Accueil CONTRIBUTION L’Algérie, futur pivot industriel de l’hydrogène vert dans l’espace euro-méditerranéen

L’Algérie, futur pivot industriel de l’hydrogène vert dans l’espace euro-méditerranéen

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Alors que l’Europe accélère sa transition énergétique sous l’impulsion du plan ‘’REPowerEU’’ ainsi que des exigences de décarbonation, une transformation profonde des systèmes énergétiques redessine une géographie de l’énergie. Au-delà de la diversification des sources, c’est toute une nouvelle ère de l’industrie décarbonée qui est en train d’émerger, avec l’hydrogène vert comme pilier stratégique. Dans cette dynamique, l’Algérie n’est pas seulement appelée à être un fournisseur. Elle a les moyens de devenir un centre industriel majeur de production, de transformation et d’exportation d’hydrogène vert à l’échelle euro-méditerranéenne.

Le SoutH2 Corridor : colonne vertébrale d’une industrie en construction

Le projet SoutH2 Corridor constitue bien plus qu’un corridor d’exportation. Il est la colonne vertébrale d’un écosystème industriel intégré. Avec ses 3 300 km reliant l’Algérie aux grands pôles industriels européens via l’Italie et l’Autriche, ce projet structure une chaîne de valeur complète : production d’électricité renouvelable → électrolyse → transport → usages industriels. À l’horizon 2040, avec une capacité estimée à 3,8 millions de tonnes par an, l’Algérie pourrait devenir l’un des principaux fournisseurs d’hydrogène vert pour l’Europe. Mais l’enjeu réel dépasse les volumes : il s’agit de maîtriser les segments clés de la chaîne de valeur et de renforcer son rôle dans l’industrie.

Un avantage comparatif qui peut devenir un avantage industriel

L’Algérie dispose d’un potentiel solaire exceptionnel, permettant de produire de l’énergie renouvelable à des coûts parmi les plus compétitifs au monde. Cet atout constitue la base d’une production d’hydrogène vert à grande échelle. Mais la véritable transformation réside dans la capacité à convertir cet avantage naturel en avantage industriel durable. Cela implique : le développement d’une industrie de l’électrolyse, la fabrication d’équipements, l’émergence de filières avales (acier vert, engrais, chimie verte). L’objectif est clair : faire de l’Algérie non seulement un exportateur d’énergie, mais un acteur clé de la chaîne de valeur. L’intégration dans les chaînes de valeur euro-méditerranéennes. Dans un contexte marqué par la relocalisation industrielle en Europe et la recherche de partenaires de proximité, l’Algérie bénéficie d’un positionnement stratégique unique. Le développement de l’hydrogène vert ouvre la voie à une co-industrialisation euro-méditerranéenne, où : l’Algérie apporte énergie compétitive et foncier industriel, l’Europe apporte technologies, financement et débouchés. L’alignement sur les mécanismes européens comme ‘’CBAM’’ et ‘’RED III’’ devient ici un levier déterminant pour intégrer durablement ces chaînes de valeur et renforcer la compétitivité.

Du projet énergétique à un projet de transformation économique

L’hydrogène vert représente une opportunité structurante pour l’économie algérienne. Il peut : accélérer la diversification économique, stimuler l’émergence de nouvelles filières industrielles, générer des milliers d’emplois qualifiés (Emploi), dynamiser les territoires, notamment dans le Sud (développement territorial). Le développement des infrastructures associées renforce également l’effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie. Un positionnement géoéconomique à consolider dans la compétition mondiale pour l’hydrogène vert, la vitesse d’exécution et la lisibilité du cadre d’investissement seront décisives. Les acteurs nationaux, en particulier Sonatrach et Sonelgaz, disposent des capacités pour structurer cette montée en puissance, à condition d’accélérer les partenariats industriels et technologiques (partenariat, investissement).

De la ressource à l’industrie, un basculement stratégique

L’hydrogène vert marque une rupture. Il ne s’agit plus simplement d’exploiter une ressource, mais de construire une industrie énergétique du futur, intégrée aux marchés internationaux. Dans cette nouvelle configuration, l’Algérie peut devenir un cœur industriel de l’hydrogène vert dans l’espace euro-méditerranéen, à condition de capter la valeur sur son territoire et de s’inscrire pleinement dans les chaînes de valeur régionales. L’enjeu n’est pas uniquement énergétique. Il est industriel, économique et stratégique. Et c’est précisément là que se joue le rôle de l’Algérie dans le monde de demain.

Par Abderrahmane Hadef (*)

(*) Consultant senior en développement économique

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