C’est l’horreur aux abords de la barrière de sécurité séparant l’enclave espagnole de Melilla du Maroc. C’est un génocide, un massacre perpétré de sang-froid par la police marocaine contre des migrants subsahariens sans défense. Des organisations de défense des droits de l’Homme n’ont pas hésité à condamner la mort d’au moins 31 migrants et les blessures d’une soixantaine d’autres dans la tentative d’escalader le mur séparant le Maroc de l’enclave.
Le caractère prémédité des évènements est établi, car la police marocaine avait laissé passer près de deux mille migrants pour se rassembler aux abords du mur de séparation avant de tenter de le franchir. Elle avait toute la latitude et le temps nécessaire pour éviter le bain de sang, mais elle a laissé faire, ce qui ne laisse aucun doute sur le souhait des autorités marocaines et espagnoles d’exploiter, politiquement, cet évènement douloureux.
Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, dans une conférence de presse n’a même pas pris la peine de condamner l’usage disproportionné de la force devant des migrants sans armes. Il s’est fendu de remerciements à l’égard des forces marocaines qui ont joué leur rôle de chien de garde veillant sur la sécurité de l’enclave. Il aurait pu dénoncer l’usage de munitions réelles contre des civils désarmés et qui se sont retrouvés coincés dans un sas, entre la partie marocaine et l’enclave. Les images relayées sur les réseaux sociaux, traduisent l’essence criminelle de l’acte.
Tout en dénonçant ce qu’il a qualifié d’attaque contre l’intégrité territoriale de son pays et accuser des mafias de l’émigration clandestine, Sanchez a remercié le Maroc pour sa collaboration. Ce qui lui a valu de vives critiques de personnalités politiques et de partis espagnols qui siègent au parlement. Une députée européenne du parti de gauche radicale Podemos, Mme Idoia Villanueava, allié des socialistes au sein du gouvernement minoritaire de Pedro Sanchez, a affirmé «la nécessité d’ouvrir une enquête pour éclaircir les faits et les responsabilités».
Appel à l’ouverture d’une enquête indépendante
Pour sa part, la principale organisation marocaine de défense des droits humains (AMDH), a demandé samedi « l’ouverture d’une enquête rapide et transparente » sur cette « tragédie » sans précédent au Maroc, Son président, Mohamed Amine Abidar, cité par l’Afp, a indiqué que la « la cause principale de cette catastrophe est la politique migratoire menée par l’Union européenne en coopération avec le Maroc ».
De nombreux observateurs affirment pour leur part que ce tragique épisode va fragiliser encore plus le gouvernement de Pedro Sanchez, déjà sur la sellette depuis l’abandon de la traditionnelle position de neutralité espagnole dans le conflit du Sahara occidental et son appui à la thèse marocaine. Sanchez avait conclu un deal de dups avec le Maroc en confiant le rôle de chien de garde pour surveiller les frontières des enclaves de Ceuta et Melilla aux services de sécurité marocains, contre le ralliement de Madrid aux thèses expansionnistes de Rabat. Aujourd’hui, c’est tout ce traité qui est remis en cause, car ce qui s’est passé vendredi matin devant la barrière séparant le quartier marocain de Barrio Chino de l’enclave de Melilla n’est rien d’autre qu’un crime de guerre qui devrait pousser la communauté internationale à le dénoncer et à exiger que ses commanditaires et ses responsables soient poursuivis pour génocide. Et en attendant, les migrants continuent de tenter de franchir la barrière de la mort de Melilla, car l’accord conclu entre Rabat et Madrid n’est pas juste, c’est juste un droit de tuer des sans-papiers donné aux services de sécurité de sa majesté contre la reconnaissance de sa souveraineté sur les territoires occupés du Sahara occidental.
Slimane B.