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LES FAUX INVESTISSEURS DANS LE VISEUR DE LA JUSTICE : Guerre ouverte contre le bradage du foncier agricole

Les affaires de détournement du foncier agricole sont légion dans un pays, pourtant, qui n’a d’autres alternatives pour l’instant que de s’orienter vers le développement de son agriculture afin de compenser le recul de ses revenus, tirés principalement des hydrocarbures.

Un simple regard dans les régions jadis réputées par leur vocation agraire, notamment la Mitidja, illustre l’ampleur des convoitises que subissent les terres agricoles algériennes. Et les appétits sont grandissants : le procès de l’ancien directeur général de la Sûreté nationale, Abdelghani Hamel, jugé à Boumerdès, a marqué les esprits, dans lequel il est accusé et condamné pour détournement de foncier agricole et trafic d’influence. Son fils, Chafik, est aussi impliqué et reconnu coupable par la Justice dans une affaire de détournement de foncier agricole à Tipasa, accusé de s’offrir un terrain agricole de 14 000 m² au lieudit Magtaâ Kheira pour la construction d’une unité de fabrication de médicaments, AMC Pharm, qui lui appartient. La transformation des terres agricoles en agglomérations de bâtis ou promotions immobilières, ou en usines et en propriétés privées a progressé durant ces dernières années, des délits et crimes, mais aussi de gaspillages, qui échappent pourtant à tout contrôle et vérification, même si les lois sont claires en ce sens. À Réghaïa, d’énormes terrains agricoles, cédés par l’État dans les années 1980 au profit des agriculteurs pour les travailler, ont été vendus – des transactions pourtant répréhensibles par la loi -, ou transformés en terrains d’habitation. À la place des champs verdâtres d’antan, ont pris place des bâtiments et toutes autres constructions en ciment, au milieu d’une anarchie indescriptible.
Il faut ajouter aussi que le foncier forestier n’a pas échappé lui aussi de la main mise de la mafia du foncier, qui a, avec préméditation, été derrière des centaines d’incendies dans les forêts et massifs du pays en vue de s’accaparer des terres fertiles pour y construire des maisons. Depuis l’arrivée du président Abdelmadjid Tebboune, l’État a voulu mettre un terme à ces pratiques et des dizaines d’affaires ont été déférées devant la Justice. Avec la nouvelle orientation vers la priorisation de secteur agricole et son développement, les autorités commencent à prendre conscience de dangers de faux investisseurs dans le secteur agricole et aussi les faux agriculteurs, qui changent la vocation de ces terres dès qu’ils y mettent la main dessus. Lors d’une visite de travail, cette semaine, à la wilaya de Djelfa, le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a promis la mise en vigueur, prochainement, d’un décret exécutif portant organisation des zones industrielles. « Nous sommes sur le point de signer un décret exécutif portant organisation des zones industrielles, qui connaissent une certaine anarchie », a-t-il affirmé, assurant que le gouvernement « veillera à la répartition transparente et à l’organisation rationnelle du foncier industriel ».
Le Premier ministre a annoncé également l’ouverture de filiales bancaires dans ces zones, à l’instar de ce qui est en vigueur dans de tels espaces à travers le monde. Il a assuré, dans ce sens, que « les superficies octroyées par le passé à de nombreuses personnes sans jamais être exploitées seront récupérées et attribuées à de véritables investisseurs ». Lundi dernier, le ministre de l’Agriculture et du Développement rural, Abdelhamid Hamdani, a affirmé que le « parachèvement prochain » de l’opération d’assainissement du foncier agricole, va permettre l’octroi du foncier à ceux ayant une réelle volonté d’investir dans ce domaine et de contribuer à la création d’une valeur ajoutée pour l’économie nationale et de contribuer à la génération de nouveaux postes d’emploi ». Cet intérêt de l’État pour l’Agriculture à travers l’encouragement des agriculteurs et les industries de transformation pour écouler leurs récoltes est ambitieux et salutaire en même temps. Mais la complexité de cette mission impose aux décideurs et aux législateurs d’y étudier toutes démarches minutieusement et d’apprendre des erreurs du passé, s’il l’on veut avoir des résultats dans les plus proches délais. Le contexte financier et économique du pays, en tout cas, ne permettant pas plus d’immobilisme.
Hamid Mecheri