Rahabi

ABDELAZIZ RAHABI à LA RADIO : L’UA est revenue à sa vocation

Dans son entretien, accordé hier à la chaîne 3 de la Radio algérienne dont il était l’invité de la rédaction, l’ancien diplomate, Abdelaziz Rahabi, s’est longuement attardé sur la question de l’activisme d’Israël en Afrique.

Il estime qu’Israël participe à une stratégie globale occidentale et que c’est un des outils de pénétration de la politique américaine en Afrique. Israël participe aussi à une politique visant à contenir la Chine et la Russie en Afrique, explique-t-il.
Il fait observer qu’Israël n’agit pas seule en Afrique, elle a des soutiens européens, des soutiens américains et également des soutiens locaux. Il rappelle que «le conflit israélo-palestinien est au centre de tous les problèmes en ce moment, entre l’Occident et l’Afrique, entre le monde musulman et le monde non musulman, entre le monde arabe et le reste du monde ». « La question de la Palestine est focale, centrale, souligne-t-il, c’est une question culturelle, civilisationnelle, ce n’est pas quelque chose de religieux, de racial», poursuit-il. Abdelaziz Rahabi estime qu’il y a un sérieux problème au Moyen Orient et l’absence persistante de solution empoisonne les relations internationales. Il faut lui trouver une solution, insiste-t-il. Il rappelle que cette solution a été proposée par « l’Initiative arabe de paix de 2002 qui est concrète, qui est sérieuse, qui apporte une base au règlement de la question ». Il estime que la démarche de Trump a pour objectif de neutraliser l’Initiative arabe de paix et de proposer sa propre initiative qui commence par la reconnaissance d’Israël. Or, fait-il observer, l’Initiative arabe fait du règlement de la question palestinienne, un  préalable à la « normalisation » des relations avec Israël.
Pour l’ancien diplomate, le problème de la recherche de la paix n’est plus chez les Palestiniens, qui sont favorables à l’Initiative arabe, mais dans l’intransigeance d’Israël, nourrie par le soutien inconditionnel de l’Occident, c’est-à-dire les États-Unis et à un moindre degré l’Union européenne. Au passage, évoquant le processus de réunification des différentes parties palestiniennes, Abdelaziz Rahabi fait remarquer que l’Algérie a toujours œuvré pour les rassembler. Auparavant on parlait de factions, à présent ce n’est plus le cas, il s’agit de formations, de partis politiques. Il rappelle que «c’est à Alger que s’est faite la proclamation de la création d’un État palestinien (en novembre 1988). L’Algérie l’a fait alors qu’elle  venait d’être secouée par des troubles internes, c’est dire l’importance qui est accordée à ces questions». En décembre 2020, Abdelaziz Rahabi avait révélé que « beaucoup de pays étrangers y compris des pays amis, avaient demandé à l’Algérie en 1988 de reporter le Conseil national palestinien tenu à Alger parce qu’il y avait des menaces ».
À propos de la décision du Sommet de l’UA de suspendre l’octroi à Israël du statut d’observateur au sein de l’UA, il estime qu’elle vise trois objectifs :  éviter le vote au sein de l’UA sur cette question, c’est-à-dire aller vers une rupture de consensus, une division de l’UA en deux, les « pour » et les « contre » ; deuxièmement, ça permet de clarifier les attributions du président de la Commission de l’UA qui n’a pas le droit de prendre des mesures aussi importantes sans consulter les Etats membres : troisièmement, faire revenir l’UA à sa vocation première qui est le parachèvement de la décolonisation.
Auparavant, Rahabi avait rappelé que l’UA est une organisation issue d’un processus porté par des questions d’émancipation des peuples, de lutte contre l’apartheid, c’est cela l’âme, l’identité de l’UA, dit-il. Autre sujet, entre autres, abordé par Abdelaziz Rahabi : la migration clandestine. L’Algérie, dit-il, reçoit plus de migrants clandestins, économiques surtout, que toute l’Europe réunie. Par les frontières sud du pays, entrent en moyenne jusqu’à 500 personnes par jour. Cela constitue un  problème très sérieux, estime-t-il.
M’hamed Rebah