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Alors que la colère gagne du terrain au Maroc : Mohammed VI parle du rôle de Rabat, en Afrique, aux Marocains

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C’est à partir de la capitale du Sénégal, Dakar, que le souverain marocain a préféré s’adresser au peuple de son royaume, dans un discours qui n’a pu apporter les réponses aux nombreuses questions que les Marocains se posent, à travers les manifestations populaires qui secouent, depuis plus de deux semaines, le Royaume chérifien.

Le roi Mohammed VI a axé, en effet, son discours sur ce qui préoccupe en premier lieu la politique marocaine, à savoir comment faire passer sa politique coloniale, au Sahara occidental, dans les Institutions de l’Union africaine, alors que Rabat lui a tourné le dos en 1984, pour mettre le cap sur l’Union européenne (UE) et, plus récemment, le Conseil de coopération des monarchies du Golfe. Connu pour s’appuyer sur des objectifs extérieurs pour consolider son règne et son front intérieur, le roi Mohammed VI n’a pas dérogé à la règle de son père, Hassen II, lequel a décidé d’envahir, militairement, le Sahara occidental, en novembre 1975. Une agression qui, outre qu’elle visait l’éloignement de son armée des frontières du royaume, après les deux coups d’État, de 1971 et de 1972, contre Hassen II, elle répond à la doctrine expansionniste sur laquelle repose la monarchie marocaine. Alors que les Marocains ne désertent par les rues et les boulevards des villes du royaume, appelant à ce que cesse la hogra, après l’assassinat de Mouhcine Fikri, jeune vendeur de poissons, à El-Hoceima, évènement tragique qui continue de soulever la colère des Marocains, dans les rues des villes du Royaume et sur les réseaux sociaux, le roi leur a adressé un message sur la qualité des relations maroco-sénégalaises, des exploits économiques de Rabat sur le continent africain, et de la priorité qui verra le nouveau gouvernement marocain mobilisé, l’adhésion du Maroc à l’UA. Dans son discours prononcé, dimanche soir, à partir de Dakar, le Roi marocain s’est contenté de courts passages sur le conflit qui l’oppose au Front Polisario, sur le Sahara occidental, contrairement aux années précédentes, dans ses discours, ou ceux de son père, Hassen II. Discours sur ce qui est appelé par le Palais royal «la Marche verte» de Hassen II, et que, faut-il le rappeler, est «une occupation» du Sahara occidental, selon les documents juridico-politiques de l’ONU, car il s’agit d’un territoire non autonome, inscrit sur l’Agenda onusien et donc soumis à l’inévitable et incontournable autodétermination du peuple sahraoui, selon le droit international. Mohammed VI a consacré la plus grande partie de son discours à son ambition de siéger au sein de l’Institution continentale, l’UA, après avoir aussi parlé longuement, à partir de la capitale sénégalaise, des investissements marocains dans des pays africains, des relations profondes liant son royaume à des États d’Afrique, notamment le Sénégal. S’agissant du premier point, le Roi a fait savoir, à propos de l’Union africaine, «que lorsque nous y annonçons notre retour, (l’UA, ndlr) nous ne demandons la permission de personne pour obtenir notre droit légitime», a-t-il lancé. Faisant fi que son Royaume doit entreprendre le processus d’admission à l’Institution continentale, au bout duquel son admission, ou pas, à l’UA sera permis ou non. L’article 29 de l’Acte constitutif de l’UA concernant l’admission, comme membre à cette Institution, stipule que «tout État africain peut, à tout moment après l’entrée en vigueur du présent acte, notifié au président de la Commission, son intension d’adhérer au présent Acte et d’être comme membre de l’UA», comme l’a souligné la présidente de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini Zuma. Indiquant que suite à quoi le président de la Commission de l’UA, «dès réception d’une telle notification, en communique une copie à tous les États membres» et la décision de chaque État membre, a-t-elle précisé, juillet dernier, «est transmise au président de la Commission qui communique la décision d’admission à l’État intéressé», après, a-t-elle précisé, «réception du nombre de voix requis».
Ne manquant pas de relever que la commission de l’UA «voudrait rappeler que l’Acte constitutif ne contient pas», a-t-elle précisé pertinemment, «de disposition relative à l’expulsion d’un membre quelconque de l’Union africaine», a conclu le communiqué de l’UA, rendu public juillet dernier. Et c’est le respect de ce processus et de la teneur de l’Act constitutif de l’UA, de ses textes, statuts et principes qui donnera, ou pas, la permission au Maroc d’adhérer à l’UA. Par ailleurs, sur le choix de Mohammed VI de prononcer son discours à partir de Dakar, s’adressant au peuple marocain, le Roi, lui, dira : «Je sais que tu ne seras point surpris par une telle décision», a-t-il déclaré. Le Roi semble, par cette déclaration, voulut faire un clin d’œil à la doctrine expansionniste marocaine, du «Grand Maroc», thèse promue au début des années 1950 par Allal El-Fassi, président du parti d’El-Istiqlal. Celle-ci, faut-il le rappeler, sur la limite de la superficie du Maroc jusqu’à Saint-Louis, ville se trouvant à l’embouchure du fleuve du Sénégal, à 264 km au nord de Dakar et près de la frontière avec la Mauritanie. Bref, un discours en décalage avec la réalité, d’abord des Marocains au vu de leurs attentes et aspirations exprimées, notamment ces dernières années et, plus récemment, par la grogne sociale qui secoue le Royaume. Abordant les investissements du Maroc, dans certains pays africains, en exprimant sa satisfaction, les conditions socio-économiques difficiles et la cherté de la vie au Maroc pèsent sur l’écrasante majorité des Marocains, et le pays, pour rappel, bénéficie, à travers divers mécanismes d’aides financières étrangères. Occupant la première place, après avoir détrôné l’Afghanistan, des pays producteur et exportateurs de cannabis, selon les rapports de l’Organisme de l’ONU de lutte contre la drogue. Les aides financières étrangères, pour renoncer à la culture de cannabis au profit de la culture agricole, n’ont pas réussi faire bouger le Maroc dudit classement et des rapports d’ONGs qui font état de détournement de ces aides financières, en question.
Karima Bennour

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