La pollution du barrage Bougherara, situé dans l’ouest-algérien, près de la frontière marocaine, a suscité l’intérêt des chercheurs et experts qui ont participé au colloque international sur la « Protection des cours d’eau transfrontaliers, leurs utilisations durables et la prévention de la pollution environnementale » (IC-TWEP 2026, du 26 au 29 octobre 2026, Tlemcen), organisé par l’Université Abou Bekr-Belkaïd de Tlemcen et la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT), en collaboration avec l’École Nationale Polytechnique d’Oran – Maurice Audin. Le barrage de Hammam Boughrara, destiné à l’alimentation en eau potable et à l’irrigation, se trouve sur un bassin versant dont une partie est en territoire marocain ; sa capacité théorique à l’origine était de 177 millions de m3, mais le volume exploitable actuellement est très inférieur. La pollution du barrage Bougherara est due aux eaux de l’oued Mouilah qui arrivent, en provenance du Maroc, chargées de métaux lourds, particulièrement le cadmium dont la concentration dépasse de très loin la norme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), d’après les travaux de chercheurs algériens. Les participants au colloque international de Tlemcen, qui a réuni près de 500 chercheurs et experts, ainsi qu’une vingtaine de participants issus des secteurs économique et social, ont appelé au renforcement des mécanismes de surveillance, de vigilance et d’alerte précoce, notamment dans les zones frontalières et les bassins hydrographiques partagés. Ils ont également préconisé le développement des stations de contrôle de la qualité de l’eau et la réalisation d’analyses périodiques, afin de détecter les polluants, ainsi que l’élaboration d’études scientifiques pour évaluer les dommages, déterminer les voies de propagation des polluants et identifier les risques qui y sont associés. Ils ont, en outre, souligné la nécessité de créer un réseau scientifique national de surveillance des eaux transfrontalières, regroupant les universités, les laboratoires de recherche et les organismes spécialisés. Ils ont également insisté sur le renforcement de l’échange de données et d’expertises, la réalisation d’études conjointes, l’implication de la société civile dans la vigilance environnementale, l’intensification des campagnes de sensibilisation et de formation, ainsi que le développement de la recherche en droit international de l’eau et le renforcement de la coopération régionale et internationale. Il faut espérer que toutes ces précieuses recommandations faites par des experts et des chercheurs soient prises en considération et, surtout, appliquées. Concernant le cas de la pollution du barrage Bougherara, il n’est pas exclu, a-t-on appris, qu’une action soit engagée pour permettre à l’Algérie de faire valoir ses droits devant les instances internationales. Le phénomène de pollution du barrage Bougherara n’est pas nouveau : en été 2001, des lâchers d’eau, à partir de ce barrage, avaient causé des désagréments non seulement aux fellahs riverains de oued Tafna, sur une longueur de près de 40 km, mais aussi, et c’est ce qui avait entraîné une alerte écologique, aux estivants de la plage de Rachgoun, située à l’embouchure de la Tafna, près de Beni Saf. En 2003, une déviation des eaux polluées vers un autre oued, qui n’alimente pas le barrage, a été envisagée.
Cette idée, semble-t-il, a, de nouveau, circulé, 23 ans après, pendant le colloque de Tlemcen. Pour l’histoire, au début des années 1990, au moment où était lancée l’idée du projet de barrage Hammam Boughrara, financé par un important prêt de la Banque européenne d’investissement, les ingénieurs de l’ANPE (Agence nationale pour la protection de l’environnement), avec le peu de moyens qu’ils avaient, avaient effectué des analyses d’échantillons d’eau prélevés notamment sur l’oued Mouilah et, sur la base des résultats, avaient recommandé de faire non seulement l’étude d’impact du barrage sur l’environnement mais, en plus, une étude pour déterminer l’impact de l’environnement sur le barrage. Ils n’ont pas été entendus. Il était évident, selon eux, que le barrage serait vulnérable à la pollution véhiculée par oued Mouilah.
M’hamed Rebah











