HANOUNE S’OPPOSE À LA VERSION OFFICIELLE DE L’ALGÉRIE : «Sont-ils réellement des terroristes?»

La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, a exprimé hier son opposition aux mesures d’expulsion et de refoulement de ceux qu’elle a qualifiés de «réfugiés syriens» qui franchissent le sol algérien en provenance du Mali et du Niger, que les autorités publiques soupçonnaient d’être des terroristes infiltrés. Alors que le Conseil national de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme soutient franchement la version officielle de l’Algérie et selon laquelle, ces réfugiés, interceptés et expulsés, faisaient partie de l’«Armée syrienne libre», des milices rebelles opposées au régime syrien de Bachar El-Assad, Louisa Hanoune a tenu une conférence de presse pour faire entendre toute une autre version que celle portée par les responsables de l’Intérieur. La patronne du PT s’est interrogée aussi sur le qualificatif de «terroriste» utilisé par les autorités officielles : «S’ils sont vraiment des terroristes et menacent sérieusement la sécurité de l’Algérie, alors pourquoi tarde-t-on à les mettre à la prison ?» Sans détour, Hanoune a appelé à dévoiler la vérité sur «ce qui s’est passé réellement au sud du pays aux frontières avec le Niger» à propos des réfugiés syriens en question qui ont été refoulés récemment.
En réponse à la salve de critiques faite par nombre d’ONG humanitaires et le Haut commissariat onusien pour les réfugiés (HCR), le ministère de l’Intérieur a fait savoir que l’Algérie a interdit à tous les Syriens d’entrer dans le pays par sa frontière avec le Mali et le Niger pour empêcher les membres des groupes rebelles vaincus de menacer la sécurité intérieure du pays.
Selon Hacène Kacimi, responsable de la politique migratoire au ministère de l’Intérieur, les Syriens qui se réfugiaient en Algérie étaient soupçonnés d’être des radicaux islamistes et n’étaient pas les bienvenus. «Mais nous ne pouvons pas accepter les membres de groupes armés fuyant la Syrie pour des raisons de sécurité», a-t-il argumenté. Il a noté également que durant ces dernières semaines, une centaine de personnes avaient atteint, avec l’aide d’escortes armées locales, la frontière sud, mais elles avaient été interceptées et expulsées peu de temps après leur arrivée en Algérie, parmi lesquels des Syriens avaient transité avec de faux passeports soudanais par la Turquie, la Jordanie, l’Égypte, le Soudan et le Niger ou le Mali.
Toutefois, Hanoune ne veut pas l’entendre de cette oreille. Elle a réfuté catégoriquement la thèse des autorités algériennes, insistant qu’il s’agit de «réfugiés» et non pas de terroristes», elle a admis quand-même que cette affaire reste «ambigüe». «S’ils représentent réellement une menace pour la sécurité du pays, pourquoi on ne les présente pas devant la Justice algérienne ? Pourquoi on ne les emprisonne pas ou on les extrade vers leurs pays d’origines ?», S’est-elle interrogée. Hanoune a prévenu tout de même contre «l’exploitation de cette affaire par les ONG afin de faire pression sur l’Algérie».

Le soutien de Hanoune à Cevital
Sur le volet économique, Hanoune, en contredisant cette-fois ci sa doctrine socialiste, a défendu l’Homme d’affaires Issad Rebrab, sans le citer, mais en dénonçant le blocage de ses investissements en Algérie, notamment au niveau du port de Béjaïa. «Arrêter les investissements d’une certaine personne à Béjaïa aura certainement des implications pour ses investissements à Sétif, Béjaïa et d’autres wilayas», a-t-elle regretté, poursuivant : «cela est un prélude à jeter des milliers de travailleurs au chômage forcé». Elle a souligné que le traitement réservé à «cet investisseur» ressemble à «une mise à l’écart forcée», mettant en garde que «cela risque d’avoir des conséquences politiques dangereuses et menacerait la sécurité du pays», avant de crier : «que cette aventure s’arrête !». Sur le plan politique, la SG du PT a réitéré l’initiative de son parti d’appeler à convoquer l’élection d’une Assemblée nationale constituante en étant «la seule issue démocratique à la crise du pays».
Hamid Mecheri