L’intégration de l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur doit s’accompagner d’une transformation des méthodes pédagogiques, sans pour autant compromettre l’autonomie intellectuelle des étudiants.
C’est l’un des principaux messages défendus lundi par le professeur Elias Zerhouni, président du Conseil supérieur des scientifiques algériens résidant à l’étranger, lors d’une conférence organisée à l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB), consacrée à la stratégie et aux perspectives de développement du Centre des technologies et de l’innovation dans les systèmes d’enseignement virtuel (Tives). L’introduction de l’intelligence artificielle dans le système éducatif ne saurait se limiter à l’adoption de nouveaux outils numériques. Elle suppose également une refonte des approches pédagogiques, une évolution du rôle des enseignants et une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des apprenants. C’est dans cette perspective que le recteur de l’USTHB, Djamal Eddine Akretche, a souligné, à l’ouverture de la rencontre, la nécessité de réexaminer les méthodes d’enseignement à la lumière des mutations technologiques. Il a notamment relevé que les absences enregistrées dans les cours universitaires soulèvent des interrogations sur l’adéquation des pratiques pédagogiques actuelles avec les attentes des nouvelles générations d’étudiants. Les méthodes de transmission du savoir qui prévalaient durant les années 1970 et 1980 ne peuvent, selon lui, être maintenues sans adaptation, au regard des nouvelles possibilités offertes par les technologies numériques. Pour sa part, le professeur Elias Zerhouni a plaidé pour une approche fondée sur la personnalisation de l’enseignement. Partant du constat que les étudiants présentent des capacités, des rythmes et des besoins d’apprentissage différents, il estime que les contenus pédagogiques doivent être adaptés à chaque profil. Il s’agit, selon cette approche, de transmettre à chaque apprenant le contenu approprié, de la manière adéquate et au moment opportun. Concernant les conditions d’introduction de l’intelligence artificielle dans les différents cycles scolaires, le conférencier préconise de commencer par l’enseignement supérieur. Cette première étape permettra de développer les outils, de les expérimenter auprès des enseignants et des étudiants et d’en évaluer les résultats avant d’envisager leur extension aux autres niveaux éducatifs. Il rappelle, à ce titre, que le développement cognitif de l’enfant répond à des étapes différentes de celui de l’adulte, nécessitant des dispositifs pédagogiques adaptés.
Préserver l’autonomie intellectuelle des étudiants
Les limites de l’IA et les risques liés à une dépendance excessive à ses réponses ont également été au centre des échanges avec les participants. Elias Zerhouni a souligné que les capacités de ces technologies varient selon les disciplines, évoquant notamment leur potentiel en mathématiques et dans la recherche scientifique. Il a toutefois insisté sur la nécessité de soumettre les résultats générés à une vérification permanente et de les confronter aux données scientifiques disponibles. L’objectif n’est donc pas de substituer l’intelligence artificielle au raisonnement humain, mais de l’utiliser comme un outil d’accompagnement de l’apprentissage et de la recherche. La formation des enseignants constitue, dans ce contexte, une condition essentielle à la réussite de cette transition. Pour le conférencier, les utilisateurs doivent d’abord maîtriser les outils avant de pouvoir les transmettre efficacement. Le centre Tives entend ainsi privilégier le développement et l’expérimentation de ses solutions, avant de lancer des formations à plus grande échelle. Une première communauté d’enseignants et d’étudiants sera progressivement constituée pour expérimenter ces dispositifs et contribuer à la diffusion des compétences au sein des établissements universitaires. La dimension éthique demeure également incontournable. L’utilisation de l’intelligence artificielle doit préserver la capacité de réflexion, le comportement responsable et l’esprit critique des étudiants. Elle ne doit pas se réduire à une accumulation de réponses, mais favoriser une véritable compréhension des connaissances.
Un programme doctoral pour 20 chercheurs
La formation et la recherche constituent également deux axes majeurs de cette stratégie. À ce titre, Elias Zerhouni a annoncé le soutien à un programme doctoral destiné à 20 doctorants à temps plein, grâce notamment à des financements mobilisés auprès de fondations. Il a insisté sur l’importance de permettre à ces jeunes chercheurs de consacrer l’essentiel de leur temps à leurs travaux scientifiques, afin de favoriser la production de connaissances et le développement de nouvelles solutions technologiques. Le conférencier a, par ailleurs, mis en avant l’intérêt de la recherche interdisciplinaire, estimant que le rapprochement entre mathématiciens, biologistes, physiciens et autres spécialistes est susceptible d’ouvrir de nouvelles perspectives scientifiques. À terme, le centre Tives ambitionne de mettre en place un dispositif favorisant la coopération entre les chercheurs établis en Algérie et ceux résidant à l’étranger. Le renforcement des compétences nationales, la rigueur scientifique et le développement d’infrastructures adaptées aux besoins du pays devront ainsi constituer les principaux fondements de cette démarche.
M. Seghilani











