L’acteur mexicain Tenoch Huerta en guerre

Affiche du dernier « Black Panther : Wakanda for ever » : L’acteur mexicain Tenoch Huerta en guerre contre la « blanchitude »

À Hollywood, c’est l’étoile montante à l’affiche du dernier « Black Panther: Wakanda for ever », le pari afro-futuriste des studios Marvel qui réunit le gratin des acteurs noirs dans des rôles positifs de rois et de guerriers et comble l’Afrique de fierté.

Dans son pays, le Mexique, Tenoch Huerta, 41 ans, incarne la lutte contre le racisme et la toute-puissance de la « blanchitude » - »blanquitud »- dans le cinéma, un milieu où il veut utiliser sa notoriété pour changer la représentation des acteurs d’origine indigène ou « basanés », réduits aux mauvais rôles de délinquants. Dans la peau de Namor, le prince des mers qui défie le Wakanda, Huerta rejoint le petit club des stars mexicaines internationales (les réalisateurs Alfonso Cuaron, Guilermo Del Toro, Alejandro Gonzalez Inarretu, Salma Hayek, Gael Garcia Bernal et Diego Luna pour les acteurs). Le chemin vers les studios Marvel a été semé d’embuches pour l’acteur brun charismatique à la peau mate originaire d’Ecatepec, une banlieue populaire de Mexico: « Comme des milliers de basanés, on m’a traité de tous les noms: +sale indien+, +négro+, +mort de faim+… ». « Le Mexique est un pays raciste et qui le nie », lance-t-il dans un livre paru peu avant la sortie du film, « Orgullo prieto » (« La fierté basanée »). Le quadragénaire s’en prend au « mythe » du « tous métis » trés répandu dans son pays, « un processus d’assimilation culturelle »: « C’est ainsi que l’on nie la diversité culturelle et linguistique de toutes les nations indigènes, des communautés afro-descendantes, des asiatiques ». Au fil des pages, le binôme de Diego Luna dans la série « Narcos Mexico » dénonce la « blanchitude », qu’il définit comme une « forme d’être et de penser plaçant le blanc, moderne, occidental, à un niveau supérieur ». Avant même « Black Panther », Tenoch Huerta était déjà la figure de proue de l’association « Poder Prieto », un collectif d’actrices et d’acteurs qui s’estiment victimes « de leur origine et de leur couleur de peau » dans la distribution des rôles. « On ne nous donne que des personnages de délinquants, d’employés domestiques, ou de pauvres.

« Améliorer la race »
Je suis très triste de penser qu’il n’y a pas un seul super-héros auquel nos enfants puissent s’identifier », déplore Christel Klitbo, 40 ans, une actrice brune à la peau mate. Conscients de « la puissante influence des médias dans la vie intime et sociale des individus », Huerta et les autres insistent sur la « nécessité impérieuse de changer les récits et les pratiques racistes, qui ont été normalisées, reproduites et perpétuées dans l’industrie audiovisuelle ». Son apparition dans « Black Panther » peut y contribuer, espère-t-il: « La perception change si nous avons ces acteurs à la peau mate, d’origine clairement indigène, en position de pouvoir et d’influence, qui sont des rois et des grands guerriers ». Huerta demande aussi de changer « les us et les coutumes » au sein des familles mexicaines, citant notamment cette phrase terrible des parents souhaitant marier leur fille à un blanc pour… »améliorer la race ». Favorable à des lois contre le racisme, il ne se prononce pas sur la politique du parti de gauche au pouvoir Mouvement pour la régénération nationale (Morena), qui prétend « réhabiliter la dignité des peuples indigènes ». « Je crois que les demandes des peuples indigènes n’ont pas été satisfaites. Mais c’est un sujet qui ne me regarde pas, parce que je ne suis pas indigène », a-t-il répondu vendredi à l’AFP lors de la présentation de son livre. « Comme simple observateur externe, je crois que l’on pourrait faire plus et mieux ». « Au Mexique, il existe 23,2 millions de personnes de plus de trois ans qui s’auto-identifient comme indigène, ce qui représente 19,4% de la population totale », d’après un communiqué de l’Institut national de statistiques (Inegi) en date du 8 août 2022. Au total, 20,7% des Mexicains de 18 ans et plus déclaraient avoir été victimes de discrimination dans l’année précédant la première enquête nationale sur le sujet en 2O17. Et les 3/4 des indigènes ont le sentiment d’être peu valorisés par la société mexicaine. « Nous sommes un nouveau maillon dans une chaîne qui date de 500 ans. Toutes les luttes ont été les mêmes depuis 500 ans », conclut Tenoch Huerta, en référence à la conquête de Tenochtitlan-Mexico par les Espagnols en 1521.