Tout le monde se souvient de l’implication de certaines agences de voyages dans le détournement de l’allocation devises une fois augmentée à 750 euros. Le 20 octobre dernier, la police a arrêté deux propriétaires d’une agence de voyages qui « promettaient aux citoyens de leur octroyer des visas de courtoisie (Hadj et Omra) en échange de sommes d’argent considérables » selon le communiqué de la DGSN. Il s’agissait en fait d’une escroquerie. 64 victimes ont déposé plainte pour avoir subi un préjudice de plus de 11 milliards de centimes. En cherchant bien on s’est rendu compte que ces deux faits n’étaient pas isolés. D’autres cas d’indélicatesses d’agences de voyages avaient été enregistrés auparavant. Lors d’une rencontre d’évaluation, en février dernier, Mme Houria Meddahi, notre ministre du tourisme, a donné le chiffre de 6 000 agences de voyages opérant dans notre pays. Cela au titre du bilan de 2025. Une année qui a vu l’arrivée de près de mille nouvelles agences. 957, pour être précis. C’est un peu beaucoup. La question est de savoir ce qui peut bien attirer vers cette activité ? C’est le ministère du Tourisme qui délivre les agréments. Après avis de la commission nationale d’agrément des agences de tourisme et de voyages. Cependant les démarches et le dépôt du dossier se font au niveau de la direction de wilaya du tourisme et de l’artisanat (DTA). Des enquêtes préalables des services de police et de gendarmerie, sont prévues par les textes. Pour l’année 2026 les chiffres n’ont pas encore été publiés. Ce que l’on sait : au 30 juin dernier, L’Office national du pèlerinage et de la omra (ONPO) a indiqué, dans un communiqué, que « 768 agences ont postulé pour l’organisation de la saison de la Omra 1448 H, dont 69 nouvelles agences n’ayant jamais organisé cette activité auparavant… 598 dossiers ont été examinés, dont 490 ont été retenus, tandis que 108 ont été rejetés ». Notons également que les textes régissant l’activité sont la loi n° 99-06 du 4 avril 1999 et le décret exécutif n° 17-161 du 15 mai en 2017. Il existe trois catégories d’agences de voyages. Celles qui ont obtenu la licence A (organisation de voyages en Algérie et à l’étranger). La licence B « sous-traitants » des agences de catégorie A. Et enfin la licence C qui concerne les voyages OMRA et le tourisme local. Il faut dire que l’implication d’agences de voyages dans le trafic des devises ne concerne pas seulement l’allocation touristique. Dans son édition du 15 août 2023, le quotidien El-Moudjahid a rapporté que des « investigations ont fait ressortir que des agences de voyages « chargent » des touristes de transférer des sommes de devises à l’étranger. Quatre pays, voire six constituent la destination privilégiée des convoyeurs. Il s’agit de la Turquie, la France, Dubaï, la Belgique et l’Espagne et aussi les États-Unis ». Toutes ces affaires et d’autres, donnent un sérieux coup à l’image des agences de voyages privées. Surtout que ces pratiques illicites sont anciennes. En 2016 dans son édition du 30 juillet, le journal électronique Echourouk Online avait rapporté que des enquêtes étaient en cours contre des agences de voyages qui utilisaient les pèlerins en partance pour le Hadj et la Omra pour transférer illégalement des devises. Chaque pèlerin, notamment les vieilles femmes, qui n‘étaient pas exposées aux fouilles minutieuses, recevaient 7 000 euros qu’elles devaient restituer à l’agence à l’arrivée. Ces agissements qui, comme on le constate, ne datent pas d’aujourd’hui, peuvent-elles expliquer la pléthore de ce type d’agence ? 6 000 agences, parmi lesquelles on constate fréquemment des fermetures et de nouvelles arrivées (un ballet incessant) pour un secteur qui, à l’international, active modestement. Cela donne forcément à réfléchir sur l’attractivité, car d’autres méthodes sont également utilisées. Deux agences de voyages sont épargnées par les pratiques condamnables. Ce sont l’ONAT (Office national algérien du tourisme) avec son dense réseau d’agences à travers le pays et le Touring voyages Algérie, lui aussi implanté dans plusieurs régions du territoire national. Elles relèvent du secteur public. Elles ont des offres tant sur le plan national qu’international, notamment pour la OMRA et le HADJ. Elles sont actives depuis des décennies. Incontestablement, les agences de voyages nécessitent des garde-fous plus solides que ceux qui existent !
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com










