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ZEMMOURI (BOUMERDÈS) : Les marins-pêcheurs lancent un véritable SOS

Des ports fermés, accès à la mer bloqués, l’approche de Ramadhan. À Zemmouri, dans la wilaya de Boumerdès, les marins-pêcheurs se trouvent sans revenus à cause de l’arrêt de leur activité suite aux mesures prises contre le Covid-19. Ils réclament de l’aide des autorités publiques et menacent d’une action commune de débrayage.

Les marins-pêcheurs, désormais sans travail en raison des risques liés à l’épidémie due au coronavirus, ont besoin d’une prise en charge de l’État, ont témoigné plusieurs exerçants dans cette filière. « Tout le pays est fermé aujourd’hui. Tous les ports sont à l’arrêt. Il y a des pêcheurs qui n’ont pas travaillé depuis des semaines. Nous n’avons pas d’autres revenus et le Ramadhan s’approche. Et personne pour parler de nous ! », se lamente un jeune pêcheur de Zemmouri, une localité côtière de Boumerdès avec un important port de pêche qui fait travailler la majorité des habitants, ici. Zemmouri compte environ 100 bateaux de pêche et chalutiers, qui assurent le travail à environ 18 marins dans chaque bateau. Et souvent derrière chaque marin une famille à nourrir et des charges à assurer. « Ceux qui sortent à la pêche dans la mer, mangent et ceux qui ne sortent pas, ne mangent pas. Soit c’est la mort par la faim ou la mort par le coronavirus », a-t-il expliqué. Et de s’interroger : « Où est l’État? Où est passé le ministre de la Pêche et des Ressources halieutiques ? Pourquoi l’État soutient la culture aquatique et ne soutient pas notre filière ? ». Selon ce jeune marin, « les syndicats et organisations qui parlent au nom de notre filière, ils ne nous représentent pas, ils représentent seulement les intérêts personnels de leurs responsables ». « La situation est extrêmement compliquée. Il est temps pour nous de mettre la main dans la main et défendre notre filière. Personne ne le fera en notre place », a-t-il détaillé. « La filière de la pêche est abandonnée par le ministre de la Pêche. Personne ne s’intéresse à nos préoccupations professionnelles. Tout ce que l’on dit est que les poissons sont chers et dépassent 700 DA le kilo. Les citoyens ne savent pas que quand la quantité est inférieure, le poisson devient cher du fait de la spéculation. C’est la responsabilité des détaillants sur le marché et non pas la responsabilité des marins », fulmine un autre jeune marin-pêcheur, ajoutant : « Nous travaillons jusqu’à 12 heures dans la journée. Parfois on enchaîne les journées de travail sans se reposer. Et nous sommes obligés de patienter 30 années pour bénéficier du droit à la retraite ». Une situation aussi délicate que partagent la majorité des autres ports de pêche dans le pays, qui sont à l’arrêt en raison des mesures annoncées pour endiguer la propagation du Covid-19. Dans un appel adressé aux hautes autorités du pays, des dizaines de marins-pêcheurs ont fait part de cette situation préoccupante et demander un soutien de l’État de sorte à assurer la pérennité de leur profession et de leurs revenus. « Il faut que l’État soutienne la filière de la Pêche comme il soutient actuellement la filière de la culture aquatique. On réclame aussi de réduire l’âge de départ à la retraite à 15 ans et d’un salaire minimum pour les journées où la pêche est interdite », a déclaré un autre pêcheur. « Il faut que les pêcheurs fassent grève générale d’El-Kala jusqu’à El-Ghazaouat, pour faire entendre leur voix. Il y a beaucoup de corruption dans les directions et les Chambres de la Pêche dans les wilayas côtières », poursuit son collègue. « L’heure n’est plus pour l’attentisme. Personne pour s’enquérir de notre situation, ni les propriétaires des navires, ni les mandataires, ni la direction de la Pêche, ni le syndicat. Il faut aller vers la grève », abonde son collègue. D’autres réclament une forte organisation pour représenter les marins-pêcheurs : « Le ministre n’a pas de prérogatives pour procéder seul à l’amélioration de la situation socioprofessionnelle des marins. Notre sort dépend de plusieurs ministères, en plus de la pêche ; les Transports, la Sécurité sociale, le Commerce, les Finances. Ce fait a compliqué la situation des marins qui ont besoin aujourd’hui d’une forte organisation pour faire entendre leurs préoccupations ».
Hamid Mecheri