Diversion

Par Mohamed Abdoun

Une information, que l’on pourrait qualifier de fort importante, sans être capitale pour autant, a pourtant très peu circulé ces derniers jours, ne faisant du reste l’objet d’aucun commentaire, de quelque nature qu’il soit. Il s’agit de la déclaration faite par le nouveau patron de la Fédération nationale des auto-écoles, elle-même, affiliée à l’UGCAA (Union générale des commerçants et artisans algériens). À en croire Aoudia Ahmed-Zine Eddine, car tel est son nom, il faudrait carrément annuler les candidatures libres aux permis de conduire en vue de réduire le nombre des accidents de la route. La candeur contenue dans de pareils propos pourrait simplement prêter à sourire, si l’on ne se souvenait pas que le responsable, qui en est l’auteur, sait mieux que personne où résident les vraies raisons qui causent cette hécatombe des routes. Monsieur Aoudia, en prétendant supprimer les candidatures libres, ne fait en somme que défendre la «croûte» de ceux qu’il est censé représenter. Les choses ne vont guère plus loin, car il est de notoriété publique que l’écrasante majorité des auto-écoles ne vous apprennent ni à conduire, ni a maitriser le code de la route. Beaucoup s’enhardissent même à vous poser la question de manière ouverte : à savoir si vous voulez un «permis assuré ou pas». Pour la petite histoire, le «permis assuré» vous coûte un peu plus cher, mais vous êtes sûr de le décrocher lors des trois examens à passer, que vous sachiez conduire ou pas, et que vous maîtrisiez le code de la route ou non. Ce n’est qu’après coup, le plus souvent, que les détenteurs d’un permis de conduire se mettent à apprendre à conduire. Ici, si vous n’avez pas un ami ou un parent obligeant, vous êtes forcé de payer très cher des cours dits de «perfectionnement» auprès d’une quelconque auto-école. Et là, celle-ci se plie en quatre pour vous. En clair, elle pense que c’est là que réside sa mission pour un détenteur de permis. Quant à celui qui ne l’a pas, elle se contente de le lui procurer, quel qu’en soient le prix et les… moyens. Monsieur Aoudia ne doit pas ignorer cela. Il ne doit pas non plus ignorer que parce que ce ne sont pas tous les Algériens qui peuvent se permettre de prendre des cours de perfectionnement, ce sont très souvent les «nouveaux permis» qui se trouvent à l’origine du plus grand nombre d’accidents de la route, et même des plus mortels d’entre eux. La corruption gangrène profondément tous les circuits de l’administration algérienne. Il s’agit là d’un constant fait par tout le monde, y compris le Premier ministre, pour qui ce fléau rime immanquablement avec corruption. Voilà pourquoi on peut se faire délivrer un permis de conduire sans savoir (trop) conduire, mais aussi se le faire (re)délivrer si on se le fait retirer pour une quelconque entorse au code de la route. Les candidatures libres n’auraient aucun rapport avec le nombre des accidents, hélas en constante hausse, si les ingénieurs-examinateurs faisaient correctement leur travail. Et, si les auto-écoles s’y collaient aussi, il y a fort à parier que l’on observerait de moins en moins de candidats libres. Mais, tant que l’on n’y apprend (presque) rien, on se demande un peu pourquoi ce passage obligé… Les permis de… tuer sont délivrés à bout de bras, et au tout-venant. Et, statistiquement parlant, les candidats libres ne sont certainement pas les pires d’entre les conducteurs. Les chauffards, en effet, sont ceux-là mêmes qui se dirigent volontairement vers une auto-école introduite en vue de se faire délivrer un «permis assuré» sans avoir touché un volant de sa vie, ni compris à quelle logique peut bien répondre le code de la route.
M. A.