Aviculture : une filière en crise

À quelques encablures du lancement de la 4ème édition du Salon international de l’agroélevage «Zootech-expo», prévu cette année, au Palais des expositions des Pins maritimes «la Safex» à Alger, les organisateurs de ce Salon, qui commence, il faut le dire, à prendre des échos positifs, étaient hier, invités au forum du journal Dk News.
L’occasion pour eux de dresser un bilan paradoxal de l’aviculture dans notre pays. En effet, l’Algérie recèle d’importants moyens et peut développer la filière, mais hélas, plusieurs facteurs empêchent l’essor de celle-ci. Ainsi, l’aviculture a été passée au peigne fin par Yahia Zane, président de l’Union nationale des agronomes et Laâla Boukhalfa, commissaire du Salon Zootechxpo. Cette manifestation se tiendra du 15 au 17 mai et sera axée sur « la filière avicole : états généraux, enjeux et perspectives» vise à promouvoir l’aviculture dans notre pays. Ainsi, les intervenants et invités du forum de DK News, ont tiré la sonnette d’alarme quant à l’anarchie qui a atteint la filière à cause du dysfonctionnement entre l’amont et l’aval. « L’amont de la filière est beaucoup développé par rapport à son aval, mettant en évidence le manque flagrant en structures d’abattage, de stockage, de découpe et surtout de transformation et de conditionnement », a déclaré M. Boukhalfa, avant de poursuivre que « les abattoirs existants ne peuvent assurer au delà de 20% de la production nationale encourageant par conséquent l’orientation vers l’abattage clandestin mettant en danger la santé alimentaire ». De surcroît, il a signalé que « l’absence de structure de stockage du produit pour le congeler à une température optimale de 40°, ainsi que le manque flagrant de chambre froide pour sa conservation pénalisent les aviculteurs».
Etant plus explicite, l’intervenant a indiqué que cette filière place l’Algérie en 2ème position au niveau mondial en matière de production des parentaux très développés et 2ème dans l’Afrique dans la production de la viande blanche, mais en raison du manque d’une stratégie de gestion, la filière ne pourra guère réaliser les objectifs escomptés. Par conséquent, pour M. Boukhalfa «la problématique de l’aviculture se caractérise par l’instabilité et l’irrégularité du marché avicole». Il dira à ce propos, que «souvent l’aviculteur se retrouve contraint à céder son produit à des tarifs nettement au dessous du coût de production l’obligeant par la suite à abandonner l’activité ». S’agissant des autres raisons de la problématique, M. Boukhalfa a regretté que les vrais professionnels ne sont pas intégrés au sein de la profession. Il citera, à titre d’exemple que la tutelle a toujours marginalisé les experts en la matière dans les comités professionnels. Entre autre, l’intervenant a proposé, sur le volet des solutions, d’entamer une réflexion pour coordonner entre l’amont et l’aval afin de planifier les importations en fonction des besoins de la production pour maîtriser les conjonctures actuelles.
à ce sujet, il propose la réalisation de tunnels de congélation et de chambres froides et l’absence d’un marché avicole pour la commercialisation du cheptel reproducteur. Aussi, il propose la mise en place d’une stratégie de commercialisation privée pour que l’état s’occupe du contrôle.
Par ailleurs, en chiffres, Boukhalfa a affirmé que la production actuelle est estimée à 250.000 tonnes de poulet par an, or, l’Algérie pourrait attendre avec la mobilisation de tous les moyens les 650.000 tonnes. Pour les œufs de consommation, il fait savoir que la production actuelle est de 6 milliards d’œufs roux, et peut atteindre 18 milliards d’unités.
L’intervenant annoncera qu’il existe 16 abattoirs publics et une trentaine d’abattoirs privés contrôlés au niveau national, alors que le secteur public détient 15% de la production avicole, 90% appartiennent au secteur privé, et 70% des élevages relèvent de l’informel, déplore-t-il. étant sur la même longueur d’ondes que son collègue, Yahia Zane a affirmé que la filière avicole est dominée depuis des années par l’informel. Pour l’intervenant, les éleveurs réguliers ne représentent que 30% de la filière, les 70% sont gérés par l’informel. Aussi, pour le spécialiste, cette situation représente un danger pour la santé du citoyen et provoque des dysfonctionnements du marché et une hausse des prix. «L’informel envahit le marché et les éleveurs dûment agréés abandonnent l’activité», a déclaré Zane Yahia. Il a, par ailleurs, averti quant à l’importation de tout ce qui est en relation avec la filière. «Si on continue à ce rythme, la filière va disparaître», a-t-il prévenu.
Lamia Boufassa