La restructuration historique de Volkswagen prend une nouvelle dimension. Après avoir porté à 100 000 le nombre de suppressions de postes envisagées dans le groupe, le constructeur allemand étudie désormais environ 4 100 réductions d’effectifs supplémentaires dans son pôle
« Sport Luxury », qui correspond à Porsche.
Une nouvelle pression sur le constructeur de Stuttgart, confronté à l’effondrement de ses ventes en Chine, au coût de sa réorientation stratégique et à une rentabilité qui s’est brutalement dégradée. 4 100 postes supplémentaires dans le viseur. Selon le quotidien économique allemand Handelsblatt, des documents liés à la décision prise début septembre par le conseil de surveillance de Volkswagen prévoient une réduction d’environ 4 100 salariés dans le groupe de marques « Sport Luxury ». Dans l’organisation actuelle de Volkswagen, cette catégorie correspond à Porsche. Bentley et Lamborghini appartiennent, elles, au groupe de marques « Progressive » avec Audi et Ducati. Les documents cités par le journal identifient un déficit d’économies d’environ 700 millions d’euros sur les frais généraux. Volkswagen estime que Porsche doit améliorer son résultat de 3,8 milliards d’euros d’ici la fin de la décennie. Sur les seuls frais généraux, l’objectif d’économies atteint 1,8 milliard d’euros, mais des mesures représentant seulement 1,1 milliard seraient actuellement identifiées. Porsche avait déjà programmé 9 000 suppressions de postes En juillet, la direction de Porsche et les représentants des salariés se sont entendus sur la suppression de 5 000 postes supplémentaires, venant s’ajouter à 4 000 réductions déjà décidées. Les accords existants portent donc sur environ 9 000 emplois d’ici 2035, soit approximativement un cinquième des effectifs. Les 4 100 postes désormais évoqués par Volkswagen pourraient porter l’effort encore plus loin si Porsche les mettait effectivement en œuvre. Cette nuance institutionnelle est importante : Volkswagen, maison mère et actionnaire majoritaire, peut recommander ces mesures, mais ne peut pas les imposer directement à Porsche AG, société cotée disposant de sa propre gouvernance.
16 milliards d’euros le coût potentiel de la réduction des effectifs
Le dossier Porsche s’inscrit surtout dans une restructuration beaucoup plus vaste. Début septembre, le conseil de surveillance de Volkswagen a approuvé le plus important plan de transformation de l’histoire du groupe, fondé en 1937. L’accord prévoit 50 000 suppressions de postes supplémentaires, portant à environ 100 000 le nombre total de postes concernés à l’échelle du groupe. Le sort de quatre sites allemands reste parallèlement ouvert, Volkswagen étudiant différentes options pour des usines qui doivent progressivement perdre les modèles qui leur sont actuellement affectés. Le constructeur invoque une combinaison de facteurs : surcapacités industrielles, concurrence des groupes asiatiques, droits de douane américains, ralentissement du marché européen et recul de ses activités en Chine. Selon Reuters, Volkswagen estime à environ 16 milliards d’euros le coût potentiel de la réduction des effectifs et des éventuelles fermetures ou reconversions de sites. Environ 10 milliards d’euros seraient réservés aux coûts associés à la suppression de jusqu’à 60 000 emplois dans le monde. Ce chiffre ne doit cependant pas être confondu avec les 10 milliards d’euros d’effets exceptionnels annoncés vendredi par Volkswagen pour son exercice 2026. Ces derniers comprennent notamment la dépréciation de sa participation dans Porsche, les provisions liées aux réductions d’effectifs, la restructuration et la détérioration du marché chinois. À elle seule, la révision de la valeur de la participation de Volkswagen dans Porsche entraîne une dépréciation d’environ 6 milliards d’euros. Volkswagen ne table désormais plus que sur une marge opérationnelle pouvant atteindre 1 % au maximum en 2026. Le groupe anticipait auparavant une fourchette comprise entre 4 % et 5,5 %. Volkswagen vise désormais un chiffre d’affaires d’environ 315 milliards d’euros cette année. Le constructeur prévient également d’une nouvelle détérioration possible de l’environnement économique, notamment en Chine, et d’un basculement plus rapide de la demande vers les véhicules électriques, sur lesquels ses marges restent actuellement inférieures à celles réalisées sur certains modèles thermiques. La dégradation de Porsche apparaît encore plus clairement dans ses comptes 2025. Dans le seul segment automobile, son résultat opérationnel est tombé de 5,286 milliards d’euros en 2024 à seulement 90 millions d’euros en 2025. La marge opérationnelle automobile est passée dans le même temps de 14,5 % à seulement 0,3 %.À l’échelle de l’ensemble du groupe Porsche AG, qui comprend également d’autres activités, le résultat opérationnel 2025 ressort à 413 millions d’euros et la marge à 1,1 %.
R. I.













