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L’HISTORIEN BENJAMIN STORA : « L’extrême-droite est à l’origine des tensions entre Alger et Paris »

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L’historien Benjamin Stora qui co-préside avec Lahcen Zeghidi la commission mixte des historiens pour un travail mémoriel estime que la montée de l’extrême droite en France est derrière la réaction de l’Algérie qui a voté une loi criminalisant le colonialisme.
Dans un entretien accordé à RFI, il a affirmé que l’extrême droite a la volonté de désigner l’Algérie comme un pays avec lequel on ne peut s’entendre et source de tous les maux de la France. « L’extrême- droite ne reconnaît absolument pas les exactions commises, les massacres, etc. Fondamentalement par antigaullisme, d’ailleurs. Il y a dans cette montée en puissance de l’extrême droite française la volonté de désigner l’Algérie comme un pays avec lequel on ne peut décidément pas s’entendre ».
Abordant la loi criminalisant le colonialisme, votée le 24 décembre dernier par l’Assemblée populaire nationale qui insiste sur le caractère imprescriptible des crimes coloniaux, sur les réparations et sur les excuses officielles de la France, il a indiqué que : « la question des excuses devait être l’aboutissement d’un travail mémoriel qui a commencé, fondamentalement, depuis quelques années, notamment à partir de mon rapport de 2021. Il s’agissait de la mise en œuvre d’un chantier mémoriel qui visait précisément, pourquoi pas, à aboutir à des excuses. Mais ce chantier mémoriel s’est brusquement interrompu depuis maintenant presque deux ans. Donc la question des excuses devait être un aboutissement à, disons, une connaissance beaucoup plus grande de ce qui s’était passé dans toute cette histoire qui a duré 132 ans. Or, aujourd’hui, je vois mal la question des excuses se poser à nouveau du côté français ».
Abordant la compatibilité de la loi votée par l’APN avec les dispositions des accords d’Evian notamment sur le plan de l’imprescriptibilité des crimes coloniaux il dira ; « oui, il y a effectivement un problème. Ces accords ont été signés par les deux parties. La partie française, bien sûr, mais aussi par la partie algérienne. Les accords d’Évian stipulaient de manière très claire qu’aucune poursuite pénale ne devait être engagée contre les exactions commises pendant la Guerre d’Algérie. Alors maintenant, bien entendu, le texte adopté par les Algériens est bien plus une volonté de démonstration symbolique et politique plutôt qu’une concrétisation sur le plan juridique ».
Concernant la question des réparations exigées par l’Algérie, il affirme qu’il s’agit là d’une revendication qui n’avait jamais été exprimée auparavant par les Algériens. « La question de la réparation financière, c’est une nouveauté qui est apparue dans ce texte. C’est effectivement une revendication, une demande, dont on se demande quel peut être le « chiffrage. Encore une fois, je pense qu’il s’agit essentiellement d’une mesure à caractère politique et symbolique ». Une parenthèse pourrait être ouverte dans ce cadre pour affirmer que même si, techniquement, le problème des indemnisations se pose, l’Algérie pourrait faire aboutir ses revendications par une adaptation de son arsenal juridique et une pression mondiale pour parvenir si les conditions le permettraient à un tribunal  « Nuremberg bis ».
Abordant la revendication de l’Algérie de disposer des cartes précises des essais nucléaires réalisés par la France au Sahara dans les années 60, pour parvenir à la décontamination des sites de ces essais, Benjamin Stora affirmera : « des experts français, qui travaillent sur la question des essais nucléaires, ont demandé plusieurs fois à se rendre sur place. Ils demandent qu’une commission internationale puisse vérifier, et se rendre compte sur place, des effets néfastes de ces essais nucléaires sur les populations civiles. Or, à ma connaissance, pour l’instant, il n’y a pas eu de délégation d’experts internationaux qui ont pu se rendre dans le désert saharien pour voir les effets des contaminations sur les populations civiles ».
Sur le plan de la question mémorielle et la réconciliation et le préalable des excuses officielles de la France, posé par l’Algérie, l’historien tout en avouant ne pas connaître le sort qui sera réservé à la commission mixte franco-algérienne qu’il préside avec Mohamed Lahcen Zeghidi, il dira :  « je ne sais pas. Je ne sais pas quel sera l’avenir de cette commission. Ce que je peux dire, c’est que la collaboration réelle et le partage du savoir et des connaissances ne pourront pas s’interrompre. Et c’est pour moi quelque chose d’essentiel, parce que les jeunes générations d’aujourd’hui, en France et en Algérie, ont une soif de connaissance et de savoir très grande sur cette histoire. Donc la mise en partage, la mise en circulation des savoirs et des connaissances ne pourra pas s’interrompre. Enfin, c’est tout du moins ce que j’espère pour l’avenir : que les choses pourront se poursuivre à ce niveau-là ».
Benjamin Stora, qui trouve que le texte criminalisant le colonialisme voté par l’APN est une mise en œuvre d’un rapport de force symbolique, plutôt qu’une stricte application sur le plan juridique, conclura son entretien en affirmant que la commission mémorielle mixte algéro-française ne s’est pas réunie depuis deux ans, « depuis que Paris a décidé de s’aligner sur les thèses marocaines et de reconnaitre le plan d’autonomie des territoires sahraouis sous souveraineté marocaine proposé par Rabat ».
Slimane B.

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