Mohamed Lamine Kitouni, maire de Bouzaréah
Mohamed Lamine Kitouni, maire de Bouzaréah

REFUS D’ORGANISER LE SCRUTIN PREVU LE 4 JUILLET : La vague des maires frondeurs gagne Alger

Pris entre les tenailles de la pression de la rue et un gouvernement qui fait la sourde oreille, de plus en plus de maires, dans les différentes wilayas du pays, annoncent leur rejet d’encadrer l’élection présidentielle fixée pour le 4 juillet prochain et « se joingnent à la voix du peuple ».

Le fait que la vague de boycott se soit récemment multipliée, touchant même jeudi dernier deux grandes communes de la Capitale (Rouiba et Bouzaréah), en dit long sur l’état de marasme de la base et l’accumulation de la colère populaire. « En ma qualité de président de l’APC de Bouzaréah, qui tient son seule et unique légitimité de la voix du peuple (…) j’annonce solennellement notre refus des élections présidentielles prévues le 4 juillet 2019, notamment dans la conjoncture actuelle », a annoncé, jeudi dernier à des médias conviés dans son bureau, Mohamed Lamine Kitouni, maire de Bouzaréah. Une annonce de boycott fracassante au cours de laquelle le jeune maire a profité aussi pour faire état du ras-le-bol des élus de sa commune et le mépris du Gouvernement à leur encontre. « Je profite de l’occasion pour dire que même pour nous, les P/APC, nous sommes fatigués du fait d’entendre quotidiennement les préoccupations et cris des citoyens sans pouvoir rien leur faire, fatigués du gel des licences de constructions pour des raisons illogiques dans de larges secteurs de notre commune, fatigués de se voir astreints à l’application des instructions de l’administration et des walis sous la menace et la pression, fatigués des poursuites [judiciaires] contre les élus pour des raisons superflues et injustifiées», a-t-il déploré, dans son long réquisitoire. La sortie du maire de Bouzaréah intervient après celle, mercredi, de son homologue de Rouiba (Est d’Alger), Mourad Tekli, qui a décidé de ne pas prendre les mesures nécessaires pour l’organisation du scrutin présidentiel. Dans la wilaya limitrophe de Boumerdès, les maires des communes de ; Naciria, Affir, Chabet-el-Ameur et Boudouaou, ont annoncé officiellement leur refus de l’instruction du ministère de l’Intérieur sur la révision des listes électorales pour l’échéance présidentielle. Ce phénomène des maires frondeurs a commencé quelques jours seulement après l’annonce du chef de l’État, Abdelkader Bensalah, de la date de l’élection présidentielle, vivement dénoncée par la rue et l’opposition. La vague de boycott de l’organisation de la présidentielle par les APC ne cesse de prendre de l’ampleur et de s’élargir chaque jour à différentes régions du pays, laissant entrevoir, au bout, l’impossibilité pour le gouvernement en place de tenir à échéance le scrutin qu’il s’évertue tant à vouloir imposer, malgré le rejet définitif et absolu par la quasi-majorité des Algériens. Alors qu’il est déjà rejoint par pratiquement l’ensemble des communes de Béjaïa et de Tizi- Ouzou, où des élus locaux ont même organisé des sit-in contre le régime, le front du boycott de l’élection de juillet, faut-il le rappeler, s’étend déjà à plusieurs autres wilayas du pays dont, entre autres, Alger, Tipasa, Sétif, Bordj Bou-Arreridj, Skikda, Relizane et El-Oued.
Hamid Mecheri