Par Ali El Hadj Tahar
Un régime démocratique est supposé libérer les énergies, toutes ces énergies débordantes, mais verrouillées, interdites d’action et de paroles, parfois expatriées, car grandement déçues face aux portes bloquées, face au piston ou parce que l’homme qu’il ne faut pas squatte une place imméritée.
Le clientélisme et le régionalisme sont des fléaux destructeurs, car ils sont synonymes de népotisme, cet autre fléau qui a engendré la pieuvre appelée mafia. L’ampleur des vols, des détournements et dilapidations, évalués en dizaines de milliards de dollars durant les deux dernières décennies, est proportionnelle au fléau du népotisme qui ravage encore notre société aujourd’hui. Le népotisme ne se situe pas uniquement au sommet de la pyramide, mais à toutes les échelles de la décision politique ou administrative ; et il faut oser dire qu’au sommet, rares sont les indélicats qui oseraient encore défier la justice qui a mis Haddad, Tahkout, Toufik et d’autres barons, derrière les barreaux.
Ainsi donc, la justice post-Bouteflika a fait un travail immense de restauration de la confiance entre le citoyen et l’État. La mise sous les verrous d’un nombre incroyable de responsables de crimes économiques a d’ailleurs été pour beaucoup dans l’affluence des électeurs aux bureaux de vote, préparant ainsi le terrain au vainqueur de la joute électorale, M. Tebboune, et lui permettant d’avoir des coudées plus franches d’autant que l’écart le séparant des autres candidats était important. Le vote du 12-12 est la preuve que la confiance est en partie rétablie entre le citoyen et le pouvoir, qui est cependant attendu sur plusieurs chapitres. Si le programme du Président est l’outil permettant de concrétiser les 54 points qui y sont inscrits, notamment ses trois axes essentiels (la question économique, la protection des catégories les plus défavorisées et la réussite du dialogue politique), mener à bien ce programme revient au Premier ministre.
En nommant M. Djerad, le Président a tenu sa promesse d’introduire du sang neuf dans les arcanes de l’État, sang neuf ne signifiant pas obligatoirement jeunesse, mais compétence et expérience. Car c’est de cela dont le pays a besoin, puisque les situations, notamment économique, nécessitent un plan de sauvetage d’urgence. Tous les départements ministériels doivent être mis à contribution dans cette entreprise. Vingt années durant, trop d’argent a été dilapidé, gaspillé, sans grands résultats. Les compétences doivent d’abord être celles qui savent économiser et rentabiliser les budgets de l’État.
La tâche est simple et difficile à la fois, à condition que ces compétences bénéficient de la confiance des maîtres d’œuvre, le Président et le Premier ministre, qui semblent avoir cette disponibilité et ce sens de l’écoute. La paranoïa du zaïmisme n’étant pas son fort, M. Tebboune a d’ailleurs fait part de sa volonté de réduire les prérogatives du président de la République. Il l’a prouvé dès sa prestation de serment en rejetant le titre pompeux de « fakhamatouhou ». Pour l’application de son programme, il a choisi un PM connu pour sa sobriété et son efficacité. En espérant que tout l’Exécutif soit le noyau d’une stratégie efficace où la compétence n’est pas bloquée par les velléités du supérieur. L’urgence de la mise en pratique du plan de sortie de la crise, en premier lieu de sauvetage de l’économie, signifie autonomie de la décision, absence de bureaucratie et réactivité sans que la décision départementale n’éloigne de la ligne générale du PM et surtout de la stratégie globale élaborée dans le Programme pour lequel le Président a été élu. Une équipe qui gagne doit être bien soudée, car la compétence individuelle, à elle seule, ne suffit pas. M. Tebboune a appelé à refonder l’État, comme il a appelé à mettre l’université en relation avec le monde du travail et avec le secteur économique. Pour plus d’efficacité, il est d’abord à espérer que les différents secteurs ministériels commencent déjà à travailler de concert et dans le même sens. Cela n’est possible que si les deux premiers responsables civils du pays savent insuffler le sens de la responsabilité, de la discipline et de la cohésion au staff ministériel.
Il faut aussi que les ministres, à leur tour, appliquent ce principe aux subalternes qui doivent y veiller à leur tour, jusqu’au plus bas de l’échelle. En tout cas, la promesse du Président et du Premier ministre est déjà l’indicateur d’une stratégie. De plus, MM. Tebboune et Djerad semblent sur la même longueur d’ondes, ce qui est un bon signe.
A. E. T.