Aux Jeux olympiques, la neutralité est érigée en principe sacré. Pourtant, lorsque la guerre s’invite dans le débat public, le silence devient parfois plus politique que la parole. La controverse déclenchée par un journaliste de la Radio télévision suisse (RTS) illustre ce malaise grandissant autour du traitement différencié des conflits internationaux.
Lors de l’épreuve de bobsleigh des Jeux olympiques d’hiver de 2026, le commentateur Stefan Reina a rappelé à l’antenne les prises de position publiques du pilote israélien Adam Jeremy Edelman. Celui-ci avait exprimé son soutien à l’armée sioniste engagée dans son offensive à Ghaza. Le journaliste n’a pas insulté, ni diffamé. Il a évoqué des faits vérifiables, puis posé une question simple : pourquoi des athlètes russes ont-ils été sanctionnés par le Comité international olympique (CIO) en raison de la guerre en Ukraine, alors qu’aucune mesure comparable ne semble envisagée ici ? La réaction fut immédiate. Sur les réseaux sociaux, la séquence a été partagée massivement. Certains ont dénoncé une politisation du commentaire sportif. D’autres ont salué un rappel factuel courageux. Sous pression, la RTS a retiré la vidéo, estimant que ces propos n’étaient pas adaptés à une retransmission sportive. Ce retrait pose question. Doit-on considérer que rappeler un engagement public devient en soi une faute professionnelle ?
Les critiques les plus virulentes sont venues notamment du diplomate américain Mike Huckabee et de l’organisation StopAntisemitism, qui ont dénoncé des propos jugés hostiles. Pourtant, le journaliste n’a pas attaqué une communauté ni une religion. Il a interrogé la cohérence d’un système. Confondre critique de l’État sioniste et hostilité envers un peuple relève d’un amalgame dangereux qui contribue à étouffer le débat.
La neutralité à géométrie variable
Depuis le début de l’offensive menée par l’armée sioniste à Ghaza, de nombreuses organisations internationales évoquent des violations graves du droit humanitaire. Les bilans humains sont lourds. Les destructions sont massives. Des enquêtes indépendantes ont documenté des bombardements sur des zones densément peuplées et des restrictions sévères imposées aux populations civiles. Dans ce contexte, peut-on exiger d’un journaliste qu’il fasse abstraction de déclarations publiques soutenant cette opération militaire ?
Le CIO a justifié l’exclusion ou la neutralisation d’athlètes russes par le contexte de guerre en Ukraine et par la nécessité de préserver les valeurs olympiques. Le principe avancé était clair : le sport ne peut ignorer certaines réalités géopolitiques majeures. Pourquoi ce principe semblerait-il s’appliquer différemment lorsqu’il s’agit de l’État sioniste ? C’est cette incohérence que le journaliste suisse a mise en lumière. Ses propos n’ont pas appelé à la haine. Ils n’ont pas réclamé d’exclusion automatique. Ils ont posé une question de cohérence. En cela, ils relèvent du travail journalistique. Informer, contextualiser, interroger. Refuser cette démarche reviendrait à sanctuariser certains États et à rendre toute critique médiatique suspecte. La polémique révèle un climat plus large dans les médias occidentaux. Toute remise en cause des actions de l’État sioniste déclenche rapidement des accusations de partialité ou d’hostilité idéologique. Cette réaction réflexe contribue à installer l’idée d’un traitement privilégié. Or, la crédibilité des institutions sportives repose sur l’égalité des principes, pas sur leur application sélective. Le débat dépasse donc largement un commentaire de bobsleigh. Il interroge la capacité des médias à traiter tous les conflits avec la même rigueur. Il questionne aussi la solidité du principe de neutralité olympique. Peut-on défendre des valeurs universelles tout en fermant les yeux sur certaines réalités ?
En posant une question dérangeante, le journaliste suisse n’a peut-être pas rompu la neutralité. Il a rappelé que le silence, lui aussi, peut être un choix politique.
Mohamed Amine Toumiat












































