Boukadoum

CRISE EN LIBYE : L’axe Alger-Moscou s’affirme

Évoquant, lors d’un entretien avec deux médias nationaux, dont le Courrier d’Algérie, diffusé dimanche soir, l’existence d’une initiative algérienne avec notre voisin tunisien, appuyée par les Nations unies (ONU) et coordonnée par la Tunisie, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune s’est dit « optimiste » quant aux efforts en cours en faveur du règlement politique de la crise libyenne, sans toutefois révéler le contenu de l’initiative en question.

Préoccupé par le destin sombre qui se dessine en Libye avec la persistance des bruits de bottes et des tambours de la guerre et ses conséquences désastreuses sur l’ensemble des régions nord-africaine et méditerranéenne, le président de la République s’est dit inquiet de voir notre voisin de l’Est, la Libye, transformé en champs de bataille entre grandes puissances, estimant que « c’est-là une situation très dangereuse qui pourrait faire basculer la Libye dans le scénario de la Somalie », si l’armement de tribus libyennes venait à se traduire.
Rappelant que la situation de conflit et de tensions, rythmé par les vas et viens, les avancées et les reculs des forces militaires, tantôt d’un camps et tantôt l’autre le président Tebboune a réaffirmé que le règlement du conflit entre Libyens « passe impérativement par la table du dialogue et que l’usage des armes n’a et ne sera jamais la solution ».
Après avoir rencontré et discuté dans le cadre des efforts de l’Algérie pour faire valoir la force du dialogue politique, au dialogue des armes et de l’effusion du sang libyen, dans une guerre qui ne conduira la Libye et son peuple qu’ à la déperdition par le morcellement de ce pays, le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukdoum a entamé, hier, une visite de travail en Fédération de Russie à l’invitation de son homologue russe, Sergueï Lavrov, indique un communiqué du ministère de l’ex-représentant de l’Algérie à l’ONU. La visite intervient, faut-il le noter, une semaine après la communication téléphonique, le 13 juillet dernier, entre le président Abelmadjid Tebboune et le président russe Vladimir Poutine.
Lors de leur entretien téléphonique, les deux présidentss ont décidé « d’intensifier la concertation permanente afin de faciliter l’instauration de la paix et de la sécurité »en Libye, dans le cadre, est-il souligné, «  d’une solution politique garantissant l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale » de notre voisin de l’Est, plongé dans le chaos, depuis 2011. Outre le déplacement du chef de la diplomatie à Moscou, l’occasion a été, hier, de poursuivre des entretiens de portée stratégique entre l’Algérie et la Russie, visant, selon la même source, le « renforcement des relations bilatérales et les perspectives d’élargissement du partenariat en lien avec les objectifs du Partenariat stratégique liant les deux pays ». Boukkadoum et Lavrov ont examiné diverses questions régionales et internationales d’intérêt commun, notamment la situation dans la région, en particulier en Libye, au Mali et en Syrie. Un examen de ces questions non sans aborder les voies et moyens visant à promouvoir la paix et la sécurité internationales, s’appuyant sur des approches politiques « constructives » fondées sur la légalité internationale, seule voie à même de garantir le règlement pacifique des conflits « dans le respect de la volonté et de la souveraineté des peuples concernés » lit-on dans ledit communiqué. Notons que les efforts diplomatiques en vue de faire taire les armes entre les Libyens, se poursuivent notamment à Genève, avec des négociations (5+5 ), représentant de hauts responsables du GNA et du camp du maréchal Haftar, afin de définir les conditions et les mécanismes d’un cessez-le-feu durable, permettant la relance de la reconstruction des Institutions libyennes, par un processus politique impliquant non seulement les deux camps en conflit mais l’ensemble des acteurs libyens. Moscou dont le poids sur la scène libyenne compte et son dialogue avec la Turquie sur d’autres dossiers, dont la Syrie, multiplie de son côté les déclarations en faveur du cessez-le-feu en Libye, entretient des relations avec les deux camps rivaux. Le recul considérable du rôle de la France sur la scène libyenne, précipité par le soutien militaire de la Turquie au gouvernement de Fayez El-Serradj, a accéléré, sans nul doute, les annonces du Caire à mobiliser ses soldats pour mener une guerre sur le terrain libyen. Une guerre qui verra se multiplier, chez les fournisseurs, les commandes pour la vente d’armes, comme c’est le cas, ce marché en hausse, sur fond pour ne citer que la guerre contre le Yémen.
La position constante de l’Algérie appelant à « l’accélération d’un règlement politique » en tant que seule et unique voie pour mettre un terme à l’effusion du sang libyen a été encore une fois réaffirmé par le ministre Sabri Boukkadoum, à partir de Moscou.
Karima Bennour