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La CAF retire le trophée de la CAN au Sénégal et le donne au Maroc : La blague du siècle !

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Le football africain pensait avoir sacré son roi sur la pelouse. Deux mois plus tard, la Confédération africaine de football a rappelé une vérité désormais implacable : le vrai match se joue ailleurs. Dans les bureaux, les règlements et, visiblement, dans le temps long des décisions tardives.

Le 18 janvier 2025, le Sénégal remportait la finale de la Coupe d’Afrique des nations face au Maroc après prolongation. Une victoire au mérite, au terme d’un match tendu, indécis, et finalement tranché par l’efficacité sénégalaise. Les images étaient claires : trophée soulevé, médailles distribuées, célébrations lancées. Le football, dans sa version la plus simple, avait parlé. Mais à la CAF, on aime visiblement les scénarios à rebondissements. Deux mois plus tard, l’instance a décidé d’invalider ce résultat pour attribuer la victoire au Maroc sur tapis vert (3-0). Une décision spectaculaire, presque audacieuse, qui repose sur une lecture très particulière du règlement. Les Sénégalais, coupables d’avoir quitté temporairement la pelouse pour protester contre une décision arbitrale, sont désormais considérés comme ayant abandonné le match. Peu importe qu’ils soient revenus. Peu importe que la rencontre ait repris. Peu importe, surtout, qu’elle soit allée à son terme. Car c’est bien là que le bât blesse. Dans n’importe quelle logique sportive, un abandon met fin à un match. Ici, non seulement la rencontre a repris, mais elle a été menée à son terme, avec prolongation à la clé. Pourtant, la CAF choisit d’effacer cette réalité pour lui substituer une version réglementaire plus commode. Une sorte de réécriture du réel, où le terrain devient secondaire. La justification repose sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN. Des articles connus, publics, et théoriquement appliqués de manière uniforme. Mais dans ce cas précis, leur interprétation soulève de nombreuses questions. Pourquoi ces textes n’ont-ils pas été appliqués immédiatement après les faits ? Pourquoi un premier verdict avait-il validé la victoire du Sénégal avant d’être renversé ? Et surtout, pourquoi attendre deux mois pour trancher une affaire aussi claire, si elle l’était vraiment ?

Du côté sénégalais, la réponse est sans détour : il s’agit d’une « mascarade ». La fédération rappelle que le Code disciplinaire de la CAF, censé primer sur le règlement de la compétition, prévoit des sanctions bien moins lourdes pour ce type d’incident. En d’autres termes, quitter brièvement la pelouse sans autorisation ne constitue pas nécessairement un abandon, surtout lorsque le match reprend. Mais visiblement, dans cette affaire, certains textes ont été jugés plus utiles que d’autres.

Le règlement à géométrie variable

Cette affaire donne surtout l’impression d’un règlement à géométrie variable. Les textes existent, mais leur interprétation semble dépendre du contexte, voire des intérêts en jeu. Une situation qui fragilise profondément la crédibilité de la CAF. Car si les règles ne sont pas appliquées de manière cohérente, alors elles cessent d’être des repères pour devenir des outils.

Les critiques n’ont d’ailleurs pas tardé. Claude Le Roy a évoqué des « magouilles », dénonçant une décision « pitoyable ». Des propos tranchants, mais qui trouvent un écho dans une opinion publique de plus en plus sceptique. Car ce n’est pas seulement une finale qui est remise en cause, mais l’ensemble du système qui l’entoure.

La gouvernance de la CAF, sous la présidence de Patrice Motsepe, se retrouve une nouvelle fois sous le feu des critiques. Manque de transparence, décisions tardives, incohérences juridiques : les reproches s’accumulent. Et dans ce contexte, l’ombre de Gianni Infantino n’est jamais très loin. L’influence supposée du président de la FIFA dans les affaires africaines alimente les soupçons d’ingérence, renforçant l’idée d’un football sous influence. Quant au Maroc, il se retrouve dans une position pour le moins paradoxale. Officiellement, la démarche est irréprochable : faire valoir ses droits en s’appuyant sur le règlement. Mais dans les faits, ce titre acquis en dehors du terrain reste difficile à défendre sur le plan symbolique. Un sacre validé juridiquement, mais contesté sportivement. Une victoire sans but, sans domination, sans moment décisif. Bref, un trophée sans histoire… ou plutôt avec une histoire dont personne ne sort vraiment grandi. Pour le Sénégal, la situation est encore plus frustrante. Les joueurs ont gagné sur le terrain, mais perdent dans les bureaux. Leur performance est effacée, leur titre confisqué, leur victoire transformée en défaite administrative. Un scénario qui rappelle que, dans certaines configurations, le football ne se joue pas uniquement avec un ballon.

Sur le plan sportif, les conséquences sont lourdes. Cette décision crée un précédent dangereux. Si un match terminé peut être requalifié a posteriori pour un incident temporaire, alors aucune rencontre n’est à l’abri. Le terrain perd sa souveraineté, remplacé par une logique juridique incertaine. Une dérive qui pourrait, à terme, fragiliser l’ensemble des compétitions africaines. La suite de l’affaire se jouera devant le Tribunal arbitral du sport. Le Sénégal a déjà annoncé son intention de saisir cette juridiction, espérant faire valoir ses droits. Une bataille juridique s’annonce, avec ses délais, ses procédures, et son lot d’incertitudes. Mais au-delà du verdict final, une chose est déjà acquise : l’image de la CAN 2025 est durablement ternie. Car ce feuilleton dépasse largement le cadre d’une simple finale. Il révèle les failles d’un système, les limites d’une gouvernance, et les dangers d’une justice sportive perçue comme incohérente. Le football africain, riche de son talent et de sa passion, mérite mieux que ce spectacle.

À défaut de maîtriser ses règlements, la CAF semble avoir trouvé une nouvelle spécialité : réécrire les résultats après coup. Reste à savoir si, un jour, le terrain redeviendra la seule vérité.

Mohamed Amine Toumiat

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