Soudan

APRÈS LA DESTITUTION D’OMAR EL-BÉCHIR PAR L’ARMÉE ET LA PRISE DE CONTRÔLE DU PAYS Les Soudanais maintiennent la pression jusqu’à la remise du pouvoir aux civils

Le président soudanais Omar el Béchir a été destitué et arrêté après plusieurs mois, (depuis décembre dernier) d’importantes manifestations et de protestations dans le pays, exigeant le changement du système politique en place. Sous contrôle des militaires, après la destitution d’Omar el-Béchir, jeudi dernier, la mobilisation du peuple soudanais se poursuit, exigeant, via ses forces politiques et l’organisation syndicale, la transmission du pouvoir à un conseil de transition civile. Le peuple soudanais a fait savoir qu’il réclame plus que la destitution de son ex-président, Omar el-Béchir, et il l’a fait savoir, tout au long de la journée de jeudi dernier, de jour comme de nuit, en bravant la décision du conseil militaire de l’interdiction de circulation des personnes, de 22 heures à 04 heures du matin, en maintenant leur rassemblement pacifique, notamment devant le quartier général de l’Armée soudanaise à Khartoum. Pour les Soudanaises et les Soudanais, Il leur importe que, non seulement, Omar el Béchir soit destitué, mais aussi tout son gouvernement, ils veulent une transition dirigée par les forces vives du pays, pour aller vers un changement du système politique, enraciné par omar el-Béchir, un système qui s’est fondé sur les coups d’états militaires, qu’a connu le pays, depuis son accession à l’Indépendance. Le ministre soudanais de la Défense, Ahmed Awad Ibn Auf, n’a pas à s’emparer du pouvoir, il doit le restituer au peuple, sorti depuis décembre dernier, contre le régime de celui qui est resté, à la tête du Soudan, depuis 1989. Depuis plusieurs mois, le Soudan est secoué, en effet, par des manifestations populaires, déclenchées exactement le 19 décembre dernier, à la suite de la décision du gouvernement de tripler le prix du pain, pour se transformer rapidement en un mouvement de contestation contre les politiques du président Omar el-Béchir, à la tête du pays depuis la fin des années 80. Samedi dernier, des milliers de Soudanais ont commencé à se réunir devant le quartier général de l’Armée, et ont fait face, à plusieurs reprises, à des tentatives de dispersion par les forces de l’ordre, à l’aide notamment de gaz lacrymogène, en vain. Des responsables politiques et du monde syndical ont déclaré aux médias, après l’annonce par le ministre soudanais de la Défense, Ahmed Awad Ibn Auf, de la fin du règne d’Omar El-Béchir et l’annonce du contrôle du pays et de la phase de transition par un haut conseil militaire, que «nous manifestons depuis quatre mois, pour l’instauration d’un Soudan libre et démocratique et pour la reprise du peuple de son destin, seule voie à même de prémunir le pays du pire scénario qui le guette», comme l’a souligné le porte-parole du syndicat, jeudi dernier, à la chaîne TV, El-Mayadeen. Le Président du Soudan et des responsables politiques qui lui sont proches, ont été arrêtés, selon le ministre soudanais de la Défense, Ahmed Awad Ibn Auf, qui a confirmé leur détention, au cours d’une allocution télévisée à l’adresse du peuple soudanais, dans la matinée de jeudi dernier. Ce dernier est sorti pour annoncer la destitution du président soudanais, qui a été arrêté, jeudi passé, selon le ministre de la Défense, déclarant que «j’annonce, en tant que ministre de la Défense, la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef», a-t-il précisé. Le ministre a également confirmé la dissolution du gouvernement et a annoncé la mise en place d’un Conseil militaire voué à diriger le pays pendant deux ans. La destitution du président Omar el-Béchir a également été confirmée. Dans son message, le ministre de la Défense avait annoncé une période de transition de deux ans, que dirigera l’Armée, suivie par des «élections libres et équitables» selon ses propos. Il a annoncé par ailleurs, un état d’urgence pour trois mois et d’un couvre-feu d’une durée d’un mois avec une interdiction de circuler entre 22h00 et 04h00 du matin, ce qui n’a pas été pris en compte par les manifestants qui ont continué à occuper les espaces publics, dont leur rassemblement devant le quartier général de l’Armée, pour exiger la remise du pourvoir aux civils.

Karima B.