Les médias français au pas de l’oie

0

Les réactions à l’étranger sont portées principalement par les médias français. Plus que les autres colonies de son ancien empire, le Niger constitue une pièce maîtresse pour la France. Par ses richesses naturelles et surtout pour son uranium. Dès son premier essai atomique à Reggane en 1960, la France s’est empressée d’accorder, dans la même année, l’indépendance au Niger. Une indépendance toute relative, encadrée qu’elle fut dans ce que l’on appelait la « françafrique » dirigée par le célèbre Jacques Foccart depuis une cellule de l’Élysée. Une cellule qui échappait complètement au ministère français des Affaires étrangères. L’objectif était de s’assurer l’exploitation et l’approvisionnement en uranium du Niger, indispensable à sa dissuasion nucléaire. Cela a duré de 1960 jusqu’à l’arrivée au pouvoir en 2023 du président Abderrahmane Tiani. Un peu plus tard après la nationalisation des mines d’uranium, les militaires français de l’opération « Barkhane » qui étaient installés dans le pays depuis 2014 ont été priés de quitter le Niger. Actuellement, la France est contrainte d’aller acheter l’uranium nécessaire à ses 57 réacteurs nucléaires, loin très loin. Au Canada et en Australie entre autres. On comprend dès lors pourquoi l’actuel gouvernement du Niger n’est pas du tout en odeur de sainteté de l’Élysée. Comme on ne peut pas dire que le déploiement de l’Armée algérienne, suite à la demande de l’État du Niger, est applaudi en France. Les terroristes qui pullulent au Sahel ainsi que les pays qui les financent ne sautent pas de joie à la vue des troupes algériennes. En parcourant les médias de l’hexagone on constate que tous les titres ont reçu le même canevas de traitement du déploiement de notre armée au Niger. Tous ont ignoré la Constitution de 2020, préférant jouer l’étonnement sur l’Armée algérienne qui, pour la première fois depuis 1973, se déploie en opération extérieure. « Une première en plus d’un demi-siècle » titre France-Info. « Premier déploiement officiel de troupes algériennes à l’étranger depuis la guerre israélo-arabe de 1973 » écrit RFI. « C’est une évolution majeure de la doctrine militaire d’Alger » lance comme un reproche France 24. Pour l’Express, « L’événement est inédit car, depuis 1973, l’Algérie n’est plus jamais intervenue en dehors de son territoire ». Même affirmation du Parisien. Pour le point, on sent la rage contenue dans son titre « l’Armée algérienne s’installe dans les murs de Barkhane ». Les médias français ont, cependant, rappelé les intérêts de l’Algérie au Niger. Du gazoduc transsaharien jusqu’au bloc pétrolier de Kafra en passant par la centrale électrique de Niamey. D’autres projets sont en cours. Cependant, le traitement médiatique français de l’événement fait preuve d’une prudence inhabituelle. De ce « collectivisme » se dégage, malgré tout, une nette impression de ne pas heurter l’Algérie. Ce pays producteur d’hydrocarbures. Ce pays, médiateur potentiel dans d’autres différends. Etc. Visiblement, le souci de ne pas insulter l’avenir a prévalu !
Zouhir Mebarki