Accueil LA CHRONIQUE DU JEUDI Un reporter dans la foule : Resto-rahma et spéculateurs

Un reporter dans la foule : Resto-rahma et spéculateurs

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C’ est le dernier jeudi avant le Ramadhan. Les préparatifs vont bon train. Dans les foyers, c’est le grand nettoyage. Le gouvernement est en ordre de bataille. Beaucoup de restaurants préparent leur reconversion en restos Rahma (gratuits) pour un mois. La ministre de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, Soraya Mouloudji, a annoncé que pour cette année « près de 2200 autorisations d’ouverture de restaurants de la Rahma ont été octroyées dans le cadre de l’accompagnement des actions de solidarité du mouvement associatif durant le mois de Ramadhan ». C’est 500 autorisations de plus que l’année dernière. Ce qui est très positif. Ensuite, l’obligation de cette autorisation rassure sur les conditions d’hygiène et de santé publique de ces restaurants qui servent des repas gratuitement durant tout le mois sacré de Ramadhan. L’inconvénient est que les restos qui seront ouverts sans cette autorisation échapperont de fait aux statistiques. Car 2200 restos pour l’ensemble du territoire national, cela semble très peu. Surtout que la solidarité est partout durant ce mois. Gendarmes et policiers ont, chaque année, prévu de servir, en certains tronçons de routes, des repas aux automobilistes surpris sur la route au moment du F’tour. Cela évite aux chauffeurs de jouer aux pilotes de formule 1 pour arriver à destination et se mettre à table. D’autres initiatives du même genre existent ou ont existé. Comme le « Roi de la Loubia » de la rue de Tanger à Alger (connu de tous les journalistes d’El-Moudjahid) qui, chaque année, distribuait gratuitement la chorba à emporter. Son resto est trop petit pour recevoir du monde au même moment. Ou encore, un peu plus loin, le restaurant au bas du boulevard Ben Boulaïd qui, depuis des décennies se transforme en resto Rahma. Depuis quelques années, une nouveauté a été introduite par l’APC d’Alger-centre : offrir le F’tour dans la rue. Pas des sandwichs à manger debout, non ! Des tables sont installées sur la chaussée d’une rue fermée à la circulation pour la circonstance. Des traiteurs viennent avec leur production servir à manger à tout le monde. Des fabricants de boissons, de serviettes en papier, et d’autres sont également de la partie. Des familles entières, d’allure BCBG, avec leurs enfants trouvent du plaisir à manger à la belle étoile. Une initiative difficile à classer entre charité et promotion. Ceci étant, incontestablement l’Algérien a le cœur sur la main. Pourtant, ce mois sacré charrie un paradoxe difficile à expliquer sauf par la formule « il faut de tout pour faire un monde ». Au moment où les restos gratuits se préparent à ouvrir, tapis dans l’ombre des spéculateurs se frottent les mains pour saigner les consommateurs. Qu’ils soient marchants de fruits et légumes, bouchers ou pâtissier, pour eux le mois sacré de Ramadhan est le mois de la fortune. D’ailleurs, beaucoup sans avoir aucune qualification, s’improvisent, durant ce mois, dans le commerce de bouche. Marchands de zlabia, de bricks carrés sous forme de Tacos frits, de « kalbelouz », de « cherbate », etc… Aujourd’hui que des autorisations sont nécessaires aux restos Rahma, gageons que des contrôles auront lieu pour chasser tous ceux qui ne présentent pas de garanties suffisantes. Une disparition est à signaler : le fameux couffin du Ramadhan. Remplacée par « l’allocation de solidarité Ramadhan » servie par l’État aux démunis. Une allocation qui a nécessité, selon Mme Mouloudji, une enveloppe financière de 1,47 milliard de dinars (10.000 da par foyer). Ce qui est une très bonne mesure car avec les « couffins », il y avait « à boire et à manger », au figuré bien sûr. Mis à part, ces quelques sangsues qui s’acharnent à parasiter les œuvres de bienfaisance, pourquoi n’y a-t-il pas d’associations pour ouvrir, toute l’année, des restos gratuits pour les démunis ? Comment font actuellement les démunis, une fois le Ramadhan terminé et les restos Rahma fermés ? Qui pensent à eux les 11 mois restants ? Si l’APC d’Alger-Centre trouve des sponsors pour ses repas dans la rue, pourquoi ces mécènes n’iraient-ils pas aider les associations après le Ramadhan ? Rappelons que durant toute l’année, des bienfaiteurs sillonnent les boulangeries pour payer le pain sans sel qui est ensuite distribué gratuitement. Des associations devraient se saisir de ce geste pour l’étendre aux couches pour adultes malades, matelas anti-escarres, prêt de fauteuils roulants,… etc. Pour le bien-être humain !
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com

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