Libye

ALORS QUE LE RETRAIT DES SOLDATS ET MERCENAIRES DE LIBYE EST EN STAND BYE : Craintes sur le retard dans la promulgation de la loi sur les élections générales

L’envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies (ONU), pour la Libye, Jan Kubis, a averti sur les risques en cours quant à la possibilité de ne pas voir se tenir les élections en Libye, décembre prochain, indiquant que « la Libye est à un carrefour où des résultats positifs ou négatifs sont également possibles » a-t-il déclaré, lors d’un point de presse, vendredi, tenu au siège de l’ONU à New-York.

Rappelant que ces élections générales ont été convenues dans le cadre de la feuille de route politique découlant du cessez-le-feu d’octobre 2020 en Libye, suite à la Conférence de BerlinI de janvier 2019, laquelle a été confortée par la tenue de la 2ème  rencontre, BerlinII, Jan Kabis déclare que « la Libye est à un carrefour où des résultats positifs ou négatifs sont également possibles ». Insistant que par la tenue des élections libyennes selon le calendrier fixé, «  il y a une opportunité » pour le peuple libyen et son pays « de passer progressivement et de manière convaincante à une voie plus stable, représentative et civile » a précisé le responsable onusien. Les propos du responsable onusien interviennent après l’envoi, jeudi, par le président du parlement libyen, Aguila Saleh du texte juridique portant 75 articles, qu’il a paraphé, la veille mercredi, sans le soumettre à un vote parlementaire. Aussi les déclarations du responsable onusien ont été faite le lendemain de la publication, jeudi, par Abdallah Bliheq, porte-parole du Parlement libyen, sur Facebook, du texte de 75 articles, dont ceux censés régir la candidature et l’élection du futur Président, contestée par d’autres institutions politiques et acteurs politiques libyens, pour ne citer que le Haut conseil d’État (HCE) où un groupe de 22 députés reprochant, dans leurs déclarations à Aguila Saleh « de ne pas avoir soumis le texte à un vote parlementaire ». Pour ces derniers, transmettre la loi à la Commission électorale et à l’ONU « sans vote, est une violation de la Déclaration constitutionnelle intérimaire, de l’Accord politique et du règlement intérieur du Parlement », ont indiqué ces parlementaires. De son côté le HCE, institution libyenne qui doit être consultée avant toute ratification de loi , a dénoncé jeudi, dans un communiqué, une décision « unilatérale » d’Aguila Saleh allant jusqu’à accuser ce dernier de tenter de « s’accaparer de pouvoirs qu’il ne possède pas » afin, est-il indiqué, « d’entraver les prochaines élections en promulguant, délibérément, un texte de loi défectueux ». Alors que les Libyens craignent de voir les interférences étrangères torpiller les avancées enregistrées, depuis l’accord de cessez-le-feu , suivi du dialogue politique inter-libyen sanctionné par l’adoption de la feuille de route politique visant la tenue des élections générales décembre prochain. Les Libyens voient en ces avancées, le début de la sortie de leur pays de la spirale d’absence, de plus de dix ans, de la vie politico-institutionnelle. Aux craintes de voir le processus politique en cours torpiller, sur injonction des interférences étrangères, via notamment la présence de soldats et de mercenaires étrangers, les Libyens craignent de voir s’ajouter à cet épineux problème, celui des « calculs politiciens » via la teneur des textes régissant les modalités et la tenue des élections, comme vient de susciter le document en question d’Aguila Saleh., après sa tournée, qui l’a conduit notamment, à Rabat au Maroc. Le responsable onusien du dossier libyen qui a pris part, les 29 et 30 août derniers, à la Conférence d’Alger des pays voisins à la Libye, a déclaré, pour rappel, que « le gouvernement libyen a pris les dispositions nécessaires pour la tenue des élections », avant d’ajouter « mais nous avons besoin d’un cadre juridique et les députés sont actuellement en train de finaliser la loi électorale ». Indiquant qu’ « il nous reste encore très peu de temps » Jan Kubis a fait savoir, à cette occasion, qu’il a «  invité » les députés et à leur tête évidemment, le président du parlement libyen, Aguila Saleh, «  à prendre leurs responsabilités et à ne pas perdre de temps » a déclaré Jan Kubis  à l’ouverture de la réunion des pays du voisinage libyen tenue à l’initiative de l’Algérie. La loi régissant les législatives doit, quant à elle, encore être débattue et votée au Parlement avant d’être promulguée, et pour les Libyens, en premier lieu, et les pays voisins de la Libye ne cachent pas leurs craintes quant aux conséquences de davantage de retard pour le règlement de cette question par les acteurs libyens. « Ce que la Libye a vécu, une décennie durant, a créé des divergences pourvoyant à des conflits armés dont les Libyens ont souffert et perdu beaucoup, notamment en vies humaines » a déclaré la ministre libyenne des Affaires étrangères, Najla El Mankoush, à la Conférence d’Alger précitée. Avertissant, a-t-elle affirmé, que « la chose la plus grave est l’ingérence destructrice de certains pays, qui est contraire aux us internationaux et qui œuvrent à créer les différends et à attiser les tensions », a-t-elle déploré. La ministre a rappelé l’initiative de son pays concernant la stabilité de la Libye sous une direction et une orientation libyennes et un soutien de l’ONU et des pays frères et amis dont les pays voisins dans le soutien aux Libyens « pour le choix de leur avenir conformément aux résultats de la Conférence de Berlin ». Côté tunisien, le ministre des Affaires étrangères tunisien, Othman Jerandi a appelé à mettre en place un calendrier clair et étudié pour le retrait des forces étrangères en Libye, mettant en garde contre la montée des opérations terroristes et l’infiltration des mercenaires dans les pays voisins par les canaux de la migration clandestine. Présent à la Conférence d’Alger, le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Abou El-Gheït, a appelé « à la levée des difficultés entravant la convocation d’élections dans les délais fixés », ajoutant que toute tergiversation dans l’organisation de ces échéances « plongerait le peuple libyen dans le désespoir après qu’il ait fondé de grands espoirs sur le processus politique ». Le Commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité de l’Union africaine (UA), Bankole Adeoye a réitéré, quant à lui, à partir d’Alger, « le soutien de l’organisation panafricaine aux efforts des parties libyennes visant à rétablir la paix et la stabilité dans le pays », appelant « à mettre fin à toute intervention étrangère en Libye ».
Karima Bennour