AMINATOU HAIDAR INTERPELLE L’UE : « La dignité du peuple sahraoui n’est pas à vendre »

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La militante sahraouie des droits de l’Homme a appelé l’Union européenne à assumer ses responsabilités face à la répression dans les territoires occupés, au pillage des ressources naturelles et aux entraves au droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.
La présidente de l’Instance sahraouie contre l’occupation marocaine, la militante des droits de l’Homme Aminatou Haidar, a dénoncé, mardi, au siège du Parlement européen à Bruxelles, les violations systématiques des droits du peuple sahraoui dans les territoires occupés, appelant la communauté internationale à assumer ses responsabilités face à la persistance de l’occupation marocaine. Intervenant devant des parlementaires européens, à l’occasion de la projection du documentaire « Aminatou », consacré à son historique grève de la faim menée à Lanzarote en 2009, après son expulsion forcée avec la complicité des autorités espagnoles et marocaines, elle a estimé que la question du Sahara occidental constitue un véritable test pour la justice du système international et le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. La militante a souligné que ce film ne retrace pas uniquement un parcours individuel, mais porte également le cri collectif d’un peuple qui endure depuis des décennies les souffrances de l’occupation, de l’exil et de la répression systématique. Exprimant sa reconnaissance à l’eurodéputée Estrella Galán, à son équipe ainsi qu’à l’eurodéputée Lucía Muñoz pour l’organisation de cette initiative, Aminatou Haidar a rappelé que son combat n’a jamais été motivé par des intérêts personnels, mais par la volonté de faire entendre la voix du dernier peuple africain encore soumis à la domination coloniale et d’exiger le respect des engagements historiques de la communauté internationale. Elle a également révélé avoir fait l’objet de pressions, de tentatives de corruption et de marchandages visant à la contraindre à rester en Espagne et à l’empêcher de regagner sa patrie durant sa grève de la faim en 2009. « Sa dignité et celle de son peuple ne sont pas à vendre », a-t-elle réaffirmé. La responsable sahraouie a, par ailleurs, salué la contribution de la réalisatrice Lucía Muñoz, des scénaristes Sergi et Nicolás Castellano, ainsi que de l’ensemble de l’équipe du documentaire et des acteurs des milieux culturel et médiatique, notamment du cinéma et de l’audiovisuel, dans la lutte contre le black-out médiatique imposé à la question sahraouie par l’occupant marocain.

Un demi-siècle de répression
Dress ant un tableau de la situation sur le terrain, Aminatou Haidar a passé en revue les graves violations commises par les autorités marocaines dans les territoires occupés au cours des cinq dernières décennies. Elle a notamment dénoncé la criminalisation de l’expression pacifique, le recours à la torture, les arrestations arbitraires ainsi que les campagnes d’intimidation systématiques visant les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme. Elle a également évoqué le recours à l’espionnage numérique à travers le logiciel Pegasus, dont elle-même a été la cible. Abordant les derniers développements politiques, la militante a exprimé ses préoccupations concernant l’expiration, le 30 octobre 2026, du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), sans renouvellement, à la suite de l’échec du Conseil de sécurité à parvenir à un consensus. Elle est revenue sur le veto russe opposé au projet de résolution américain, qui visait, selon elle, à écarter la référence au référendum et à consacrer le fait colonial accompli à travers la prétendue solution d’autonomie. Elle a également dénoncé le veto américain, soutenu par des positions européennes, qui a fait échouer la proposition technique russe destinée à préserver la MINURSO et à prolonger son mandat d’une année supplémentaire. Dans ce contexte, Aminatou Haidar a exposé huit points illustrant la gravité de la situation dans les territoires occupés. Elle a notamment dénoncé leur fermeture hermétique, l’interdiction faite au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme d’y accéder depuis 2015, ainsi que l’expulsion des observateurs internationaux. Elle a également rappelé que le Comité international de la Croix-Rouge n’a jamais été autorisé à rendre visite aux prisonniers depuis 1996. La militante a également attiré l’attention sur la poursuite des détentions arbitraires et des actes de torture à l’encontre des prisonniers de Gdeim Izik et des étudiants sahraouis, dont certains recourent à des grèves de la faim pour dénoncer leurs conditions de détention. Elle a, en outre, évoqué les 445 cas de disparition forcée documentés depuis 1975, qui demeurent sans enquête indépendante.

Colonisation démographique et pillage des ressources
Sur le plan démographique, Aminatou Haidar a mis en garde contre l’accélération de la colonisation et l’intensification de la politique de peuplement, affirmant que les Sahraouis autochtones ne représentent désormais plus que 25 % de la population. Une situation qu’elle a qualifiée de violation flagrante de la quatrième Convention de Genève. Elle a également dénoncé le pillage continu des ressources naturelles du Sahara occidental, notamment les phosphates, les ressources halieutiques et le potentiel en énergies renouvelables, avec la complicité de la Commission européenne, en dépit des arrêts rendus en octobre 2024 par la grande chambre de la Cour de justice de l’Union européenne.
La responsable sahraouie a, par ailleurs, fait état d’un bilan d’environ 200 victimes des frappes de drones dans les territoires libérés depuis la reprise des affrontements en 2020. Elle a aussi dénoncé les politiques d’asphyxie économique visant à contraindre les familles à l’exil et à pousser les jeunes vers la migration forcée. En conclusion, Aminatou Haidar a estimé que le non-renouvellement du mandat de la MINURSO constitue certes un revers important, mais qu’il reste préférable à la validation d’une démarche visant à contourner le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodéter mination. Elle a appelé l’Union européenne à faire preuve de courage politique et de cohérence juridique, à mettre fin à tout financement ou soutien contribuant à alimenter la machine répressive marocaine et à exercer des pressions pour permettre aux mécanismes internationaux de défense des droits de l’homme d’accéder aux territoires occupés. S’adressant directement au Parlement européen, elle a souligné que cette institution ne pouvait rester silencieuse face à la dernière colonie d’Afrique, réaffirmant que le droit du peuple sahraoui à la liberté et à l’indépendance ne saurait faire l’objet de marchandages ni être sacrifié au profit de solutions imposées sous le joug de l’occupation.
Pour rappel, le Parlement européen accueille, les 3 et 4 novembre à Bruxelles, les Journées de solidarité et de sensibilisation consacrées au Sahara occidental, placées sous le slogan « Sahara libre ». Organisée à l’initiative du groupe parlementaire « Amis du Sahara occidental », cette rencontre réunit une délégation sahraouie de haut niveau, des eurodéputés, des experts ainsi que des acteurs des milieux associatif, culturel et des droits de l’homme. Ces journées visent à mettre en lumière les derniers développements de la question sahraouie, à briser le silence médiatique entourant la situation dans les territoires occupés et à raviver la mobilisation européenne face aux violations des droits de l’homme et au pillage des ressources naturelles, à l’occasion du 51e anniversaire de la signature des accords tripartites de Madrid de 1975.
M. Seghilani