Iran

Après de violentes manifestations : L’Iran dit avoir «repoussé l’ennemi»

Le guide suprême Ali Khamenei a affirmé que «l’ennemi» avait été repoussé en Iran, secoué depuis plusieurs jours par des manifestations violentes contre une hausse du prix de l’essence, qui auraient fait des dizaines de morts.

Les manifestations ont été déclenchées vendredi soir quelques heures après l’annonce d’une réforme du mode de subvention de l’essence, censée bénéficier aux ménages les moins favorisés mais s’accompagnant d’une très forte hausse du prix à la pompe, dans un contexte de profonde crise économique. Elles ont commencé avec des blocages de routes dans les principales artères de Téhéran et ailleurs mais se sont rapidement étendues à au moins 40 villes et localités, où des stations-service ont été incendiées, des commissariats de police attaqués et des magasins vandalisés. Les autorités ont confirmé la mort de cinq personnes, dont trois membres des forces de l’ordre tués «à l’arme blanche» par des «émeutiers», mais l’ONG Amnesty International a affirmé mardi que plus de 100 manifestants auraient été tués. «Nous avons repoussé l’ennemi dans l’arène militaire. Nous avons repoussé l’ennemi dans la guerre politique», a dit l’ayatollah Khamenei dans un discours tard mardi soir. Le numéro un iranien n’a pas identifié cet «ennemi», mais les autorités ont accusé ces derniers jours des puissances étrangères, notamment les Etats-Unis, leur ennemi juré, de fomenter les troubles. Les Etats-Unis, qui accusent l’Iran de tous les maux au Moyen-Orient et lui imposent des sanctions économiques asphyxiantes, ont apporté leur soutien aux manifestants.

Pas un mouvement populaire
«Nous avons repoussé l’ennemi dans l’arène de la guerre sécuritaire ces derniers jours», a dit l’ayatollah Khamenei, affirmant que les troubles n’étaient pas le résultat d’un mouvement populaire. «Les actions récentes étaient un problème de sécurité, (elles n’émanaient) pas du peuple.» L’agitation survient alors que l’Iran, pays pétrolier membre de l’Opep, traverse une grave récession alimentée par le retrait unilatéral des Etats-Unis en 2018 de l’accord international sur le nucléaire iranien et le rétablissement consécutif de lourdes sanctions américaines. Des dizaines de villes d’Iran, des plus grandes agglomérations du pays à des chefs-lieux de canton de quelques dizaines de milliers d’habitants, ont été touchées par les manifestations ayant rapidement dégénéré en émeutes. La télévision d’Etat iranienne, qui montre rarement des signes de dissidence en Iran, a diffusé des images de jeunes hommes masqués impliqués dans des accrochages avec les forces de sécurité.
L’Iran est pratiquement coupé du monde depuis samedi soir, et le gouvernement a averti qu’internet ne serait rétabli qu’en cas de retour au calme durable. Du fait du black-out, la situation reste très difficile à évaluer à l’échelle du pays. Les funérailles des trois membres des forces de l’ordre tués sont prévues mercredi.

Porte-avions américain à Ormuz
«Nous sommes particulièrement alarmés par le fait que l’utilisation de munitions réelles aurait causé un nombre important de décès» en Iran, a déclaré mardi à Genève un porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme, Rupert Colville. «Des dizaines de personnes pourraient avoir été tuées», a-t-il ajouté, parlant également de «plus de 1.000» arrestations et exhortant «les autorités et les forces de sécurité à éviter de recourir à la force», et les manifestants «à manifester pacifiquement».
Selon Amnesty International, «au moins 106 manifestants dans 21 villes ont été tués, selon des informations crédibles». Mais «le bilan véritable pourrait être bien plus élevé, avec des informations suggérant jusqu’à 200 (personnes) tuées». Enfin, malgré les fortes tensions entre Washington et Téhéran le porte-avions américain USS Abraham Lincoln a traversé sans incident mardi le détroit d’Ormuz, une première depuis la destruction le 20 juin d’un drone américain par l’Iran dans cette zone. Avec le passage du groupe aéronaval par ce détroit stratégique en direction du Golfe, Washington entendait ainsi «démontrer la détermination» des Etats-Unis à faire respecter la liberté de navigation, selon l’US Navy.