Notre pays peut réaliser le meilleur hôpital du monde. Il en a les moyens humains, techniques et financiers. Il est capable de numériser la gestion des hôpitaux pour leur fonctionnement optimal. Notre pays forme les meilleurs médecins qui trouvent facilement des offres dans les meilleurs hôpitaux du monde. Alors deux questions douloureuses que tout algérien peut se poser : pourquoi des malades algériens préfèrent-ils se faire soigner à l’étranger ? Deuxième question : pourquoi des médecins algériens préfèrent-ils s’en aller exercer à l’étranger ? Ces deux questions sont intimement liées. Lors de sa visite aux orphelins blessés, lors de l’incendie qui a ravagé leur structure d’hébergement et hospitalisés à l’hôpital des grands brulés de Zéralda, le président Tebboune a abordé le sujet ; « Le malade a besoin de réconfort moral. D’être rassuré. Il faut que le personnel soignant se sacrifie avec plus d’empathie et de compassion envers le malade » a rappelé le Chef de l’État à ses interlocuteurs médecins. Tebboune a mis le doigt sur une plaie douloureuse qui fait mal depuis longtemps et grève notre système de santé. Un sourire et quelques mots sincères peuvent faire des miracles sur la qualité des soins offerts à nos malades. Cela à l’air si simple que le commun des mortels n’est pas forcément convaincu instantanément. Par contre et dès qu’il est en présence de médecins et d’infirmiers qui le traitent avec respect et gentillesse, son moral remonte. Et quand ces mêmes soignants font preuve d’un comportement exemplaire en prenant le temps de lui expliquer la dégradation de son état en l’assurant qu’ils feront tout pour traiter son mal, l’état du patient change du tout au tout. Des études scientifiques se sont penchées sur ce sujet. Le lien entre le comportement des soignants et son influence sur l’état de santé du malade est prouvé par l’ensemble des chercheurs. La position même du malade sur son lit lui donne un sentiment d’infériorité qui déclenche un stress, une angoisse. Lorsque le professeur suivi de ses étudiants et du personnel paramédical, vient au chevet du malade prendre connaissance de l’évolution de son état, les yeux de ce dernier scrutent un à un les visages au dessus de lui. Le malade essaye de lire dans l’expression de leur visage les signes de l’état de sa santé. Plus exactement, il espère y trouver la confirmation d’une pathologie bénigne et l’espoir de guérison qui en découle. Cette relation psychologique du soigné avec ses soignants est rarement mise en avant. Pourtant, elle est déterminante et constitue de l’avis général des soignants, la moitié de la guérison par l’optimisation des défenses immunitaires qu’elle déclenche chez le malade. Une fois qu’on a dit cela, nous entrons dans un autre processus en amont. Le président Tebboune a parlé d’un « esprit de sacrifice » du soignant. En effet, il s’agit d’une disposition naturelle que le soignant possède ou ne possède pas avant même de s’inscrire aux études de médecine. La dose d’altruisme liée à l’activité du soignant. Pendant longtemps, la principale motivation du choix de « faire médecine » relevait plus d’une revanche sur le sort ou d’une valorisation narcissique que sur des prédispositions à guérir ses semblables. Comment expliquer dès lors les performances et le comportement sacrificiel de nos soignants dès qu’ils exercent en terre étrangère ? D’une part, l’éloignement des proches et l’absence de leurs regards, transforme la relation de notre médecin avec ses malades et ses confrères. De plus, son nouveau milieu exige de lui un nouveau comportement adapté. La vieille tante n’est plus là pour s’extasier et encenser son neveu ou sa nièce devenu médecin. Le méchant voisin à rendre malade de jalousie n’est plus là, lui aussi. Dans son nouveau milieu professionnel à l’étranger, le médecin algérien ne se concentre que sur la qualité des soins qu’il prodigue à ses malades et à ses performances pour espérer une promotion ou plus simplement pour ne pas être remercié. Toute la différence est là. Cela paraît simple comme « diagnostic ». Sauf que la « thérapie » est plus compliquée. Un entretien préalable (à la recherche de la vocation) avec l’étudiant(e) désireux de s’inscrire en médecine devrait permettre de déceler son futur comportement avec le malade. Par corollaire, cela permet même d’éradiquer la violence des proches du malade sur les soignants.
Zouhir Mebarki
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