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Au moment où la France fêtait à Paris sa victoire contre le fascisme : Son armée coloniale commettait un génocide en Algérie

Au moment où le monde célébrait, en mai 45, la victoire de la lutte contre le nazisme et le fascisme hitlérien, des milliers d’algériennes et d’algériens, de tous les âges, se faisaient massacrer et tuer, par le pouvoir politico-militaire colonial français en Algérie, refusant d’entendre toute voix criant la liberté, la dignité et l’indépendance, car elle jaillissait des gorges de ceux que le colonisateur français a classé, au rang «d’indigènes» depuis que ses bottes ont foulé les terres d’Algérie, en 1830.

La commémoration des évènements tragiques du 8 mai 1945, qui ont duré plus d’une semaine, à travers les régions du pays, aujourd’hui, est un devoir de mémoire, pour que nul n’oublie, que ces jours vécus douloureusement par le peuple algérien, ont montré l’ultime chemin à emprunter, pour la liberté et l’indépendance, celui de la lutte armée, ce qui fut moins de dix ans après en novembre 54. Les estimations algériennes et même étrangères de l’impact de ces massacres avancent plus de 18 000 martyrs morts sous les balles assassines des autorités coloniales françaises, la torture, par des exécutions sommaires outre que ceux jetés vivants du haut des falaises, dont celles de Kherrata. La marche du temps, depuis ces jours sombres de mai 45 pour les Algériens, n’a rien effacé, de la mémoire collective, comme c’est aussi le cas pour d’autres dates et les grands moments qui ont constitué les jalons de l’histoire de l’Algérie et de son peuple. Les évènements de Mai 45 ont eu pour conséquence directe la prise de conscience et l’enracinement de la portée de l’idée qui dit que «ce qui a été pris par la force, ne saurait être repris que par la force», laquelle idée a par la suite rythmé et animé la dynamique du mouvement nationaliste algérien. Les massacres de mai 1945, commis par les autorités coloniales françaises, à travers des régions du pays, ont fini par entrainer de nombreux leaders du mouvement nationaliste et le peuple algérien avec toutes ses composantes à se rendre compte que le système politique colonial ne peut subsister que par la négation du peuple colonisé. Ce qui avait hâté la décision des dirigeants du mouvement national, neuf ans après, à pendre les chemins de liberté, armes à la main, par le déclenchement de la guerre de libération du 1er novembre 1954. Le professeur d’histoire Hassen Remaoun, dans une de ses déclarations, sur les massacres des Algériens en mai 1945, n’ exclut pas «une intention de génocide » perpétré par l’armée coloniale française, dans plusieurs régions du pays et qu’en mai 1945, rappelle-t-il, « il y a eu un massacre de dizaines de milliers de victimes, mené par l’Armée française». Et qui venait poursuit-il « s’ajouter à une multitude d’autres massacres d’Algériens commis depuis 1830 au gré des intérêts et besoins du déploiement colonial ». Dans son télégramme transmis aux autorités coloniales le gouverneur de l’Algérie, le 10 mai 45, le général Charles de Gaulle, donnait des instructions fermes au gouverneur français, de mater la rébellion et la révolte pacifiques des algériens.
« Veuillez transmettre aux familles des victimes de l’agression de Sétif la sympathie du général de Gaulle et du gouvernement tout entier. Veuillez affirmer publiquement la volonté de la France victorieuse de ne laisser porter aucune atteinte à la souveraineté française sur l’Algérie » avant d’ajouter veuillez prendre toutes les mesures nécessaires pour réprimer tout agissement anti-français d’une minorité d’agitateurs » Cette minorité d’agitateurs, jeunes, adolescents, femmes et hommes après avoir rappelé à la France coloniale, ses engagements et sa promesse d’accorder aux algériens leur indépendance, s’ils prenaient part à la guerre contre le nazisme, à des centaines de milliers des kilomètres de leurs douars et villes. Ils étaient avec d’autres de leurs frères africains colonisés, sur les premières lignes du front des combats féroces contre l’armée hitlérienne. En tournant le dos à la promesse en question, le pouvoir politico-militaire colonial de la France a chargé ses canons et ses fusils contre les algériens manifestant pacifiquement, leur soif de la liberté et de l’indépendance, en brandissant, pour la première fois, l’emblème national en ces jours de mai 1945.
Le jeune Saâl Bouzid, âgé à peine de 22 ans, brandissant le drapeau national, que le monde venait de découvrir, à montré, par son sacrifice, la voie par laquelle, son pays et son peuple, épouseraient la liberté et l’indépendance, celle de la lutte armée. John Eric MacLean Carvell, consul général britannique à Alger, envoyant de nombreux rapports à l’ambassadeur, à Paris, dans l’une d’elle, datée du 23 mai résume ainsi « la cause de la révolte » : « Un policier français a perdu la tête.
Je suis certain qu’autant de sang n’aurait pas coulé si les militaires français n’avaient pas été aussi impatients de perpétrer un massacre (…). », a-t-il écrit.
De son côté, Simone Veil a résumé la réalité et l’ignominie de la colonisation, en déclarant « je n’oublierai jamais le moment où, pour la première fois, j’ai senti et compris la tragédie de la colonisation » avant d’ajouter et que « depuis ce jour, j’ai honte de mon pays ». Affirmant que « depuis ce jour, je ne peux pas rencontrer un Indochinois, un Algérien, un Marocain, sans avoir envie de lui demander pardon. Pardon pour toutes les douleurs, toutes les humiliations qu’on lui a fait souffrir, qu’on a fait souffrir à leur peuple » Car leur oppresseur, souligne-t-elle « c’est l’Etat français, il le fait au nom de tous les Français, donc aussi, pour une petite part, en mon nom. »
Karima Bennour