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GHAZA : Un Ramadhan dans l’angoisse et le deuil

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C’est le troisième Ramadhan où des dizaines de milliers de déplacés dans la bande de Ghaza vivent dans l’angoisse et le deuil. L a question n’est plus « que cuisiner ? », mais « qui sera présent à la table ? ». Autrefois synonyme de décorations et de retrouvailles familiales, le Ramadhan est devenu pour beaucoup un mois de pertes profondes et une épreuve quotidienne de patience sous des tentes fragiles, incapables de protéger de la chaleur de l’été ou du froid de l’hiver. Les déplacés espèrent un jour retrouver un foyer qui les réunisse autour de la chaleur familiale, loin de l’enfermement d’une tente qui impose ses limites à chaque moment de leur vie. À Moasi Khan Younès, dans l’une de ces tentes, Umm Mohamed Al-Arja, 46 ans, originaire de Rafah, confie d’une voix faible : « Je ne pense plus aux courses de Ramadhan ni aux lanternes qui remplissaient le balcon de ma maison avant la guerre, détruite par l’occupation israélienne il y a deux ans. Ce qui me fait le plus mal aujourd’hui, c’est l’absence… celle de mon mari Ibrahim, tué au début de la guerre, et celle de mon fils Mohamed, toujours porté disparu. Et bien sûr l’absence de notre maison, détruite par les bombardements ». Elle poursuit : « Avant, je préparais les décorations avec mes trois enfants, Muhammad, Abdullah et Ammar, en rivalisant pour accrocher le croissant et les lanternes. Aujourd’hui, je n’ai que leurs photos. La tristesse ne laisse pas de place à la fête ». D’une voix basse, elle lève les mains en prière : « Nous voulons un Ramadhan en sécurité… rien de plus ». Selon des sources médicales dans la bande de Ghaza, le bilan des victimes depuis le 7 octobre 2023 s’élève à 72 061 morts et 171 715 blessés. Plus de 1,93 million de Palestiniens, soit environ 85 % de la population de Ghaza, ont été contraints de se déplacer à l’intérieur ou à l’extérieur du territoire à plusieurs reprises depuis le début du conflit. « NOUS NE NOUS SENTONS EN SÉCURITÉ NULLE PART » Pour Alaa Salah, 35 ans, déplacée de l’est de Khan Younès vers Moasi, ce Ramadhan sera le troisième depuis le début de la guerre israélienne en octobre 2023. « Ramadhan, qui était un mois de chaleur et de convivialité, est devenu un mois de confrontation avec la perte. Au moment de l’appel à la rupture du jeûne, les souvenirs affluent avant que les quelques assiettes de nourriture ne soient servies ». Elle raconte : « Nous avons été déplacés trois fois depuis le début de la guerre. En 2024, nous avons passé le premier Ramadhan à Rafah, en 2025 nous sommes revenus dans notre maison partiellement détruite à Khuza’a, et cette année nous serons encore à Moasi Khan Younès. Le plus effrayant est que nous ne nous sentons en sécurité nulle part, redoutant à tout moment un nouveau déplacement ou une escalade du conflit ». Hanane Abdel Rahman, 30 ans, mère de trois enfants orphelins, tente d’insuffler un peu de joie dans leur vie difficile en fabriquant de petites lanternes à partir de boîtes vides. « Notre maison était spacieuse, nous pouvions prier ensemble sur le grand tapis. Aujourd’hui, nous prions sur du sable humide », confie-telle. Depuis que son mari a été tué en juin dernier, elle est devenue le seul soutien de sa famille, jouant à la fois le rôle de mère et de père. UN JEÛNE QUI NE SE ROMPT PLUS VRAIMENT La situation économique exacerbe la détresse. Selon le Bureau central des statistiques de Ghaza, les prix à la consommation ont augmenté de 1,42 % en janvier 2026 par rapport à décembre 2025. Avant la guerre, l’inflation annuelle était limitée à environ 3 %, mais après le conflit, les prix ont explosé, dépassant 230 %, en raison de la rupture des approvisionnements et du blocage des aides humanitaires. Abu Omar Za’nouna, 55 ans, déplacé de Ghaza vers Moasi Khan Younis, résume : « Nos inquiétudes ne sont pas isolées, elles s’accumulent. Nous craignons de ne pas pouvoir préparer l’iftar et le suhoor dans un contexte de hausse vertigineuse des prix. Ramadan arrivera et nous resterons dans une tente qui ne protège ni de la chaleur ni du froid ». Pour ces familles, le Ramadan est désormais un mois de souvenirs douloureux, de tables incomplètes et de prières silencieuses pour un avenir sûr. Leur espoir le plus simple reste que cesse la guerre, que les disparus soient retrouvés, et que le Ramadan prochain puisse enfin se célébrer sans tentes ni déplacements forcés.
M. Seghilani

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