuses pour le service pour la modique somme de 3000 DA.
Sinon, c’est la famille de la mariée qui s’acquittera du service. À la fin de la cérémonie, les convives sont priées de consigner leurs impressions sur la salle dans le livre d’or de cette dernière.
Bencherki Otsmane