Industrie pharmaceutique : la relance incontournable, selon le président de l’Unop

Comment l’industrie pharmaceutique pourrait faire face aux défis qui l’attendent. Il s’agit d’évoluer dans un contexte caractérisé par des coupes budgétaires, décidées notamment par le gouvernement, la baisse du pouvoir d’achat induite par la dévaluation du dinar, et la croissance de la consommation. Ce sont des questions auxquelles les orateurs, intervenant lors d’une conférence organisée, hier à l’hôtel Sofitel, par l’Union nationale des opérateurs de la pharmacie (Unop), ont tenté de répondre. Pour ce faire, il faudra analyser ce qui se passe sur le marché du médicament et d’essayer d’établir des prévisions pour l’avenir. Conscients de leur rôle important dans le système de santé publique, les opérateurs du secteur appréhendent une crise qui se profile à l’horizon, résultat de la baisse des ressources de l’État. Cela se répercutera d’une manière directe sur le prix du médicament qui pourrait être revu à la hausse. En effet, l’Algérien consomme annuellement 74 dollars de médicaments, sur une moyenne mondiale établie à 125 dollars. Cependant, compte tenu des besoins croissants en la matière, il est impératif de développer l’industrie pharmaceutique pour privilégier le produit local, afin de diminuer la facture de l’importation. En 2014, la consommation s’est envolée à 100 dollars. C’est du moins ce qu’a indiqué Abdelouahed Kerrar, président de l’Unop, qui explique d’emblée que le médicament qui est un produit noble qui répond à la santé publique, n’obéit pas aux lois du marché par rapport à d’autres produits de consommation. Sur ce point, il a précisé que contrairement à ce qui se dit dans les médias à ce propos, la hausse de la facture du médicament répond à des besoins dictés par le besoin d’une prescription et d’une dispensation du pharmacien. En effet, ce qui inquiète les producteurs du médicament, ce sont d’une part la baisse des ressources de l’État et la demande croissante de l’autre. En effet, des paramètres tels que la spécificité du médicament, la démographie croissante, l’augmentation de la durée de vie, la mutation des épidémies et autres pathologies, ainsi que la propriété intellectuelle, justifient les craintes des opérateurs de ce secteur. En effet, la facture du médicament est induite, selon l’orateur, par les coûts d’achat de produits pharmaceutiques que l’on ne peut pas fabriquer localement. À l’exemple des thérapeutiques, tels que les anticancers qui ont couté au Trésor public 22,9 milliards de DA en 2012, alors qu’en 2005 la facture était de 1,4 milliard de DA. Avec l’avènement des biotechnologies, qui sont des traitements ciblés, le prix de revient de la facture s’établit à 14,3 milliards de DA, ce qui représente plus de la moitié de l’enveloppe consacrée aux produits anticancer.
Pour A. Kerrar, il ne s’agit pas de réduire la facture d’importation pour répondre aux besoins croissants, mais qu’il faudrait plutôt développer l’industrie nationale à une vitesse importante, pour diminuer les produits importés. Il a appuyé son propos en soutenant que la facture du médicament s’élèvera à 5,7 milliards de dollars en 2018 alors qu’elle était de 2,5 Mds en 2014. «Ne vous attendez pas à ce que la consommation baisse, elle ne va faire qu’augmenter», a-t-il soutenu, en ajoutant que cela est tout à fait normal du fait que le marché mondial enregistre une hausse de 10% chaque année. Revenant à la production nationale, le conférencier défend l’investisseur local opérant dans ce domaine, qu’il considère « de meilleur élève de l’industrie nationale», en se basant sur une étude commandée par le ministère de l’Industrie, menée entre 2006 et 2012. Le secteur enregistre une croissance de 17% chaque année, selon l’orateur, qui a indiqué que ce chiffre est relevé pendant 2013 et 2014. En effet, quelques chiffres illustrent la hausse de la facture d’importation de la PCH (Pharmacie centrale des hôpitaux) de 87%. En 2013 elle a enregistré 402 millions de dollars contre 752 millions en 2014. Contrairement à celle hors PCH qui a enregistré respectivement 1,9 Md en 2013 et 1,8 en 2014, soit une baisse de 5%.
Le président de l’Unop a estimé que c’est grâce à la production nationale que la facture de l’importation est réduite et que cette diminution est absorbée par le produit localement fabriqué. C’est ce qui portera le chiffre de la diminution de l’importation à 400 millions de dollars, en 2014, soutient encore l’orateur. Intervenant pour sa part le secrétaire général de l’Unop, Nabil Mellah, abondant dans le même sens, a estimé qu’il faudra croître le taux de couverture locale pour contrôler l’importation. C’est ce qui constitue pour lui le cheval de bataille de l’Unop, et a assuré que le secteur pharmaceutique n’est pas budgétivore pour que l’on procède à des restrictions sur son financement. Cependant, il relève des contraintes d’ordre bureaucratique dressées notamment devant l’investisseur. Par ailleurs, l’orateur a appelé les autorités du secteur à faire preuve de considération envers l’opérateur privé, qu’il faudra mettre sur le même pied d’égalité que le public.
Farid Guellil

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