Accueil À LA UNE UN REPORTAGE DU JOURNAL LE MONDE L’AFFIRME : « Le désengagement de donateurs...

UN REPORTAGE DU JOURNAL LE MONDE L’AFFIRME : « Le désengagement de donateurs met en danger la vie des réfugiés sahraouis »  

0

Dans sa dernière livraison, le journal Le Monde a consacré un reportage aux conditions de vie des réfugiés sahraouis depuis la baisse du volume des aides humanitaires destinées à couvrir les besoins de ces populations chassées de leurs terres par l’occupant marocain qui s’est lancée dans une véritable dynamique de de colonisation dont les victimes sont les populations sahraouies autochtones.

«Le contenu et le volume des rations a diminué de 30 % entre novembre 2023 et février 2025 », estime un rapport des Nations unies qui avait évalué la réponse à apporter aux besoins humanitaires des Sahraouis de Tindouf. Et encore ce chiffre a-t-il été établi avant le démantèlement par Donald Trump, en février 2025, de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid). Depuis lors, la situation a empiré, indique le reportage. Le désengagement des bailleurs étrangers fragilise les conditions de vie dans les camps des réfugiés sahraouis, déjà exposés aux effets de la reprise, fin 2020, du conflit armé aux confins du Sahara occidental. « Dès que les ridelles des camions s’abaissent, dans un grincement métallique, pour libérer leur cargaison, les résidents du quartier arrivent par grappes, foulant les ruelles de sable bordées de masures ocre. Les voilà, en cette journée de la mi-février, scrutant les empilements de sacs en toile de jute et de boîtes en carton. Chacun charge sur son épaule ou sur une carriole tirée par un âne la ration de blé et de pâtes de la semaine. Des gamines jouent parmi les stocks de céréales, surveillées du coin de l’œil par des mères drapées dans leurs melhfa (étoffes traditionnelles) aux teintes multicolores.  La séance de distribution alimentaire va soulager pour quelques jours l’ordinaire du camp d’Aousserd, l’un des cinq centres de regroupement de réfugiés sahraouis entourant Tindouf, ville du désert de l’Ouest algérien située à proximité du Sahara occidental. Un maigre répit dans un quotidien de plus en plus éprouvant, à l’heure où le tarissement des financements étrangers raréfie les biens disponibles. Alentour, les familles s’en plaignent ouvertement. « Je ne consomme quasiment plus de lait et de fruits », se désole une mère de famille. Il faut rappeler dans ce cadre, que les réfugiés des campas sahraouis, tout autant que les populations de Ghaza, ont été frappées durement par la dissolution par l’administration Trump, en février 2025, de l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid qui fournissait une grande part de l’aide. Le rédacteur du reportage indique qu’une visite des entrepôts du Croissant-Rouge sahraoui permet de prendre la mesure de la perfusion internationale sous laquelle sont placés les camps de réfugiés – 173 600 personnes, selon l’estimation des Nations unies – administrés par la RASD. Sous de hauts plafonds en tôle, des employés subsahariens déchargent d’un conteneur des sacs de blé, de farine et de lentilles venant des contrées les plus variées : Pakistan, Turquie, Kazakhstan. Une estampille précise parfois : « don de la coopération espagnole ».

Un demi-siècle de précarité 

« La baisse de l’aide internationale nous touche jusqu’à l’os, cela m’inquiète », soupire Yezid Hamdi, septuagénaire à l’auguste port, drapé dans son caftan blanc moiré. M. Hamdi est une figure historique du Croissant-Rouge sahraoui, dont il fut le secrétaire général. Il a débarqué dans les environs de Tindouf dès 1975, dans le sillage des vagues de réfugiés fuyant les combats après l’invasion des territoires sahraouis par l’armée marocaine après le départ de l’ancienne puissance administrante (Espagne en 1975). Cinq décennies de précarité dans un environnement physique austère, marqué par des températures s’élevant l’été à plus de 50 degrés et des tempêtes de sable récurrentes. Les camps ont néanmoins survécu grâce à l’assistance de l’Algérie – qui a construit les routes et fourni l’électricité au fil des ans –, la mobilisation humanitaire internationale et l’argent des Sahraouis émigrés en Europe. Grâce à ces fonds, nombre de familles ont pu remplacer leurs tentes par des logis en dur. M. Hamdi a beau louer la « solidarité ancestrale » des Sahraouis, qui veut que « chacun se sacrifie pour les autres », la gravité de son ton dit la dureté des temps nouveaux. Au retrait américain, qui a fragilisé en aval tout l’écosystème d’opérateurs humanitaires publics comme privés, s’est ajoutée l’émergence de nouveaux théâtres de crises (Ukraine, Gaza, Soudan, etc.) qui ont relégué la question des réfugiés sahraouis au second plan. « Cette chute de l’aide globale arrivant dans les camps de Tindouf est évaluée pour 2025 à 40 % par une coalition de 19 organisations non gouvernementales (ONG) – parmi lesquelles Oxfam, Médecins du monde Espagne ou le Danish Refugee Council – qui ont lancé un cri d’alarme, fin 2025. « Nous faisons actuellement face à une situation de coupes sans précédent (…) Il ne s’agit plus d’améliorer la capacité de réponse, mais d’éviter l’effondrement des opérations humanitaires dans les camps sahraouis », ont-elles alerté, dans un communiqué commun. 

5 000 nouveaux réfugiés depuis la violation du cessez-le-feu par le Maroc  

L’arrivée de nouvelles vagues de réfugiés environ 5 000, selon des sources humanitaires – depuis la reprise du confit armé, fin 2020, entre le Front Polisario et l’armée marocaine a ajouté à la pression sur les populations. « Avec le recul des financements, nous ne savons même pas si nous pourrons assurer le service d’ambulances en 2026 », s’inquiète Ana Hidalgo Carreño, directrice de Médecins du monde Espagne pour l’Algérie. L’impact de ce désengagement général se fait déjà lourdement sentir. Ainsi, la quantité d’eau fournie par personne et par jour a reculé autour de 13 à 15 litres, selon Oxfam, alors que les standards minimaux fixés par l’Organisation mondiale de la santé sont de 20 litres. Et la ration de produits frais a, elle, chuté autour de 1,5 à 2 kilos par personne et par mois, contre 5 kilos les années précédentes. Il en résulte une dégradation des conditions sanitaires, selon les Nations unies : 31 % des enfants âgés de moins de 5 ans sont touchés par des retards de croissance, le taux d’anémie excède 65 % chez les femmes, et 40 % des familles rapportent au moins un cas de maladie chronique en leur sein. « C’est un peu la double peine pour les réfugiés sahraouis, résume Amel Akli, l’une des responsables de l’antenne d’Oxfam à Rabouni. Ils se sentaient jusque-là politiquement abandonnés par la communauté internationale. Maintenant, c’est l’abandon humanitaire. »

Synthèse Slimane B.

Article précédentIL COMPTE SUR L’UTILISATION DE DRONES, L’EXPLOITATION DES IMAGES SATELLITAIRES, DES SYSTÈMES D’INFORMATION GÉOGRAPHIQUE ET D’ALERTE PRÉCOCE… : Le plan anti-feux de forêt renforcé 
Article suivantÉCHANGE TÉLÉPHONIQUE ENTRE LES PRÉSIDENTS TEBBOUNE ET AOUN : L’Algérie réaffirme sa solidarité avec le Liban