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33e MARDI DE MOBILISATION : La marche des étudiants réprimée par la police

Armée de courage, la communauté universitaire, principalement des étudiants rejoints par des centaines de citoyens, a tenu, hier à Alger, comme à travers plusieurs autres villes du pays, sa 33e marche pour le changement du système politique en place, après avoir réussi à braver l’interdiction de cette action pacifique.

À la Place des Martyrs, au matin de cette journée, les services de sécurité dont certains en civil ont procédé à des arrestations parmi les manifestants et militants politiques. Ces interpellations ont ciblé également des journalistes, comme c’est le cas de mustapha Belfodil, conduit au commissariat de la Casbah, avant qu’il ne soit relâché peu de temps après. Ainsi, les forces de l’ordre ont été fortement déployées, hier à Alger. Visiblement instruits à l’occasion, les policiers ont tout prévu durant la matinée, pour réprimer les manifestants et les empêcher de tenir la traditionnelle action de mardi. L’intensité de la répression policière et le nombre des arrestations opérées étaient sans précédent depuis le début des marches de la famille estudiantine. Au cœur de cette journée de répression, les étudiants et enseignants, arborant le drapeau national et brandissant le portrait de Abderrahmane Taleb, l’étudiant martyr de la Guerre de Libération nationale, ont scandé : « Pas d’élections avec les gangs !», « Djazaïr houra dimokratiya  (Algérie libre et démocratique) !» et «Pacifique, pacifique !» Pendant ce temps, des arrestations musclées de manifestants ont été opérées par les forces de l’ordre.
C’est sous haute pression policière que la marche des étudiants a démarré de la Place des martyrs. Arrivés au Théâtre national algérien (TNA), à la Place Port Saïd, des manifestants ont été à nouveau interpellés, alors que la procession humaine continuait à avancer vers la rue Larbi Ben M’hidi. Ne pouvant continuer leur itinéraire habituel pour arriver jusqu’à la Place Maurice Audin, et bloqués par un dispositif impressionnant des services de l’ordre, à la fin de la Rue Larbi Ben M’hidi, les manifestants se sont arrêtés à ce niveau, en scandant «Ya lil âar, ya lil âar el âssima taht el hissar : (Quelle honte, la capitale est sous état de siège) !», « Hnaya toulab machi irhab (Nous sommes des étudiants et non pas des terroristes) !», « Wellah ma n’votiw (Nous ne voterons jamais !)», ont-ils crié à gorge déployée. Une enseignante, croisée sur les lieux, nous a indiqué que « la répression de la marche d’aujourd’hui (hier) demeure une intimidation qui vise à casser le mouvement estudiantin et dissuader les manifestants de poursuivre les marches populaires, notamment que nous sommes à quelques jours de la date du scrutin fixé pour le 12 décembre prochain ».
Notre interlocutrice, voyant une étudiante choquée par la violence de la répression, accourt vers elle pour la réconforter. «Courage ma fille, la liberté ne se donne pas, elle s’arrache ! ne pleure pas ma fille ! Résiste, sois patiente et marche  tête haute. Je sais qu’il faut avoir un moral d’acier. Mais pour l’avoir, fais toi une raison et dis toi qu’une chose est sûre, le peuple ne fera jamais marche arrière et ne sera jamais vaincu», lui a-t-elle soufflé comme pour l’encourager à poursuivre sa lutte. Finalement, l’étudiante en question n’a pas seulement eu peur mais bien plus que ça. «Je ne sais pas combien, mais j’ai reçu plus d’un coup de matraque», a-t-elle témoigné. Un jeune étudiant, quant à lui, dira que «les policiers nous ont réprimés, mais l’usage de la force ne va pas dissuader le peuple à marcher et les policiers ne nous font pas peur. Il est prévisible qu’il faut s’attendre maintenant à la réponse du peuple à travers les imposantes marches qui seront organisées vendredi prochain». Malmenés, des manifestants demandaient aux citoyens de filmer la répression policière, afin que «le peuple saura que la police nous a réprimés», a-t-on entendu dire sur place. À ces appels, les passants, hommes et femmes, jeunes et vieux, ont pris leurs smartphones pour filmer les scènes de la répression policière, et plusieurs d’entre eux se sont joints aux étudiants pour dénoncer la violence. Mais, là encore, la police a procédé à plusieurs autres interpellations, plus musclées, parmi les manifestants. Les policiers n’ont pas hésité à charger toute personne se trouvant sur leur passage. Même les personnes âgées n’ont pas échappé à l’«assaut» des policiers, et plusieurs ont été arrêtées.
Mohamed Amrouni

RÉPRESSION ET ARRESTATION DE MANIFESTANTS  
Réactions de formations politiques et syndicales
La répression des marches et les interpellations des citoyens, notamment des étudiants et des journalistes, ont marqué la 33e manifestation des étudiants à Alger. Réagissant à chaud, des partis politiques de l’opposition et des personnalités syndicales ont condamné le recours à la répression. Au RND, nos tentatives  de joindre son SG par intérim Azzedine Mihoubi, ont été vaines alors que le Front El Moustakbel nous a invités à attendre la résolution du BP du parti sur les faits.

Le FFS: «Une machination politique»
Premier à réagir, le FFS a condamné hier, dans un communiqué rendu public, avec la « plus grande vigueur » les arrestations et mises en détentions « arbitraires » sans fin des animateurs du mouvement révolutionnaire pacifique qui ont, selon lui, pour finalité « d’installer un climat de peur et de démobilisation ». Le parti a affirmé qu’«une véritable machination politique et médiatique se met en place pour le passage en force du scrutin présidentiel prévu le 12 décembre prochain rejeté par le peuple algérien. Appelant encore une fois le peuple à rester vigilant et mobilisé pacifiquement  en toutes circonstances pour, cite le parti, «déjouer toutes les tentatives de diabolisations de leurs objectifs en faveur d’un changement du système largement relayé  par des voix malintentionnées dans le but de porter atteinte à la cohésion et à l’unité du pays qui sont une ligne rouge pour notre parti », écrit le FFS.

Le RCD : «Aucune répression ne peut contrer la volonté du peuple»
La députée du Rassemblement pour la culture et la démocratique, Fetta Sadet, a réagi hier sur son compte Facebook, notamment à la répression de la marche des étudiants, en soulignant, dans un message laconique, qu’ « aucune répression quelle que soit sa férocité ne saurait contrer la volonté d’un peuple déterminé à arracher sa souveraineté ».
LE SNAPAP condamne les arrestations des jeunes
Sur sa page Facebook, le président du SNAPAP, Rachid Malaoui, a suivi toute la matinée le déroulement de la marche des étudiants à travers le territoire national, condamnant les arrestations de ces derniers et aussi celles des journalistes qui étaient sur place pour couvrir la manifestation, affirmant que le combat contre ce système «ne s’arrêtera pas jusqu’à l’obtention des revendications réclamées.»

Le Front d’El Moustakbel : «Nous sommes contre la violence»
Contacté hier par nos soins, Raouf Meamri, le chargé de communication du parti de Abdelaziz Belaïd, candidat aux prochaines élections présidentielles prévues le 12 décembre, s’est contenté de dire que son parti « rejette tout comportement violent ». Sans plus de précisions, il nous a invités à attendre la résolution du bureau politique, justifiant pour dire que « notre parti ne se prononce pas sans se réunir».
Sarah Oubraham