Makri

SES POSITIONS FONT DE PLUS EN PLUS OFFUSQUER LE PUBLIC : Makri et sa stratégie de récupération de la rue

Désavoué par l’ensemble de la classe politique, le leader de Mouvement pour la société de la paix (MSP), Abderrezak Makri, veut s’imposer comme la seule alternative politique au Pouvoir, et compte, pour ce faire, sur la rue. D’aucuns, dans l’opposition, l’ont même accusé de mener «un double discours». Makri, lui, rêve de se propulser le porteparole de la mobilisation dans la rue, mais avec un agenda autre que celui des aspirations des manifestants. Il y a un cas Makri. Alors que l’ensemble des acteurs politiques préfèrent marcher derrière les jeunes et leurs aspirations toutes légitimes, une voix discordante chante encore toute seule. Non pas pour se placer derrière le mot d’ordre repris par la foule, mais comme un trublion de fête qui excelle dans la provocation dans la société et la scène politique. Le leader politique qui a déjà échoué par le passé de faire rassembler autour de son nom et séduire avec son projet lancé en été dernier, « le Consensus national », visant le report de l’échéance présidentielle, est devenu aujourd’hui un homme qui surprend les médias et dérange par ses discours. Comment ne pas être choqué quand Makri, commentant la dernière lettre du président Bouteflika à la Nation, annonçant des mesures de report des élections prévues avril prochain, déclare, toute honte bue, dans un communiqué, que «les mesures de report annoncées (par la Présidence) ne sont pas conformes à l’initiative de Consensus national du MSP » ? Une initiative que le MSP a proposée à plusieurs partis politiques – qui l’ont d’ailleurs tous rejetée-, puis à la présidence de la République. Ou comment encore ne pas s’indigner à l’entendre qualifier, fin janvier dernier, la rue de «complètement anesthésiée» sur laquelle « on ne peut compter vraiment », avant de tenter de se défaire de cette image, après les mobilisations citoyennes du 22 février, en s’affichant avec ses militants parmi la foule et manifestant dans la rue. En vain. Aujourd’hui, pour les islamistes du MSP, tous les moyens sont bons pour se faire distinguer et se projeter ainsi comme le premier sous-traitant, avec zèle, aux mains du pouvoir. Mais, la rue est bien consciente et saura faire la différence entre les «agendas partisans et proprement étroits » et le «message de la rue» qui est d’aller vers le changement et vers plus de réformes démocratiques et sociales. Au regard des slogans et cris des manifestants, il est tout à fait clair que la rue ne gronde pas des revendications contenues dans la plateforme de Mazafran ou celles contenues prétendument dans l’initiative de consensus national de Makri, mais il s’agit d’un autre objectif, tout à fait différent et moderne. Devant la voix unanime de la rue, les propos de Makri ne ressemblent qu’à une mauvaise blague, de surcroît, mal racontée. Le 3 mars dernier, juste après une première lettre de Bouteflika annonçant sa candidature, promettant aussi des élections présidentielles anticipées dans une année où il ne se représentera pas, le Même Makri s’est accouru pour accuser le pouvoir de lui «plagier» son initiative, sous prétexte qu’il s’agit d’«une copie conforme» de son «consensus national». Et ce n’est pas tout. Les dérapages et la provocation continuent. Beaucoup plus grave, quand il avait juré – avant d’être choisi par son parti comme candidat – de ne pas se porter candidat au cas où il y aura un cinquième mandat, où quand il a rassuré faussement, en été dernier, que Bouteflika « n’ira pas au cinquième mandat », créant ainsi une polémique sur un éventuel report des élections. Il avait offusqué toute la classe politique ensuite en renonçant et disant que « le MSP ne retirera pas son candidat même en cas d’un cinquième mandat avéré », car « il y a une volonté manifeste de faire éjecter son parti de la course à El-Mouradia » Même dans la foulée des mouvements de la rue entamés le 22 février, Makri s’accrocha, jusqu’à la dernière minute, à sa candidature devant une pression de poids du Conseil consultatif du MSP. Mais non, cette fois-ci l’homme croyait miser sur le bon cheval. Aveuglement ? Refus de voir la vérité telle quelle ? Complaisance ? Laxisme ? Malgré le positionnement des autres partis de l’opposition derrière la rue en soutenant sa plateforme, Makri profite des changements sur la scène politique pour rassembler autour de lui tous les mécontents. Son appel en faveur de laisser Ali Belhadj, figure de l’ex- FIS, parti islamiste radical dissous pour sa responsabilité dans la décennie noire, en est le parfait exemple. Il rêve toujours d’être celui qui, tel un Erdogan algérien, fera basculer le système pour l’incarner lui-même ensuite. Pour l’instant, ses tentatives restent lettre morte. La feuille de route de Makri et celle de la rue ne risqueront pas de se rencontrer.

Hamid Mecheri