C’était un secret très bien gardé. Personne n’avait vu venir le déclenchement de la guerre de libération nationale le 1er Novembre 1954. Le ministre français de l’Intérieur à l’époque, François Mitterrand, qui était en visite en Algérie une semaine avant (du 19 au 23 octobre 1954) n’avait rien décelé. Il reprit l’avion pour Paris, confiant et sûr que « l’Algérie c’est la France ». Dans la clandestinité la plus totale, des patriotes algériens préparaient la lutte armée pour libérer leur pays. En juin 1954 au clos-Salembier (aujourd’hui El Madania), ils étaient 22 jeunes algériens pour désigner 6 d’entre eux avec pour mission de fixer et lancer la lutte armée. Mais avant, les 6 ont rédigé un message à l’adresse des Algériens, des Français et de l’opinion mondiale pour expliquer leur décision. C’est l’historique déclaration du 1er Novembre 1954 empreinte de collégialité même si c’est le plus jeune et le plus diplomé d’entre eux, Didouche Mourad, qui le rédigea. Le texte annonce la création du FLN (Front de Libération Nationale). Il comportait une phrase d’une justesse et d’une vision extraordinaires : « Il est vrai, la lutte sera longue, mais l’issue est certaine ». En effet, la lutte durera près de huit années. Un million et demi de martyrs. Plusieurs millions de blessés. Plusieurs centaines de milliers d’orphelins. Un nombre incalculable de villages rayés de la carte. Une bonne partie de la population poussée à l’exil et réfugiée dans les pays limitrophes. Un choc traumatique à vie des survivants qui n’a jamais pu être évalué ni pris en charge faute de moyens. Près de huit longues années de sang, de souffrances et de larmes et voilà que le 19 mars 1962, le cessez-le-feu est annoncé dans tout le pays. C’était l’annonce de la victoire. Au lendemain de la signature des accords d’Évian par Krim Belkacem, chef de la délégation algérienne et du côté français par Louis Joxe qui dirigeait la délégation française, les Algériens ont accueilli l’évènement avec une grande maîtrise émotionnelle. Intérieurement c’était un grand « ouf » de soulagement. Extérieurement, ils ne laissaient rien paraitre par crainte d’un retournement de la situation. Il faut rappeler qu’auparavant des négociations avaient échoué, à Lugrin non loin d’Évian. Il fallait se « pincer » pour y croire. Ce qui remontait en pensée, c’était l’extraordinaire audace des chefs du déclenchement du 1er Novembre. Une guerre armée contre une puissance militaire comme la France avec des armes rudimentaires et peu d’hommes entrainés militairement, dépassait tout entendement. Sauf que les héros de 1954 avaient une « clé » que le colonialisme ignorait. Le chahid Larbi Ben M’Hidi la résuma, lors de son arrestation, en une phrase : « mettez la révolution dans la rue et le peuple s’en emparera ! ». C’est exactement ce qui s’était passé. Les 22 puis les 6 avaient bien analysé les différentes résistances du peuple algérien depuis 1830. De celle de l’Emir Abdelkader (1831-1847) jusqu’à celle d’El-Mokrani (1871) en passant par celle des Ouled Sidi Cheikh (1864-1880) et bien d’autres comme celle dite « révolte de Margueritte » (1901) du nom d’un village colonial à Miliana ou des Algériens se sont soulevés en refusant de se laisser déposséder de leurs terres. En y ajoutant les atrocités massives comme les enfumades jusqu’aux massacres du 8 mai 1945, ils sont arrivés au constat édifiant que toutes les défaites face au colonisateur étaient dues aux combats des algériens en rangs dispersés. Donc, il fallait œuvrer au rassemblement, à l’unité du peuple. La première décision en ce sens fut la création, non pas d’un parti mais d’un front, le FLN avec un seul but et une seule « idéologie » l’indépendance. La seconde était la possibilité offerte à tous les algériens même militants de partis de rejoindre individuellement le FLN. À contrario, il fallait tenir compte du travail psychologique entrepris par la colonisation auprès du peuple algérien durant les 132 ans d’occupation. Un travail de division fait de menus avantages (bachagha, khames, harkis, etc.). Des traitres qui ne refusaient pas, en contrepartie, les sales besognes, contre leurs compatriotes, que leur confiaient le colonialisme. C’est pourquoi les Algériens ont préféré attendre le 5 juillet 1962, jour de l’indépendance, pour laisser exploser leur joie. Même s’ils savaient que le cessez-le-feu du 19 mars 1962, il y a 64 ans jour pour jour, marquait la victoire d’un combat commencé le 1er Novembre 1954.
Zouhir Mebarki
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