boualem amoura

PAROLE AUX MARCHEURS : «Une deuxième indépendance pour l’Algérie»

Rencontrés dans la rue à Alger centre lors de la 37e marche pacifique, quelques membres du Pacte de l’alternative démocratique, simples citoyens et le fils du moudjahid Lakhdar Bouregâa, ainsi que Boualem Amoura de la société civile ou encore l’avocate Nabila Smaïl ont affirmé que cette manifestation est une réponse forte au pouvoir de la part du peuple qui insiste pour sa « liberté et son indépendance».

Me Bénissad : «Un appel pour la libération du pays»
Croisé à la place Maurice Audin en train de marcher seul, le drapeau algérien sur le dos, en scandant les slogans de ce vendredi, Noureddine Bénissad, président de la LADDH, nous a déclaré que cette manifestation est une « grande fête pour célébrer le 1er Novembre qui est un appel pour la libération du pays et sa souveraineté et son autodétermination ». Bénissad croit que les Algériens ont « réapproprié tous ces symboles pour aller vers une Algérie nouvelle et républicaine afin d’exercer leur souveraineté en toute liberté».

Ali Hani Bouregâa: «Mon père insiste à ce que le mouvement reste pacifique»
C’était dans le carré du Pacte de l’Alternative démocratique qu’Ali Hani Bouregâa le fils du moudjahid Lakhdar Bouregâa, a choisi de marcher appelant à la libération de son père et des détenus d’opinion et politiques et aussi la réalisation des revendications populaires. Accroché au bras d’Ali Laskri, (membre du présidium du FFS) le fils de Bouregâa nous a parlé sur les attentes de son père et sur la marche grandiose qu’a connue hier Alger. « C’est l’appel du 1er Novembre 54 qui revient. Le peuple demande la liberté et l’indépendance et les tenants de ce pouvoir devront l’écouter», affirme-t-il. « Je suis très fier aujourd’hui en écoutant le peuple crier la libération de mon père et de tous les détenus (du Hirak, ndlr)». Par ailleurs Ali Hani a rassuré sur l’état de santé de son père. «Mon père va très bien en prison et il garde le moral et la forme. La seule chose qui l’inquiète c’est le mouvement, c’est pour cela qu’il insiste et il appelle le peuple à rester pacifique et à continuer le Hirak jusqu’à la fin», rapporte-t-il.

Ali Laskri : «Le peuple est en train de s’autodéterminer»
De son côté, Ali Laskri, coordinateur de l’Instance présidentielle du FFS, a indiqué que cette marche est « immense». Autrement, «c’est un 1er Novembre historique. Il y a eu le 1er Novembre 1954 et il y a eu ce 1er Novembre qui est énorme pour nous et pour le peuple algérien», dit-t-il. «Le peuple s’est réconcilié pour un changement radical du système pour aller à une Algérie libre et démocratique. Il est en train de s’autodéterminer et de se libérer», ajoute le cadre dirigeant du FFS. Laskri affirme que la marche d’hier a « répondu d’une manière très forte à ce système qui doit répondre et comprendre, de son côté, ce peuple et lui faire confiance au lieu de le menacer. Ce système est  en train de travailler pour une contre-révolution mais elle ne va pas réussir ici en Algérie, car ce peuple va mener la révolution à terme et va réussir», a-t-il conclu.

Me Nabila Smail: «La plus belle réponse à ceux qui ont décidé d’opérer un coup de force»
Selon l’avocate Nabila Smaïl, la marche du 1er novembre est « la plus belle réponse que le peuple algérien a donné à ceux qui ont décidé d’opérer un coup de force. Le peuple est la source de tout pouvoir et souveraineté légitime. Il est la seule légitimité que contient ce pays. Donc le peuple qui est sorti jeudi et aujourd’hui (hier, ndlr) pour célébrer le premier coup d’envoi de la libération du pays, vient de donner le deuxième coup d’envoi pour parachever la libération du pays», estime-t-elle. Pour cette avocate, l’Algérie doit revenir à ses enfants et ses héros dont l’un d’entre eux est en prison, faisant allusion à Bouregâa. Ainsi, elle a appelé à la libération de tous les détenus politiques et d’opinion notamment Lakhdar Bouregâa. «C’est grave et honteux ! On a mis la mémoire de l’Algérie en prison», dit-elle.

Boualem Amoura: «Le peuple a pu se réapproprier son histoire»
Pour le président du SATEF, Boualem Amoura, rencontré à la rue Didouche Mourad, « les Algériens ont réussi à faire revivre le 1er Novembre 54 ». « En ce jour de date historique, nous voilà aujourd’hui manifester pour ce 1er novembre 2019, c’est pour le même but : la liberté de l’Algérie, affirme-t-il, afin d’aller vers une Algérie nouvelle, plus démocratique, une Algérie d’une justice sociale où le peuple va vivre en paix». Aujourd’hui, «cette journée est extraordinaire. On remarque que beaucoup de gens sont venus d’autres wilayas pour se réapproprier une autre fois notre histoire qui a été plusieurs fois faussée et détournée de son objectif », a ajouté le syndicaliste pour qui ce jour est «une « deuxième indépendance».

Madame Djamila : «J’espère que nos enfants gagneront cette Independance»
Elles étaient quatre dames d’un âge avancé. Elles marchaient ensemble main dans la main, pas loin les la Grande Poste à Alger-centre. En l’approchant, l’une d’entre elles, nous demande de parler avec leur sœur ainée. Elle s’appelle Djamila. Elle a 82 ans. Affichant un grand sourire, elle se confie à nous : «Je suis très heureuse de retrouver l’indépendance aujourd’hui. J’ai vécu la Guerre de libération de 54 et je vis aujourd’hui l’indépendance», a-t-elle livré son sentiment immédiat. Très optimiste, elle termine son propos sur un souhait qui semble lui tenir à cœur : «J’espère que nos enfants gagneront cette independance».
Propos recueillis par Sarah Oubraham