L’Algérie, sous la vision et les orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, ambitionne d’asseoir une industrie automobile qui s’accompagne d’un développement de toute sa chaîne de valeur.
À commencer par la mise en place d’un marché de l’après-vente ou de la sous-traitance comme conditions auxquelles sont soumis, d’ailleurs, les industriels qui s’implantent en Algérie. Certes, l’objectif ne peut pas être atteint immédiatement. La vision procède d’une démarche progressive. Mais, il est exigé des constructeurs automobiles un taux d’intégration de 40 % dans les cinq années qui suivent le lancement effectif de leurs usines. Pour satisfaire à cette ambition, ils n’ont qu’à faire appel à la sous-traitance locale qui réalise des performances remarquables à travers des produits qui n’ont rien à envier à ceux importés de l’étranger. De l’avis même des professionnels du domaine, l’Algérie fait ses preuves dans « l’aftermarket », comme nous l’a confié le président de la Commission de la sous-traitance automobile du CREA. Rencontré à l’occasion de la 57e Foire internationale d’Alger (elle s’est déroulée du 22 au 27 juin 2026), Ali Maâmri a répondu à nos questions.
Le Courrier d’Algérie : On voudrait, pour commencer, une présentation de la commission que vous présidez, ses missions, ses attentes …
Ali Mâamri : Alors, le CREA (Conseil du renouveau économique algérien) a créé une commission qui regroupe tous les constructeurs et tous les sous-traitants automobiles qui sont actifs aujourd’hui sur le marché. Dans cette commission, on a voulu mettre en phase la production locale et montrer au monde qu’aujourd’hui l’Algérie produit la batterie. Il est vrai qu’on a beaucoup de producteurs de batteries, mais aujourd’hui l’Algérie fabrique une batterie. L’Algérie fabrique aussi la partie filtration, elle fabrique son propre pneumatique, elle fabrique ses propres fluides, ses propres huiles moteurs, elle fabrique ses propres pièces plastiques. Et prochainement, « inchallah », elle fera l’emboutissage. La soudure se fait aussi en Algérie. Donc on a regroupé tout ce monde autour d’une commission, qui est la Commission nationale de la sous-traitance automobile du CREA. C’est pour démontrer au monde que les universités et les instituts de formation algériens forment des compétences. Et que l’Algérie fabrique des produits qui répondent aux normes de qualité internationales. Prenons l’exemple des plaquettes de frein qui s’exportent à l’international. Il y a aujourd’hui un énorme besoin en matière de l’aftermarket (marché de l’après-vente ou marché secondaire), et l’Algérie est très forte dans ce domaine. Il faut savoir qu’une voiture a besoin tout le temps de plaquettes de frein. Les huiles, la vidange, les filtres… Tous ces éléments rentrent dans l’aftermarket.
Qu’en est-il de la plateforme AIDA ?
Pour ce faire, justement, la commission a lancé la plateforme AIDA (Développement de l’industrie automotive en Algérie). Ce qui est très important. Il faut savoir que la vision de cette commission est une vision 2.0. La plateforme AIDA permet au constructeur d’y avoir accès pour demander les pièces de rechange. Cette plateforme est une cartographie nationale de tous les sous-traitants et constructeurs au niveau local. Aujourd’hui, par exemple, on sait qu’on a 14 usines dans l’Oranie. On sait qu’on a 33 usines dans le Centre. On sait que le reste est dans l’Est. On sait qu’on a des usines au Sud. Donc, à partir de la plateforme, on a cartographié tous les constructeurs et les fabricants de pièces détachées. Et surtout, on a donné accès aux constructeurs à la base de données des fabricants locaux, afin qu’ils les intègrent dans des plans de localisation. Non seulement la plateforme AIDA va regrouper tous les constructeurs, sous-traitants, fabricants et fournisseurs de matières premières locales, et surtout les experts pour les homologations pour la qualité comme les PPAP (Processus d’approbation des pièces de production) et les APQP (Planification avancée de la qualité des produits).
Voudriez-vous nous expliquer davantage au sujet des normes dans le domaine ?
Ce sont là des termes qui rentrent dans l’automotive. Ce sont des homologations qui pourraient les (opérateurs du domaine, ndlr) aider à homologuer leurs produits et pour qu’ils puissent être en phase avec ce qui se fait dans les standards internationaux. Tout ça, donc, autrement dit, les homologations, la production locale en Algérie vise à réaliser un seul rêve. Celui d’avoir une voiture algérienne à 100 %, avec des compétences algériennes à 100 % et des produits et matières algériennes.
