Luanda s’est imposée, ce week-end, comme l’un des épicentres géopolitiques du continent. Dans la capitale angolaise, la République sahraouie a pris part, dimanche, à la réunion d’experts africains et européens, organisée dans le cadre des préparatifs du 7ème Sommet Union africaine–Union européenne prévu les 24 et 25 novembre courant. L’événement, d’apparence technique, a pourtant pris une dimension politique forte, tant la présence sahraouie irrite Rabat et rappelle l’ancrage irréversible de la République arabe sahraouie démocratique (RASD)- pays membre fondateur – au sein de l’Union africaine. La délégation sahraouie était conduite par Lamine Baali, représentant permanent auprès de l’Union africaine, accompagné de Hamdi El Khalil Mayara, ambassadeur auprès de l’Angola. Leur participation n’a rien d’une formalité : elle confirme une fois de plus le statut d’État membre de plein droit de la RASD au sein de l’UA, un statut que le Makhzen s’efforce de contester sur la scène internationale, sans jamais parvenir à inverser la dynamique diplomatique africaine. Au-delà de la réunion préparatoire, la République sahraouie s’apprête à participer au plus haut niveau au sommet des chefs d’État et de gouvernement. Le président Brahim Ghali doit y mener une délégation composée notamment du ministre des Affaires étrangères, Mohamed Yeslem Beissat, ainsi que de plusieurs hauts responsables, confirmant la centralité de l’événement pour la diplomatie sahraouie. Cette participation directe au sommet, face aux États africains et européens, constitue en soi un revers de taille pour le Maroc, qui tente depuis des années d’empêcher toute visibilité institutionnelle de la RASD hors du continent africain. Le 7e Sommet UA-UE abordera plusieurs dossiers stratégiques, à commencer par le renforcement du multilatéralisme et de l’action collective face aux défis communs. Les questions de paix, de sécurité et de gouvernance seront au cœur des discussions, notamment en ce qui concerne le soutien aux mécanismes africains de prévention des conflits et de reconstruction post-conflit.
La présence de la RASD dans ce cadre soulève un enjeu essentiel : celui du droit des peuples colonisés à participer, comme tout autre État, à l’architecture de paix et de sécurité du continent. Le sommet explorera également les thèmes liés au développement et à la prospérité économiques, avec une attention particulière accordée aux transitions verte et numérique, à l’investissement, à l’énergie durable et au développement des infrastructures. Les questions d’éducation, de mobilité, de jeunesse, de culture et d’autonomisation des femmes figureront elles aussi au programme, tout comme la coopération environnementale et les stratégies communes pour lutter contre le changement climatique.
Autant de domaines dans lesquels la RASD cherche à renforcer ses partenariats internationaux, en dépit des obstacles posés par le blocus politique et économique imposé par le Maroc. L’événement sera co-présidé par João Lourenço, président de la République d’Angola et président en exercice de l’Union africaine, ainsi que par António Costa, président du Conseil européen.
La Commission de l’Union africaine sera représentée par Mahmoud Ali Youssouf, tandis que la Commission européenne sera conduite par Ursula von der Leyen. Cette configuration illustre l’importance symbolique et stratégique de ce sommet, qui coïncide avec le 25ᵉ anniversaire du partenariat afro-européen. Un partenariat marqué par des décennies de coopération en matière de paix, de développement, d’innovation et d’action humanitaire.
Pour la RASD, ce sommet de Luanda s’inscrit dans la continuité de sa participation remarquée au sommet UA-UE de 2022 à Bruxelles, où Brahim Ghali avait déjà pris part aux travaux officiels. Trois ans plus tard, dans un contexte géopolitique plus tendu, la présence sahraouie à un tel niveau confirme la légitimité internationale de la RASD et son rôle incontournable dans la diplomatie africaine. La réunion d’experts à Luanda, tout comme la participation sahraouie au sommet des chefs d’État, s’apparente ainsi à une nouvelle gifle diplomatique pour le Makhzen. Malgré ses campagnes d’influence et ses pressions répétées sur nombre de capitales européennes et africaines, le Maroc ne parvient pas à marginaliser la RASD dans les enceintes internationales où prime la légalité institutionnelle.
Au moment où les relations afro-européennes célèbrent un quart de siècle de partenariat, la dynamique de Luanda rappelle une réalité essentielle : la RASD demeure un acteur à part entière de la scène africaine et un partenaire légitime du dialogue UA-UE. Cette reconnaissance institutionnelle et politique pèse lourd dans le rapport de force régional et renforce la position du peuple sahraoui sur la voie de l’autodétermination. L’évolution de ce sommet de Luanda marque probablement une nouvelle étape dans la visibilité internationale de la cause sahraouie, désormais indissociable des grands débats africains sur la souveraineté, le développement et la paix.
M. Seghilani















































