S’il y a une structure publique qui a le plus changé de tutelles, c’est bien celle qui a en charge les statistiques. La toute dernière fois, c’était le 10 novembre dernier. Par décret présidentiel, la tutelle sur l’Office national des statistiques a été conféré au Premier ministre. Auparavant la tutelle était assurée par le Haut-commissariat à la numérisation qui a été créé le 6 septembre 2023 sous la tutelle de la présidence de la République. Une première lecture attribuerait la décision du 10 novembre à un correctif. En effet, après avoir été sous la tutelle d’une structure qui était elle-même sous tutelle, dévaloriserait, à tout le moins, l’importance des statistiques. En deuxième lecture, on tiendra compte du parcours « chahuté » de cette structure en charge des statistiques depuis 1964. Avec le titre de Commissariat national pour le Recensement de la population qui a fourni, en 1966, le premier recensement de la population. Réalisé, cela va de soi, sur la base de statistiques. Ensuite et périodiquement, différentes appellations ont été données à cette structure chargée des statistiques. Ses tutelles aussi se sont succédées. C’était prévisible pour une activité qui ne disposait pas des outils nécessaires pour atteindre la précision attendue d’elle par tous les secteurs que compte l’État. Pour leurs prévisions. Pour leurs prises de décisions… Etc. D’ailleurs un exemple illustre bien la situation courageuse et compliquée du personnel des statistiques depuis 1964. Dès 1970, le secteur du plan fut intégré au gouvernement et rattaché au ministère des finances. Une planification censée se nourrir de statistiques. Et dès le 3ème gouvernement, le président Boumédiène a décidé d’autonomiser le plan en nommant à sa tête un secrétaire d’État en la personne de Kamal Abdallah-Khodja de juillet 1970 à mars 1979. 9 années d’une discrétion remarquable. De sa personne ainsi que de son travail. Surtout que, comme chacun le sait, sans statistiques il ne peut y avoir de planification. D’ailleurs c’était l’époque des pénuries diverses et variées. C’est un autre débat. L’année 1980 marque le retour du ministère de la planification. Pour un temps. De 2010 à 2012, rebelote, non seulement un ministre de la Prospective et des Statistiques fait son entrée au gouvernement mais, avec en plus, un secrétaire d’État chargé des Statistiques. Un véritable « yo-yo » d’une fonction sans profondeur. Aujourd’hui, avec la numérisation dans tous les secteurs qui permet des remontées d’informations précises en temps réel, le travail des statistiques prend tout son sens. Fini les sondages aléatoires. Place à la précision et aux données fiables. Grâce à la numérisation, une prospective fiable sera désormais possible. Des prises de décisions plus justes et plus rapides. Dans une vaste panoplie de sujets. Une nouvelle vie s’ouvre pour les statistiques. Une vie où l’approximation et l’improvisation n’auront plus leurs places. Une vie où la numérisation et l’intelligence artificielle accéléreront le développement du pays !
Zouhir Mebarki










































