Tin-Zaouatine

Retour au calme à Tin-Zaouatine : La voix de la sagesse

Les gens du Sud, calmes, pondérés, empesés, savent toujours, et mieux que personne, raison garder. La ville frontalière de Tin-Zaouatine (500 km sud-ouest de Tamanrasset), qui a connu lundi dernier un mouvement de protestation des habitants de cette localité, a commencé à retrouver progressivement son calme après une réunion qui a regroupé mardi soir des représentants de la population (notables et élus locaux) avec les autorités locales. Cette réunion a été couronnée d’une série de mesures consensuelles ayant pour objectif le retour au calme et à la vie quotidienne normale dans cette ville. Parmi les décisions ayant sanctionné la rencontre, l’enlèvement définitif de la ligne de séparation et sa substitution d’un rempart tout au long duquel seront disposées cinq portes afin de permettre aux personnes autorisées, notamment les éleveurs nomades, de le traverser en toute liberté, selon M. Blaoui Aghali, membre de l’Assemblée populaire communale de Tin-Zaouatine. Les deux parties ont convenu aussi de créer, avant la fin de l’année en cours, une zone de libre échange qui tiendra lieu d’espace commercial pour les populations des deux côtés de la bande frontalière afin de satisfaire leurs besoins, dans les limites du cadre réglementaire régissant les zones de libre-échange, a-t-il ajouté. M. Aghali a également mis l’accent sur la grande importance accordée à la concrétisation de projets infrastructurels et la présence de représentation de grandes institutions afin de garantir une stabilité de la région, expliquant que l’absence de développement a été indirectement l’une des principales raisons de la détérioration de la situation, entrainant le glissement des jeunes de la région vers l’activité informelle transfrontalière, comme « seule alternative à l’absence d’offres d’emplois ». À ceci, s’ajoute, selon l’élu local, la situation de blocage depuis 11 mois au sein de l’APC de Tin-Zaouatine, ayant conduit à son gel depuis plus de deux mois. La commune avait bénéficié d’un financement global de 2,2 milliards DA pour l’exécution d’une série de projets ayant un lien direct avec la vie quotidienne du citoyen, dont des projets dans les secteurs de la santé, l’éducation, l’assainissement et l’AEP qui n’ont pu voir le jour en raison de l’absence de délibérations officielles de l’APC durant toute la période précitée, a encore fait savoir M. Aghali. Des acteurs du mouvement associatif local ont appelé, pour leur part, à une approche participative dans l’action de développement de la commune de Tin-Zaouatine, de sorte à mieux répondre aux attentes et besoins de la population locale et garantir une stabilité de la région. Un appel a été lancé pour accorder davantage de champ d’intervention aux acteurs de la société civile, à travers des mécanismes précis, pour raffermir les liens avec les institutions et servir de médiation à même d’assurer l’implication du citoyen et du groupe à l’effort de développement et aux politiques sociétales, de sorte à répondre aux attentes de la population dans ces zones frontalières dont l’éloignement et la situation géographique ont contrarié son développement. À ce propos, Mohamed Liamani, membre de l’association promotion de la société civile de Tamanrasset, a plaidé pour des actions de proximité visant la sensibilisation de la population locale aux énormes enjeux auxquels font face les institutions, et appelé pour cela à une approche participative à même de garantir la cohésion entre la société et les institutions, restaurer la confiance entre les différents intervenants et accompagner les associations de jeunes et autres dans l’exécution de leurs programmes d’activités. Hassen Kerbadou, habitant de Tin-Zaouatine, a souligné, pour sa part, à l’APS, l’importance de l’exécution de différents projets infrastructurels impactant directement sur l’amélioration des indicateurs de développement socioéconomique de la région, à l’exemple de la finalisation du projet de route reliant Tin-Zaouatine à Tamanrasset. Ce projet, a-t-il expliqué, connait un « retard » dans sa réalisation, rendant la situation « difficile », surtout que la région est dépourvue d’entreprises de transport vers le chef-lieu de wilaya sur 500 kilomètres, n’ayant pour les habitants locaux que la possibilité de recours aux véhicules tout-terrain moyennant une sommes de 5 000 DA/ personne la course, en aller simple. Ainsi, la question du transport, des routes et de l’absence de représentations d’institutions et structures administratives (tels que banques, services de télécommunications, et structures d’accompagnement des agriculteurs) à Tin-Zaouatine, une commune de près de 20 000 habitants, sont soulevées avec insistance par M.Kerbadou, qui cite comme exemple la localité de Toundert (80 km de Tin-Zaouatine) où les bénéficiaires de la concession agricole souffrent d’un manque d’accompagnement. La commune de Tin-Zaouatine avait connu lundi un mouvement de protestation d’un groupe de citoyens. Le ministère de la Défense nationale (MDN) a démenti formellement les « allégations infondées » suite aux informations colportées lundi via les réseaux sociaux, accusant des éléments de l’Armée nationale populaire (ANP) d’avoir ouvert le feu sur des individus dans la localité frontalière malienne d’Ikhraben, limitrophe de la commune de Tin-Zaouatine, appelant à la vigilance quant à ce genre de rumeurs et de désinformations visant à perturber la situation dans cette région. « Suite aux informations incitatives colportées via les réseaux sociaux, le MDN dément formellement ces allégations infondées, et affirme que ces évènements se rapportent à une tentative, menée par des personnes connues par leurs activités suspectes dans la contrebande et le crime organisé, visant à détériorer le mur de sécurisation, en appelant les habitants à la violence et à la manifestation, dans une manœuvre visant à libérer l’étreinte sur leurs intérêts dans la région », précise le communiqué du MDN.
Kamel Zaidi