Le groupe parlementaire du FLN l’accuse de semeur de troubles : Tahar Khaoua, dans l’œil du cyclone ?

Après un retour à l’accalmie qui aurait duré des semaines au sein de la direction politique du FLN, le centre de turbulence n’a fait qu’un changement de cap, visiblement. Le malaise est loin d’être le seul fait des coulisses, puisque la contestation s’est transmutée à l’APN.
Ainsi, dans un communiqué rendu public, hier, le groupe parlementaire du parti s’en est pris à Tahar Khaoua, ministre des Relations avec le Parlement. Il a été accusé d’être l’instigateur d’une «campagne d’intox» visant Mohamed Djemaï, chef du groupe parlementaire du même parti. Il s’agit d’une lutte qui oppose les partisans de la direction et ceux qui ne sont pas tout à fait d’accord avec les proches de Amar Saâdani, SG du FLN. En effet, ce nouvel épisode contestataire remonte à mercredi dernier, lorsqu’une mouvance réclamant le soutien d’une centaine de députés s’est attaquée à leur responsable hiérarchique au sein de la deuxième Chambre du Parlement. Dans une lettre adressée au président du FLN, qui n’est autre qu’Abdelaziz Bouteflika, ce groupe a dénoncé «le comportement et les agissements irréguliers» de Djemaï, lequel est à l’origine, selon ses détracteurs, de «graves dépassements». Pour les frondeurs, le même responsable a marginalisé les compétences au sein du parti au profit de ses plus proches partisans, qualifiés d’«intrus placés à des postes à responsabilité», pouvait-on lire dans cette lettre. Parmi les partisans de ce mouvement de redressement, l’on peut citer Mouad Bouchareb et Amel Deroua, deux ex-vice-présidents de l’APN, Rabah Zebbar, ex-président de la commission des finances de la même Assemblée, et d’autres députés tels que Malika Foudil, M’hamed Dissa, Ahmed Saâdani, Nadia Hannachi, Youcef Nahat etc. Les contestataires en veulent, pour preuve, le projet de la révision constitutionnel, lors duquel, Djemaï a fait incorporer à l’intérieur de la commission juridique «des personnes étrangères n’ayant aucune compétence en matière de droit juridique», ont-il accusé. Ces mêmes frondeurs ont également accusé le mis en cause d’être à l’origine de la polémique lancée autour de l’article 51, traitant de la question de l’implication des binationaux à la vie politique nationale, comme ils l’ont aussi désigné responsable dans la débandade et la houle qui ont caractérisé l’adoption de la Loi de finances 2016. Des griefs somme toute par lesquels, ceux qui sont accusés par le groupe parlementaire «officiel» d’être à la solde en quelque sorte de Tahar Khaoua, ministre et député FLN, à même de vilipender, et l’actuelle direction du parti et le chef du groupe parlementaire qu’ils clouent au pilori. La réplique de l’autre groupe qui s’inscrit en droite ligne avec la voie tracée par le mentor du FLN, Saâdani, ne s’est pas faite attendre. En réunion, hier, au sein de l’APN, le groupe des parlementaires de l’ex-parti unique ont vertement critiqué Khaoua, et ont apporté une motion de soutien à Djemaï. Le document rendu public note que «nous, députés du groupe parlementaire du FLN à l’APN, dénonçons tous les complots fomentés par les partisans qui nagent dans des eaux troubles. Ceux qui n’hésitent pas à semer la zizanie et la discorde pour créer des dissensions dans les rangs du parti, et semer les troubles pour diviser son unité, sachant qu’elle est acquise grâce à la sagesse de Djemai», apprend-on dans ce communiqué. En passant à l’offensive, le même groupe a interpellé le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, lequel est prié de rappeler à l’ordre son ministre, Khaoua en l’occurrence, qu’il accuse d’adopter un «comportement versatile, et de refuser de travailler dans la sérénité de peur que sa véritable nature ne soit dévoilée au grand jour», ont admonesté les partisans de Djemaï. Mieux encore, ces deniers ont appelé la direction politique de prendre les mesures qui s’imposent envers les frondeurs, selon les statuts et les textes du parti, à même que ce genre de «dépassements qui nuisent au parti» prennent fin, a-t-on indiqué.
Aussi, les partisans de l’actuel SG du parti ont réitéré leurs engagements qui vont en faveur, primo du président de la République et du Gouvernement, ainsi que leur loyauté envers les instances dirigeantes de la formation politique de la majorité. À la lumière de cette nouvelle montée contestataire, tout porte à croire que le parti risque de s’enliser encore une fois dans le malaise. Et pour cause, le fait que Saâdani ait convoqué une réunion de son état-major, aujourd’hui, corrobore la gravité de la situation.
Farid Guellil