Sachant toute l’importance du critère intégration dans les nouvelles orientations de l’industrie nationale. À combien vous en estimez le niveau global concernant la sous-traitance dans ce domaine ?
– Aujourd’hui, on a 142 sous-traitants au niveau local. Ce sont des producteurs de pièces détachées en Algérie. On a plus de 720 familles de produits et plus de 8 000 références qui sont fabriquées en Algérie. C’est le constat que fait, aujourd’hui, la Commission nationale de la sous-traitance du CREA.
Le président de la République a, lors de l’ouverture de la présente 57e FIA, évoqué les progrès réalisés par la production locale en matière de pièces de rechange. Il a, à ce sujet, exhorté les opérateurs à n’en importer que le strict nécessaire technique… qu’en pensez-vous ?
Oui, comme l’a affirmé Monsieur le Président, l’Algérie est forte dans l’aftermarket. Aujourd’hui, par exemple, on n’a plus besoin d’importer des batteries. On n’a plus non plus besoin d’importer des plaquettes de frein, parce qu’on couvre largement les besoins locaux. Donc, AIDA va permettre de cartographier les capacités algériennes et d’orienter les nouveaux investissements. Aujourd’hui, s’il y a des investissements, on souhaiterait qu’ils investissent sur des amortisseurs. Aujourd’hui, la commission nous permettra d’orienter les investissements futurs. Investir vers des pièces qui ne sont pas encore fabriquées en Algérie. Renforcer certaines pièces qui sont existantes mais ne couvrent pas le marché local. Et à partir de là, la cartographie nous permettra de savoir où on en est aujourd’hui. C’est-à-dire, quelles sont nos capacités réelles et quelles sont nos perspectives d’évolution. Il s’agit là de renforcer ce tissu (sous-traitance, ndlr). AIDA la clé de la réussite, pour nous, au sein du CREA, cette commission a été créée dans un seul but. Fédérer autour d’un drapeau. Aujourd’hui, l’Algérie fait de la batterie. Aujourd’hui, l’Algérie fait de la plaquette. Aujourd’hui, l’Algérie fait du faisceau. Aujourd’hui, l’Algérie fait du pare-brise. Aujourd’hui, l’Algérie fait du plastique. Il faut faire confiance aux sociétés qui fabriquent ces produits. Il faut faire confiance aux produits locaux. Le rôle de la commission, c’est de les accompagner, de les aider à faire des homologations, à faire des IATF, à faire des ISO, etc. Pour qu’ils soient dans les normes et dans les standards internationaux, afin de nous aider à démontrer nos capacités et nos outils de production en Algérie.
Parlons de la concurrence. Pensez-vous que nos produits sont compétitifs par rapport à ce qui se fait ailleurs ?
Le produit algérien, aujourd’hui, et nous le voyons sur le marché, se distingue par son excellence et une qualité conforme aux normes internationales. Je connais des gens qui ont utilisé par le passé des produits qu’ils ont importés de l’étranger. Aujourd’hui, ils cherchent la plaquette de frein locale, parce qu’elle est de meilleure qualité que celle importée. Donc, la qualité est là aujourd’hui. On a donné la chance aux fabricants locaux en leur faisant savoir qu’ils sont capables et qu’ils peuvent produire de la qualité. Ils sont en train de faire leurs preuves sur le marché local et aujourd’hui, la plaquette qu’ils produisent est exportée. Elle est exportée vers l’Europe. Donc force est de dire que la qualité est là. On donne aux gens qui produisent sur le marché local des homologations à l’international pour qu’ils puissent vendre à l’international, comme Stellantis par exemple. Car la qualité doit être à 1000 %, pas seulement à 100 %, pour pouvoir vendre à Fiat. Donc, aujourd’hui, on a un tissu. Et, souhaitons qu’avec la confiance qu’on va devoir obtenir, on va produire une voiture à 100 % algérienne.
Enfin, il faut savoir que la commission de sous-traitance AIDA, ne regroupe pas uniquement l’automobile. Elle regroupe tout le secteur automotive. Ce secteur compte la voiture, le camion, le bus, l’engin agricole, le motocycle et le tricycle. Tout ça, c’est dans AIDA. Donc, les donneurs d’ordre, ils sont plusieurs. Sur l’agricole, par exemple, on a beaucoup de fabricants dans la filière. Sur l’engin, on en a aussi beaucoup de fabricants. Sur la voiture également, on en compte aussi bien que sur le tricycle, le motocycle comme VMS et SYM. Cela veut dire qu’il y a le plan de charge et les usines. Ce qui manque dans la chaîne, c’est le lien entre les deux. Et le lien entre les deux, c’est AIDA.
Entretien réalisé par Farid Guellil
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