On aura beau remplacer le mot « gaspillage » par « rationalisation » ou tout autre synonyme, le résultat sera le même. Généralement, la « lutte » avec des mots contre le gaspillage, commence à l’approche du Ramadhan. L’augmentation du tonnage des déchets ménagers à cette occasion attire l’attention des responsables qui se lancent dans des appels à la raison, au civisme, aux préceptes de l’Islam. Rien n’y fait. Une fois le Ramadhan passé, le tonnage des déchets retombe légèrement mais se poursuit tout au long de l’année. Ce « yo-yo » communicationnel se poursuit depuis des années, voire des décennies, sans résultat. Pourquoi ? Tout simplement parce que les appels à la raison et les différentes méthodes de sensibilisation n’ont aucune force de dissuasion sur les consommateurs. Face à la hantise de manquer de pain, de lait ou de tous les autres produits alimentaires, on ne regarde pas à la dépense. On achète plus que nécessaire. Quitte à jeter le surplus à la poubelle. D’autres produits comme l’eau, les carburants, l’électricité subissent le même sort en termes de gaspillage que les aliments. Pourquoi ? Pour la réponse il faut chercher le point commun à ces produits. Mais avant, continuons le descriptif de ce gaspillage, de tous ces articles de consommation, qui augmente chaque année en suivant la courbe démographique. Cette année n’a pas échappé à la règle. Lundi dernier s’est tenue, à Alger, une conférence scientifique sur la rationalisation de la consommation durant le Ramadhan à la lumière des préceptes de l’Islam, organisée par le Haut Conseil Islamique (HCI). La ministre du Commerce intérieur qui était présente, a dans son discours, « indiqué que son secteur place la sensibilisation au cœur de son approche durant ce mois sacré, car consciente que la régulation du marché ne se réalise pas seulement par les textes et les réglementations, mais aussi par la promotion de la conscience sociétale, une consommation responsable et consciencieuse et l’application des valeurs islamiques dans le comportement économique quotidien ». Ensuite, elle a sermonné les consommateurs en leur rappelant que « le Ramadhan est un mois sacré, n’en faites pas une course au gaspillage ». Mme Abdelatif n’a pas oublié de « souligner l’importance des rencontres de sensibilisation et scientifiques, qui constituent une opportunité pour renforcer la complémentarité entre la référence religieuse et l’approche économique, et entre les finalités religieuses et les politiques publiques, permettant ainsi de bâtir un modèle national de consommation fondé sur la raison, la solidarité et la durabilité, préservant l’équilibre de la société, la flexibilité de l’économie et la dignité du citoyen ». Les intervenants qui lui ont succédé à savoir le président du Haut conseil islamique (HCI), Mabrouk Zaïd
El Kheïr, ainsi que le président de l’Association « El Aman » pour la protection du consommateur, Hassan Menouar, ont déclaré à peu près la même chose. L’occasion pour nous de préciser qu’un ministre n’a pas pour mission d’appeler à la raison sachant que ce n’est pas le meilleur moyen. Lorsqu’il s’agit d’intérêt général, il doit créer les conditions idoines pour aboutir à l’objectif assigné. C’est une règle qui est valable pour tout et pas seulement contre le gaspillage. Il y a trop d’appels et de messages des autorités publiques alors que tout le monde sait que leurs effets sont nuls sur la population. Un membre du gouvernement est là pour traduire les orientations du chef de l’État, leur trouver des solutions et les appliquer. Oui mais alors, direz-vous, qu’elle est la solution contre le gaspillage ? Il n’y en a qu’une ! Elle est dans la réforme de la politique des subventions. Cependant, des conditions préalables s’imposent. En tête de ces conditions, faire passer l’économie informelle de la règle à l’exception. À défaut de l’éradiquer. Ensuite viennent l’identification et le recensement général des (vrais) démunis. Ce qui évitera aux riches, aux gens aisés et aux gaspilleurs d’alourdir indûment les dépenses publiques notamment celles des transferts sociaux. Écarter les consommateurs qui n’ont pas droit au pain à 10 DA et à l’essence subventionnée. Qui n’ont pas le droit de remplir leurs piscines au tarif actuel de l’eau. Etc. Compter sur la seule sensibilisation, c’est tout simplement se mentir et repousser le problème sans le régler. Cela dure depuis des décennies !
Zouhir Mebarki
zoume600@gmail.com








































